‹ Dictionnaire des altérations et falsifications des substances alimentaires médicamenteuses et commerciales avec líndication des moyens de les reconnaitreChapitre 99 sur 470 · CAMPHRE · texte numérisé non relu

CAMPHRE

ces dernières surtout qui sont employées en médecine. Elles ont pour caractères d'offrir « des calathides d’un blanc légèrement roussâtre, plus larges que longues, ayant une odeur franche, légère, caractéristique ; un involucre à folioles inégales, velues, toutes largement scarieuses aux bords, les fleui’ons de la circonférence et les trois quarts de ceux du centre longuement ligulés, lancéolés, obtus au sommet, à la fin réfléchis. Le réceptacle est toujours muni d’écailles concaves » {Timbal-Lagravé).

Composition. — D’après l’analyse récente de M. Camboulives, elles contiendraient : cfre, chlorophylle, quereilrin, huile grasse, glucose, acide anthémique (de M. Palei'no), phosphates et sels divers. 11 faut ajouter à cette énumération une essence d'une belle couleur bleue, qui brunit à l’air.

Usâmes. — Les fleurs de camomille sont employées en médecine à raison de leur amertume et de l’essence excitante qu’elles contiennent ; elles sont douées d’énergiques propriétés fébrifuges, stimulantes et antispasmodiques. On les prescrit en infusion.

Altérations. — Les fleurs de camomille doivent être choisies bien sèches, et non altérées par l’humidité, non brisées, à cœur jaune et à fleurons bien blancs. On doit rejeter celles qui sont jaunes ou brunes.

Substitutions. — Le Chrysanthemum parthenium à fleurs doubles, et la Matricaria parthendides sont cultivés dans le Midi de la France, et leurs fleurs composées sont substituées à celles de la camomille romaine {Timbal-Lagrave). Le premier offre des calathides plus petites, globuleuses, dont l’involucre est muni de folioles inégales, munies sur le dos d’une côte saillante, persistante à sec; les extérieures seules sont scarieuses sur les bords, entières au sommet, tandis que les intérieures sont laciniées à leur extrémité. Les fleurons de la circonférence sont ligulés, ovales, non réfléchis ; tous ceux du centre, largement tubuleux, sont accrus et blanchâtres. Le réceptacle est à paillettes. L’odeur de ces fleurs est forte, pénétrante, désagréable.

Le Matricaria parthenoides ne saurait en être distingué que par les feuilles de la plante entière.

Les fleurs de camomille sont encore quelquefois mélangées de fleurs étrangères de moindre valeur, telles que celles du Matricaria camomilla ou camomille commune, du Matricaria suaveolens, de la camomille puante ou maroute [Anthémis cotula), de la camomille des champs [Anthémis arvensis),A\x Chrysanthemum leucantheinum, du Chrysanthemum inodorum. Un examen attentif des caractères botaniques, la couleur, l’odeur, la-saveur peuvent seuls faire découvrir ces mélanges, lorsqu’ils existent.

Les fleurs qui n’ont pas de paillettes entre les fleurons, celles qui n’ont pas sur le fruit un prolongement du tube du fleuron, et enfin celles qui ont des taches jaunes à la base des demi-fleurons ne sont pas les fleurs de la camomille romaine.

CAMPHRE : — Le camphre existe tout formé dans plusieurs vé-

gétaux; il est très-abondant dans une espèce de laurier [Camphora officinalis), appelé pour cette raison camphrier, qui croît au Japon, en Chine, dans les îles Moluques. Le camphre en est retiré par sublimation, et envoyé en Europe à l’état brut, c’est-à-dire en poudre grise, en petits grains, qu’il faut sublimer de nouveau pour le purifier. On a alors le camphre raffine.

CANNELLE

Dans le commerce, on connaît trois sortes de camphre : le camphre de Hollande, le camphre anglais, le camphre fi'ançais (1).

