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l'intelligence précoce qu'il avait montrée. Mais le jeune Newton ne remplit pointles vues de sa mère, son penchant pour l'étude l’arrachait aux occupations vulgaires auxquelles on voulait l'appliquer, on prononca dès lors qu'il ne ferait jamais rien qu’un savant, et on le renvoya à sa chère école de Grantham, objet de ses vifs regrets. Peu de temps après, il entra au collége de la Trinité de Cambridge où l'on pense que c’est seulement à cette époque qu'il commença à étudier les mathématiques. Les progrès étonnans qu'il fiten peu de temps dans ces hautes sciences annoncèrent ce qu’il serait un jour. De la rapide lecture d'Euclide , il passa à la géométrie de Descartes et à l’arithmétique des infinis de Wallis. Une fois qu’il fut entré en possession de la science, son génie ne s'arrêta point sur les traces de ces grands maîtres, il s'élança avec eux dans la voie des découvertes. Avant l’âge de vingt-sept ans, Newton était en possession de son Calcul des fluxions et de sa T'heorie de La lumière. Ilcommença à exposer cette dernière découverte dans ses Lectiones opticæ, dont il publia le précis dans les Transactions philosophiques. I s'occupa aussi de mettre en ordre son traité des fluxions, mais les objections qui lui vinrent de toutes parts alarmèrent cet esprit méditatif et paisible; et jaloux de son repos, redoutant pardessus tout les querelles littéraires, qu’il eût mieux évitées sans doute en publiant plus tôt ses découvertes, il ue se pressa point de les mettre au jour. Le docteur Barrow dont il était le disciple et l’ami se démit en sa faveur de la place de professeur de mathématiques à l'université de Cambridge. C’est de cette époque de sa vie que datent les travaux qui ont à jamais illustré son nom, et surtout ce livre sublime et célèbre des Principes, qu'il publia à la sollicitation de Halley et sur les instances de la Société royale de Londres. L'université de Cambridge dont il avait défendu avec zèle les priviléges attaqués par le roi Jacques IT, le choisit pour son représentant à la célèbre Convention de 1688 et au Parlement de 1701. Newton participa ainsi à la régénération sociale de son pays. Il fut successivement nommé directeur de la monnaie et créé chevalier de la reine Anne, Mais la faveur à laquelle il se montra le plus sensible fut son élection à la présidence de la Société royale, qui eut lieu en 1703. Il continua sans interruption à porter ce titre honorable jusqu'à la fin de sa longue et glorieuse carrière.
Tels sont en peu de mots les événemens les plus importans de la vie de Newton, ses travaux doivent tenir une plus grande place dans son histoire. Nous ne croyons pas devoir rappeler ici la discussion pénible à laquelle donna lieu le calcul des fluxions ; nous avons exposé ailleurs cette théorie (Foy. FLuxtows) et la mésintelligence dont elle fut le prétexte entreles deux plus beaux génies de cette époque (Voy. Leipxrrz). Nous
NE exanunerons dans leur ensemble les découvertes de Newton, en analvsant lelivre des Principes où elles sont rassemblées.
Il était reservé à ce grand homme, dit notre illustre Laplace , de nous faire connaître le principe général des mouvemens célestes. La providence , en le douant d’un profond génie, prit même soin de le placer dans les circonstances les plns favorables. Descartes avait changé la face des sciences mathématiques, par l'application féconde de l'algèbre à la théorie des courbes et des fonctions variables. Fermat avait perfectionné la géométrie, par ses belles méthodes des maxima et des tangentes. Wallis, Wren et Huygens venaient de trouver les lois de la communication du mouvement. Les découvertes de Galilée sur la chute des graves, et celle d'Huygens sur les développées et sur la force centrifuge, conduisaient à la théorie du mouvement dans les courbes. Keppler avait déterminé celles que décrivent les planètes et il avait même entrevu la gravitation universelle. Enfin Hook avait très bien vu que les mouvemens planétaires sont le résultat d’une force primitive de projection, combinée avec la force attractive du soleil. Mais la science attendait encore le génie qui devait coordonner dans un seul système ces puissantes idées et fixer la loi de la pesanteur , de la géné-
alisation et du rapprochement de ces grandes découvertes. Telle fat l'œuvre de Newton. Voici, d’après le savant géomètre que nous venons de citer, comment il y parvint.
