BOUTEILLES
d’encourir les peines portées contre les vendeurs à faux poids ou à fausse mesure ([).
Le même abus a été constaté dans certaines localités, à l’égard des verres appelés chopes, dont la contenance légale est de 50 centilitres et qui n'en contiennent le plus souvent que 40 à 44.
Composition du verre à bouteilles. — Le verre à bouteilles est composé de silice, chaux, potasse ou soude, alumine et oxijde de fer. Le meilleur verre ii bouteilles est celui qui renferme le moins de potasse, car, plus il y en a, plus le verre est fusible. Quand le verre est trop alcalin ou trop calcaire, il est attaqué parles acides, par la crème de tartre, l’acide tartrique des vins; il y a formation de tartrate de chaux, de tartrate de potasse, de tartrate d’alumine, qui précipitent la matière colorante des vins et forment une laque.
Le vin a souvent aussi une odeur et un goût d’hydrogène sulfuré, dus à la mauvaise qualité du verre à bouteilles, dit alors hépatique et qui dégage ce gaz sous l’influence des acides.
Les verres hépatiques sont dus à la dissolution, dans le verre, de sulfures alcalins et terreux provenant de la soude brute, de la soude de varech, employée à leur fabrication, et qui leur donnent de la couleur, à laquelle contribue aussi l’impureté des matières premières (sable et argile jaunes, calcin, cendres de foyer, cendres de lessive ou charrées) (2).
Les bouteilles fabriquées à la houille présentent presque toujours des lâches noires, grasses, dues à du carbone très -divisé et imprégné de goudron de houille. Ces bouteilles donnent un mauvais goût aux boissons qu’elles sont destinées à contenir. On peut obvier à cet inconvénient en les faisant macérer pendant trois ou quatre jours dans l’eau légèrement alcalisée par la potasse ou la soude (200 gr. d’alcali pour 100 litres d’eau) ; on les rince ensuite à l’eau claire.
Il serait aussi à désirer qu’en France on donnât aux bouteilles une forme spéciale (3) suivant le liquide qu’elles sont destinées à contenir. Ainsi, en .4ngle-
(1) En 1843, le chef respectable de l'une des premières maisons de commerce de vins à Paris, s’exprimait ainsi : « Un genre de fraude sur lequel l’autorité semble persister à fermer les yeux, « malgré de vives et instantes réclamations, c’est celui qui consiste, de la part des marchands qui « tiennent des débits de vin en bouteilles, à ne se servir que de bouteilles d’une contenance infé- « rieure de 10, 15 et même 20 centilitres aux bouteilles en usage à Paris, qui contiennent 75 cen- « tilitres. Ces débitants peuvent, par ce moyen, réduire le prix de leur vin, et tromper le consom- « mateur, par un avantage qui n’est qu’apparent, sur le prix du vin consciencieusement « mesuré. »
Le 22 mars 1844, dans son rapport sur la falsification des vins, M. de La Grange disait : « Le « commerce de Paris a vivement réclamé contre un genre de fraude qui se pratique sur une grande « échelle : la vente du vin à la bouteille, annoncée à un prix inférieur au prix de revient, et qui « trompe le public, dupe de ce prétendu bon marché. Les fraudeurs font fabriquer des bouteilles « qui ont la môme apparence que celles de 75 centilitres, et qui ne contiennent en réalité que 05. « 60 et même 55 centilitres, sans préjudice de l'altération de leur contenu. »
Ces abus n’ont fait que grandir encore depuis cette époque. Chaque détaillant, chaque restaurateur fixe, suivant son caprice ou son amour du lucre, la contenance des bouteilles qu’il commande chez le verrier. Il en est de même pour la capacité deS verres.
(2) Voici la proportion ordinaire des matières employées à cette fabrication ;
Sable jaune, 100 p. ; soude de varech, 30 à 40 p. ; charrées, IGO à 170 p. ; cendres neuves, 30 à 40 p. ; argile jaune, 80 à 100 p.
(3) Ainsi que cela se fait déjà généralement pour les vins de Champagne.