Le camphre de Hollande n’est pas toujours blanc; il est enveloppé dans des feuilles de papier bleu très-fort.

Le camphre anglais est très-blanc, sonore, et enveloppé dans des feuilles de papier bleu léger.

Le camphre français est plus blf>nc, plus transparent et un peu plus solide que le camphre de Hollande ; il est aussi enveloppé dans du papier bleu. Ces deux sortes commerciales sont en pains de 1 kil., et le camphre anglais en pains de 4 kil. environ.

Le camphre est un corps blanc, cristallin, à odeur forte, à saveur amère et aromatique. Il est friable, facile à rayer avec l’ongle ; il se volatilise même à la température ordinaire. Sa densité varie de 0,986 à 0,996. Il est légèrement onctueux au toucher et peu flexible. Il fond à 175®, bout à 204®. 11 est très-combustible. Il est fort peu soluble dans l’eau, très-soluble dans l’alcool, l’éther, les huiles grasses et volatiles. A cause de sa facile volatilité, le camphre doit être conservé dans des vases opaques bien fermés, placés eux-mêmes dans un lieu frais et obscur.

Usages. — Le camphre est un médicament fréquemment usité en médecine et aussi dans l’art vétérinaire. C’est un excitant énergique et un antiseptique. On l’emploie pour préserver les étoffes, les lainages et les fourrures de l’attaque des insectes. On le prescrit sous forme d’alcoolé, d’emplâtre, de poudre, etc. M. Raspail a recommandé les cigarettes de camphre contre les toux opiniâtres, l’asthme. Le camphre entre aussi dans la préparation des vernis et dans la composition des artifices.

Falsifications. — On a cherché, dit-on, à substituerai! camphre le produit connu sous le nom de camphre artificiel, qui n’est autre qu’un chlorhydrate d'essence de téi'ébenthine ou monochlorhydrate solide de térebenthène. 11 se distingue du camphre naturel en ce que, sous l’influence de la chaleur, il se sublime à 115® et bout vers 208®. Il brûle avec une flamme verdâtre en dégageant beaucoup d'acide chlorhydrique, reconnaissable aux vapeurs blanches qu’il produit au contact d’un tube imprégné d’ammoniaque. De plus, il n’agit pas sur la lumière polarisée.

Le camphre a été falsifié par le sel ammoniac. Cette fraude se reconnaît à ce que le camphre falsifié, réduit en poudre et trituré avec un peu de potasse, de soude ou de chaux, laisse dégager du gaz ammoniac. Traité par l’eau, ce liquide dissout tout le sel ammoniac et laisse le camphre, qui est fort peu soluble. L’alcool agit en sens contraire ; il prend le camphre et laisse le sel ammoniac indissous. La solution aqueuse de sel ammoniac donne avec le nitrate d’argent un précipité blanc caillebotté, insoluble dans l’acide nitrique, soluble dans l’ammoniaque ; avec le chlorure de platine, un précipité jaune-serin.

CANNELLE. — La cannelle est une écorce aromatique, privée d’épiderme, qui provient des jeunes rameaux de quelques arbres du genre Cinnamomum, de

(1) Les chimistes connaissent trois sortes de camplire, suivant l’action qu’elles exercent sur le plan de la lumière polarisée ;*de là le camphre droit, le camphregauche et le camphre inactif. On connaît aussi un camphre de Bornéo, qu’on ne rencontre pas dans le commerce et dont on a fait un alcool sous le nom de Bor7iéol. (Voyez : Bontems, Du camphre. Thèse. Ecole de pharmacie, 1S69.)

CANNELLE

la famille desLauracées. On donne également ce nom à deux autres écorces, l’une, \n cannelle gù'oflée {Dicypellium cary ophy Hat uni), de la même famille que la précédente, et l’autre, la cannelle blanche [C annella alba), appartenant à la famille des Cannellacées ; mais ces deux écorces n’ont aucune ressemblance extérieure avec les vraies cannelles.

Il y a dans le commerce deux espèces de cannelles comprenant de nombreuses variétés :

Les cannelles de Ceylan, de VInde, de Cayenne, fournies par le Cinnamomum zeylanicum ; celles de Chine et de Java, provenant du C . aromaticum.

1® La cannelle de Ceylan, qui est la plus estimée, est en faisceaux très-longs, composés d’écorces très-minces roulées sur elles-mêmes, renfermées les unes dans les autres, ayant une couleur ci trine blonde, une saveur agréable, aromatique, chaude, légèrement piquante et sucrée.

2“ La cannelle de Cayenne, de première sorte, est fine, blonde, assez semblable pour le goût et l’odeur à la cannelle de Ceylan ; mais elle est mal roulée et forme des cylindres inégaux et courts, de la grosseur du doigt. La deuxième sorte a une saveur piquante; elle est rougeâtre, grosse, fibreuse, plus mal roulée que ne l’est la première.

3° La cannelle de Chine, moins estimée que les précédentes et très-répandue dans le commerce, est en faisceaux plus courts et se compose d’écorces plus épaisses et plus rouges, non roulées les unes dans les autres ; sa saveur est chaude et piquante. A la distillation, elle donne beaucoup plus d’huile volatile que la cannelle de Ceylan, mais cette huile a une odeur moins suave.

4“ La cannelle de r Inde ou du Malabar éieài autrefois en tubes plus courts, plus gros, bien cylindriques, étagés comme les tuyaux d’une lunette. Mais celle qu’on trouve aujourd’hui dans le commerce a présenté à M. E . Collin de tout autres caractères. Tantôt elle est en petits morceaux irréguliers, imparfaitement roulés, plaqués partiellement d’un peu d’épiderme gris noirâtre, et marqués de stries transversales. L’odeur est faible et la saveur mucilagineuse. Tantôt elle est en morceaux assez épais, de 20 centimètres de longueur, aplatis ou cylindriques, ou encore, à bords s’enroulant chacun en sens contraire. Elle a aussi peu de saveur et moins d’odeur que la précédente.

5° La cannelle de Padang. Sous ce nom, on a signalé dernièrement l’apparition d’écorces tenant le milieu entre la cannelle de Chine et celle de Ceylan. Les morceaux, imparfaitement roulés, sont simples ou emboîtés. Elle est d’odeur faible, à saveur mucilagineuse, à cassure nette extérieurement, mais un peu esquilleuse sur la partie interne {Collin, Cazeneuve).

6° La cannelle de Java est en tubes épais, bien cylindriques, non emboîtés, d’un rouge assez prononcé, d’une saveur faible et très-mucilagineuse. Elle se vend souvent sous le nom de cassia lignea.

T La cannelle de Sumatra tient le milieu entre les cannelles de Ceylan et de Chine ; elle est épaisse et mucilagineuse, et a souvent conservé une partie de son épiderme.

cannelle mate est l’écorce du tronc et des vieilles branches du cannellier de de Ceylan et de Cayenne. Elle a une largeur de 0“,06, une épaisseur de 0“,003. Elle a une saveur agréable, mais très-faible. La face interne des plaques est comme vernissée et brillante.

Structure anatomique. — Les diverses cannelles du commerce sont aujour-

CANNELLE

d’hui facilement caractérisées par leur structure anatomique que dévoile leur examen au microscope. Les recherches successives faites par divers observateurs {Hassall, G. Planchon, E . Collin) ont établi les différences assez remarquables qu’elles présentent entre elles. Leur coupe transversale offre la structure suivante, en allant de l’extérieur à l’intérieur :

1® Une zone subéreuse ; 2° un parenchyme quelquefois traversé par des faisceaux libériens (ces deux zones n’existent pas dans les écorces très-minces); 3® une zone de cellules pierreuses d’un jaune pâle, à parois assez épaisses, trèscaractéristique des cannelles ; 4® une région de cellules parenchymateuses à grand diamètre tangentiel à l’axe ; 5® la couche libérienne composée de cellules polyédriques diminuant de grandeur de l’extérieur au centre, traversée par des rayons médullaires et par des fibres libériennes isolées ou réunies en faisceaux. On y voit aussi de fortes cellules gommeuses. Les cellules parenchymateuses sont remplies, en plus ou moins grande abondance, de petits grains amylacés colorables en bleu par l’iode. Or, la coupe de la cannelle de 'Cayenne, privée des deux premières zones, présente de suite une couche assez régulière de trois ou quatre rangées de cellules pierreuses interrompues quelquefois par des faisceaux libériens; au-dessous est le parenchyme déjà décrit, puis enfin, la zone libérienne.

La coupe delà cannelle de Chine en diffère par la présence à l’e.xtérieur de la couche de parenchyme qui précède celle des cellules pierreuses. Quant à cellesci, elles sont disposées assez irrégulièrement et sont à parois moins épaisses; elles se répandent même dans le parenchyme sous-jacent. La couche libérienne a des fibres non-seulement isolées, mais beaucoup moins abondantes que dans la cannelle de Ceylan. Ces caractères distinctifs se retrouvent dans la poudre de ces deux sortes de cannelles. (Voir figures 44 et 43.) Il fau-t remarquer de plus, que la cannelle de Chine est beaucoup plus riche en amidon que celle de Ceylan : les grains amylacés y sont deux ou trois fois plus abondants et plus gros. La coupe longitudinale de ces cannelles rend ces différences encore plus sensibles.

La cannelle mate est beaucoup plus riche que les autres écorces en cellules pierreuses et en éléments fibreux qu’elle doit aux transformations qui s’opèrent dans les écorces à mesure qu’elles avancent en âge {Collin).

Composition. — L’écorce de cannelle contient : une huile volatile ou essence de cannelle, de X acide cinnamique, du tannin, Aa mucilage, de Y amidon, une matière colorante, etc.

iJsagres. — La cannelle est employée en médecine comme tonique, excitante et cordiale. La grande quantité d’huile volatile qu’elle renferme la fait rechercher comme aromate et comme condiment dans l’art culinaire, dans l’art du confiseur, du parfumeur. Elle entre dans un grand nombre de préparations officinales.

Falsifications. — On a quelquefois falsifié la cannelle de Ceylan avec de la cannelle déjà épuisée par distillation; celle-ci se reconnaît à ce que ses morceaux sont plus ou moins brisés, leur couleur est d’un brun foncé, leur odoui et leur saveur presque nulles. Au microscope, les grains amylacés du parenchyme sont déformés ou déchirés.

Une autre fraude consiste à vendre comme cannelle de Ceylan des écorces de cannelte de Chine ?’ae/ées jusqu’à ce qu’elles aient acquis la grosseur, l’épaisseur de la cannelle de Ceylan : l’inspection des coupes au microscope, la dégus-

CANNELLE

talion et l’odorat, joints à la rugosité de la surface extérieure, suffisent pour faire reconnaître cette substitution.

On a aussi totalement substitué à la cannelle de Ceylan la cannelle giroflée, ou bois de girofle, bois de crabe; elle est l’écorce d’un arbre qui croît dans les Antilles ainsi qu’à Ceylan. Celte cannelle est en bâtons beaucoup plus longs (1 mètre) et beaucoup plus volumineux que ceux des cannelles ordinaires; ils sont formés d’un grand nombre d’écorces minces, compactes, roulées les unes autour des autres, à surface unie, d’une couleur brune foncée, à texture serrée, à cassure fibreuse ; leur saveur est piquante, leur odeur aromatique, semblable à celle du girofle, mais un peu plus faible.

Poudre de cannelle. — La poudre de cannelle de Ceylan est souvent mélangée de poudres végétales de moindre Valeur, de poudre de cannelle de Chine, ou de cannelle épuisee, ou de cannelle male, sans odeur et humectée de quelques gouttes d’essence. Le microscope met facilement sur la voie de pareilles substitutions. Elles ne seraient jamais à craindre si tous les pharmaciens proscrivaient de leurs officines toute poudre, toute préparation galénique, etc., venant du dehors.

La poudre de cannelle de Ceylan (fig. 45), plus riche en cellules pierreuses

Fig. 45. — Poudre de Cannelle de Ceylan.

que la poudre de cannelle de Chine, présente des fibres ligneuses assez droites et pointues aux deux extrémités. Les cellules pierreuses, isolées ou groupées entre elles, laissent en dehors d’elles une poussière amylacée très-fine.

CANTHARIDES

La poudre de cannelle de Chine (flg. 46) offre des cellules pierreuses moins abondantes, plus isolées, à côté de nombreuses fibres ligneuses en général ondulées et comme tordues dans leur longueur. De grandes cellules unies sont

Fig. 46. — Poudre de Cannelle de Chine.

gorgées de granules amylacés bien plus apparents, plus gros et plus nombreux que ceux que renferme la cannelle de Ceylan.

On a quelquefois fraudé la poudre de cannelle à l’aide de coques d'amandes fines, bien broyées et aromatisées avec une petite quantité d’essence de cannelle. Cette fausse poudre, infusée pendant douze heures environ dans une petite quantité d’eau froide, rougit le papier de tournesol, ne se colore pas par les sels de fer ; sa saveur est acide, son odeur est forte et aromatique. L’infusion de la véritable poudre de cannelle ne présente aucune de ces propriétés {St. Martin).

CANTHARIDES. — La cantharide {Cantharis vesicato7'ia,o\i Lytta vesicatoria, oViMeloè vesicatorius) est un insecte de l’ordre des Coléoptères bétéromères tracbélides. Son corps est long de 0“,013 à 0“,018 ; il est cylindroïde ; sa tête est grosse, surtout au sommet; elle est en forme de cœur, plus large que le corselet, inclinée en dessous ; ses élytres sont longues, flexibles et d’un vert doré très-brillant ; ses pattes sont au nombre de six, filiformes, ayant cinq articles aux tarses des quatre premières pattes et quatre articles seulement aux tarses des deux dernières (fig. 47) ; ses antennes sont noires et composées de onze articles.

CANTHARIDES

Kig. 47.

Cantharide vésicantc.

^ La cantharide est très-commune en Espagne, en Italie, en Valachie, dans rUkraine ; elle est plus rare en France où elle vit en troupes nombreuses sur les frênes, les lilas et les troènes dont elle dévore les feuilles (1).

Composition. — Le principe vésicant des cantharides est la cantharidine, découverte par Robiquet. Ces insectes contiennent en outre : huile grasse jaune; huile concrète verte; substance jaune visqueuse; substance noire; osmazùnie; acides urique^ dcétique, phosphoi'ique ; phosphates de chaux et de magnésie ; chitine. Kublg a trouvé 5,79 p. 100 de cendres (CaO, MaO, KO, NaO ; PO^, SO^ GO^, SiO^, Cl) dans des cantharides contenant 8,18 (éi humidité.

Usa"'es. — La cantharide est employée en médecine comme épispastique. Elle fait la base d’un grand nombre de préparations pharmaceuliques : onguents, emplâtres, pommades, taffetas, cérats, huiles, \iniments dits épnspastiques ; teintures, extraits, alcoolés. La poudre de cantharides produit sur la peau l’effet local bien connu et désigné sous le nom de vésicatoire.

Les cantharides agissent aussi comme aphrodisiaques ; l’espèce la plus employée est la cantharide vésicante, appelée vulgairement mouche d'Espagne.

Les cantharides doivent être choisies récentes, bien entières, d’une belle couleur vert doré, sans mites, bien sèches et non échauffées.

Altérations. — Les cantharides nouvelles sont entières et bien brillantes ; mais conservées, même dans des vases fermés, dans (tes barriques de bois blanc doublées en papier ou en toile, elles sont attaquées par la mite {Acarus domesticus) et par les larves des Zfm«esles, des Ptinus ou de V Anthrenes' musæorum, ainsi que par un certain nombre d’acariens des genres Tyroglgphus, Ghjciphagus et Cheyletus (2) ; les pattes, la tête et les ailes finissent par se détacher et forment des vermoulures sujettes à la fermentation. Ces vermoulures sont moins actives que les insectes entiers, parce que les parasites rongeurs et leurs débris, qui restent mêlés aux cantharides, n’ont pas de propriété vésicante, et parce que les cantharides attaquées sont presque toujours anciennes et ont perdu, par la vétusté, une grande partie de leur principe actif.

On a proposé le camphre, le mercure, l’emploi du procédé d' Appert, etc., pour conserver les cantharides et les préserver des attaques des insectes.

Falsiflcations. — Suivant Perdra, la poudre de cantharides aurait été fréquemment falsifiée avec de Yeuphorbe. Voici le procédé de M. Stanislas Martin pour déceler cette fraude : on fait bouillir au bain-marie, avec une petite quantité d’alcool à 22“, les cantharides suspectées, puis on filtre la liqueur encore chaude; par le refroidissement, le décocté laisse déposer la gomme-résine, susceptible d'être reconnue aux caractères qui lui sont propres. On fait ensuite évaporer à siccité la solution alcoolique, et l’augmentation de poids de l'extrait fait connaître la proportion de matière étrangère introduite dans les cantharides. A cet effet, on se hase sur ce que 1 kilogramme de cantharides en poudre de

(1) Aujourd'lmi, la rarotd des cantharides en nos climats est telle qu'on les fait venir principalement du noid de l'Europe, et longtemps on les a vendues sous le nom de cantharides de Russie; elles sont peu recherchées.

(•2) Voyez : Fumouze, Thèse sur les Cantharides. École de pharmacie, 1867.

CANTHARIDES

bonne qualité fournit 150 à 160 grammes d’extrait presque entièrement soluble.

Les cantharides de Russie passent presque toutes par les mains de spéculateurs allemands, juifs pour la plupart, qui leur donnent beaucoup de poids, à l’aide d’une immersion dans de Yhuile froide, suivie d’un égouttage, avant de les’ expédier. Ces cantharides tachent le papier d’enveloppe; on peut, par un prompt lavage à l'éther, séparer une partie de l’huile provenant de l’immersion.

On les a aussi immergées dans Valcool, pour enlever le principe actif qu’on

fait servir à la préparation des taffetas vésicants. On mélange ensuite la mouche entière, et bien séchée, avec les cantharides de bon aloi. La quantité moindre d’extrait qu’on obtient décèle la fraude, indiquée également par le dosage de la cantharidine, d’après le procédé Morlreux.

Dans le même but, on a fait macérer les cantharides dans Yessence de térébenthine ; on les portait ensuite à l’étuve, au sortir de laquelle elles avaient repris leur aspect primitif. On les vendait alors comme cantharides de bonne qualité. Ces cantharides, lavées promptement avec l’éther, fournissent de la matière résineuse.

Quelquefois on les mouille pour les frauder : la perte de poids qu’elles éprouvent alors par une dessiccation à l’étuve permet d’apprécier l’excédant d’eau qu’elles renferment.

M. Emmel a trouvé des clirysomèles {Chrysomela fastuosa) d’un vert brillant, mélangées, dans la proportion de 16 p. 100, à des cantharides, probablement en poudre, car il est difficile de croire que l’on puisse mêler ces coléoptères, qui n’ont que 0'“,011 à 0“,013 de longueur et 0"',007 à 0“,009 de largeur, avec des cantharides longues de 0“,020, et larges de 0™,005 à 0“,007.

Il paraîtrait aussi qu’on a essayé de les frauder en les mélangeant : auLytla syriaca, insecte d’un tiers plus petit; au Cetonia aurata, ou cerf-volant doré, qui a une taille plus large et plus ramassée (1)

(fig. 48) et qui fait partie du groupedes Pentamères.

Titrage ties cantharides.

— Leur richesse en cantharidine est en moyenne de 1/2 p. 100, soit 5 millièmes.

Pour isoler ce principe actif, on épuise 40 grammes de cantharides réduites en poudre, par suffisante quantité de chloroforme. On agit, soit à l’aide de l’appareil à épuisement continu de Payen (fig. 49) ; soit par des macérations successives de la poudre dans le véhi-

Fig. 48. — Cétoine dorée {Cetoiüa aurata).

Fig. 49. — Appareil digesleur de Payen.

(1) Voyez : Béguin, Histoire des Insectes qui peuvent être employés comme vésicants. Prix Ménier. École de pharmacie, 1873.

CAPSUES.

cule. On recueille exactement les liqueurs, qu’on évapore ensuite jusqu’à siccité. Le résidu, composé de toute la cantharidine de la poudre et de ses matières grasses, est épuisé à son tour par le sulfure de carbone, qui dissout ces dernières sans toucher au principe actif. Il suffit donc ensuite de recueillir ce dernier, soit sur un filtre taré, soit dans le fond d’une capsule, pour en prendre exactement le poids après dessiccation préalable : 40 grammes de poudre de bonnes cantharides doivent produire de 08'',I8 à Qs‘',22, soit 0®'',20 de cantharidine [Mort7'eux).

CAPILLAIRES. — Les capillaires, de la famille des Fougères, sont 'employés principalement en infusion et sous forme de sirop, dans les affections catarrhales.

Les feuilles de capillaires contiennent généralement du mucilage, un pi'incipe légh'ement aüringent et une malüre ai'omatique.

L’espèce la plus estimée est le capillaire du Canada {Adianthum pedatwn), auquel on substitue souvent le capillah'e de Montpellier [Adianthum capillus Venet'is), et plus rarement le capillaû-e noir ou capillah'e commun [Asplénium adianthum nigruin), le capillaire polytidc [Asplénium t7'ichomanes) .

Le capillaù'e du Canada a des frondes pédalées, des pétioles longs et ramifiés seulement à leur sommet.

Le capillaù'e de Montpellier zl A&?, folioles cunéiformes, minces, grêles, incisées sur les bords supérieurs. 11 est légèrement mucilagineux, a une saveur et une odeur un peu aromatiques.

Le capillaire noir a les folioles lancéolées, incisées profondément et dentées ; elles ont moins d’arome que les folioles des espèces précédentes, et leur couleur est d’un vert plus foncé.

Le capillaù'e polyt7'ic des officines a des feuilles très-petites et rondes, et possède aussi moins d’arome que les deux premières espèces.

CAPRES. — Ce sont les fleurs non épanouies, c'est-à-dire les boutons encore fermés du Càp7'ier commun ou C. épineux [Cappa7'is spinosa, Capparidées), qui constituent ce condiment, après qu’il a subi une macération prolongée dans le vinaigre fort. On récolte ce produit dans le Midi de la France, surtout entre Toulon et Marseille. Les boutons les plus petits donnent les câpres les plus fermes et les plus recherchées.

Altérations. — Quand elles sont recueillies à une époque trop avancée, les câpres sont d’un vert pâle ou jaunes et d’une odeur peu agréable; elles sont alors molles et de saveur fade. Lorsqu’on a employé à leur préparation de mauvais vinaigres, elles partagent les fâcheuses propriétés de ces derniers. (Voir Vinaigre.)

CAPSULES. — Certains médicaments d’odeur ou de saveur repoussante reçoivent, depuis longtemps, une forme médicamenteuse spéciale : ils sont enfermés dans des enveloppes gélatineuses nommées capsules. Le malade qui avale celles-ci n’est donc pas affecté désagréablement par le produit qu’elles renferment.

On conçoit combien il est facile de frauder, sur les substances contenues dans de semblables récipients ; aussi a-t-on signalé dernièrement la présence d’un

CARBONATE DE BARYTE. 221

baume de copahu falsifié, contenu dans ce genre de préparation pharmaceutique. (Voir Baume de Copauu.)

CARBONATE D’AMMONIAQUE : (G02)3, (AzH^O)2, HO; 2 aq. — Ce sel, appelé aussi alcali volatil concret, sel volatil d' Angleterre, sel volatil de corne de cerf, sesquicarbonate d'ammoniaque, etc., est blanc, translucide, d’une saveur âcre et piquante, d’une odeur fortement ammoniacale; il verdit le sirop de violettes ; il est soluble dans l’eau froide; l’eau bouillante le décompose. Soumis à l’action de la chaleur, ce corps se volatilise.

Caractères. — V. Ceux deS CARBONATES, page 17, et C6UX deS Sels AMMONIAc.\üx, page 13.

Usagées. — Le carbonate d’ammoniaque est employé comme excitant et diaphorétique énergique ; dans les arts, on s’en sert pour faire lever les pâtes.

Altérations. — Ce sel s’altère à l’air libre ; il s’y désagrégé peu à peu et devient comme une poussière farineuse. Dans ces conditions, il n’a plus d’odeur sensible et est réduit à l’état de bicarbonate dont la solution ne précipite plus à froid le sulfate de magnésie. On doit alors le rejeter de l’usage pharmaceutique.

Quelquefois le carbonate d’ammoniaque, ayant été préparé dans des vases en plomb, retient une petite quantité de ce métal; il suffit, pour s’en assurer, de dissoudre dans l’eau pure un peu de ce sel ; le précipité blanc qui se rassemble au fond du vase est du carbonate de plomb qui fait effervescence avec les acides azotique et chlorhydrique, et donne une dissolution qui précipite en blanc par l’acide sulfurique ou par le sulfate de soude, en jaune par l’iodure de potassium et le chrômate de potasse, en noir par l’hydrogène sulfuré ou un sulfure alcalin.

Falsifications. — Le Carbonate d’ammoniaque peut être falsifié par le chlorure de sodium, et remplacé par un mélange de potasse et de chlorhydrate d'ammoniaque. Quelquefois, par suite d’un défaut de préparation, il peut aussi retenir une petite quantité de ce dernier sel.

La présence du chlorure de sodium ou du chlorhydrate d'ammoniaque est décelée à l’aide du nitrate d’argent, après avoir eu le soin de saturer préalablement par l’acide nitrique le sel à essayer : sans cette précaution, le précipité de chlorure d’argent serait dissous au fur et à mesure de sa formation.

En soumettant à l’action de la chaleur le sel suspect, on a pour résidu soit le chlorure de sodium, qui est fixe, soit le chlorhydrate d’ammoniaque, qui est moins volatil que le carbonate.

Si le sel suspecté n’était autre qu’un mélange de potasse et de chlorhydrate d'ammoniaque, on aurait pour résidu, après la sublimation d’une partie de la masse, du chlorure de potassium dont la solution aqueuse donne, avec le nitrate d’argent, un précipité blanc caillebotté, insoluble dans l’acide azotique, et un précipité jaune-serin avec le chlorure de platine.

CARBONATE DE BARYTE : CO^,BaO. — Ce sel se rencontre dans la nature en masses fibreuses, saccharoïdes ou compactes. 11 est blanc, demi-transparent, d’une densité égale à 4,29. Il ne perd son acide carbonique qu’aux plus hautes températures. L’eau ne le dissout pas. Les acides azotique et chlorhydrique moyennement concentrés l’attaquent lentement et le dissolvent sans

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