La pesanteur des corps au sommet des plus hautes montagnes, à très peu près la même qu’à la surface de la terre, lui fit conjecturer qu’elle s'étend jusqu'a Ja lune, et que là se combinant avec le mouvement de projection de ce satellite, elle lui fait décrire un orbe elliptique autour de la terre. Pour vérifier cette conjecture , il fallait connaître la loi de diminution de la pesanteur. Newton considéra que si la pesanteur terrestre retient la lune dans son orbite, les planètes doivent êtres retenues pareillement dans leurs orbes par leur pesanteur vers le soleil, et il le démontra par la loi des aires proportionnelles aux temps; or, on sait qu'il résulte du rapport constant trouvé par Keppler, entre les carrés des temps des révolutions des planètes et les cubes des grands axes de leurs orbes, que leur force centrifuge, et par conséquent leur tendance vers le soleil, diminuent en raison du carré de leur distance au centre de cet astre ; Newton supposa donc la même loi de diminution à la pesanteur d’un corps, à mesure qu'il s'élève au-dessus de la surface de la terre. En partant des expériences de Galilée sur la chute des graves, il détermina la hauteur dont la lune abandonnée à elle même descendrait sur la terre dans un court espace de temps. Cette hauteur est le sinus verse de l'arc qu’elle dé-
crit dans le même intervalle, sinus que la parallaxe lupaire donne en parties du rayon terrestre; ainsi pour comparer à l'observation la loi de la pesanteur réciproque au carré des distances, il était nécessaire de connaître la grandeur de ce rayon. Mais Newton n'ayant alors qu’une mesure fautive du méridien terrestre parvint à un résultat différent de celui qu'il attendait ; et soupçonnant que des forces inconnues se joignaient à la pesanteur de la lune , il abandonna momentanément ses idées. Ceci se passait, suivant Pemberton, le contemporain et l'ami de Newton, qui nous a transmis ces détails, en 1666. Quelques années après il reprit ses recherches et il reconnut au moyen de la mesure que Picard venait de faire d’un degré du méridien, que la lune était retenue dans son orbite par le seul pouvoir de la gravité supposée réciproque au carré des distances. D'après celle-ci, il trouva que la ligne décrite par les corps dans leur chute est une ellipse dont le centre de la terre occupe un des foyers. Considérantensuite que Keppler avait reconnu que les orbes des planètes sont pareillement desellipses au foyer desquelles le centre du soleil est placé, il eut la satisfaction de voir que la solution qu'il avait entreprise par curiosité, s’appliquait aux plus grands objets de la nature.
Ainsi c'était au moyen du rapport entre les carrés des temps des révolutions des planètes, et les cubes des axes de leurs orbes supposés circulaires quele graud Newton était parvenu à la loi de la pesanteur. Il démontra que ce rapport a également lieu dans les orbes elliptiques, et qu’il indique une égale pésanteur des planètes vers le soleil , en les supposant placées à la mème distance de son centre, En généralisant ensuite ses recherches, Newtonfit voir qu'un projectile peut se mouvoir dans une section conique quelconque , en vertu d’une force dirigée vers son foyer et réciproque au carré des distances : il développa les diverses propriétés dans ce genre de courbes ; il détermina les conditions nécessaires pour que la courbe soit un cercle, une ellipse, une parabole ou une hyperbole, conditions qui ne dépeudent que de la vitesse et de la position primitive des corps. Quelles que soient cette vitesse, cette position et la direction centrale du mouvement, Newton assigna une section conique que le corps peut décrire, et dans laquelle il doit conséquemment se mouvoir. Ces recherches appliquées au mouvement des comètes lui apprirent que ces astres se meuvent autour du soleil suivant les mêmes lois que les planètes , avec la seule différence que leurs ellipses sont très allongées, et il donna les moyens de déterminer par les observationsles élémens de ces ellipses. La comparaison de la grandeur des orbes des satellites et de la durée de leurs révolutions, avec les mêmes quantités relatives aux planètes,
lui fit connaître les masses et les densités respectives
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du soleil et des planètes accompagnées de satellites et l'intensité de la pesanteur à leur surface. En considérant que les satellites se meuvent autour de leurs planètes, à peu près comme si les planètes étaient immobiles, il reconnut que tous ces corps obéissent à la même pesanteur vers le soleil. L'égalité de l’action à la réaction ne lui permit pas de douter que le soleil pèse vèrs les planètes, et celles-ci vers leurs satellites ; et même que la terre est attirée par tous les corps qui pèsent sur elle. Il étendit ensuite cette propriété à toutes les parties de la matière, et il établit ces principes, que « chaque molécule de matière attire toutes les autres « en raison de sa masse et réciproquement au carré de « sa distance à la molécule attirée. »
Ce n’est pas là une simple hypothèse, mais un principe supérieur, conséquence nécessaire des lois observées dans les mouvemens célestes; principe fécond d’ailleurs dont Newton vit découler l'explication des grands phénomènes du système du monde. En considérant la pesanteur à la surface des corps célestes, comme la résultante des attractions de toutes leurs molécules, il trouva cette propriété remarquable et caractéristique de la loi d'attraction réciproque au carré des distances , savoir : que deux sphères, formées de couches concentriques et de densités variables suivant des lois quelconques, s’attirent mutuellement, comme si leurs masses étaient réunies à leurs centres: ainsi, les corps du système solaire agissent à très-peu près comme autant de centres attractifs, les uns sur les autres et même sur les corps placés à leur surface; résultat qui contribue à la régularité de leurs mouvemens, et qui fit reconnaître à ce grand géomètre la pesanteur terrestre, dans la force par laquelle la lune est retenue dans son orbite. Il prouva que le mouvement de rotation de Ja terre a du l’aplatir à ses pôles, et il détermina les lois de la variation des degrés des méridiens et de la pesanteur à sa surface. Il vit que les attractions du soleil et de la lune font naître et entretiennent dans l'Océan les oscillations que l'on y observe sous le nom de flux et de reflux de la mer. Il reconnut que plusieurs inégalités de la lune et le mouvement rétrograde de sesnœuds sont dus à l’action du soleil. Envisageant ensuite lerenflement du sphérorde terrestre à l'équateur, comme un système des atellites adhérens à sa surface, il trouve que les actions combinées du soleil et de la lune tendent à faire rétrograder les nœuds des cercles qu’ils décrivent autour de l'axe de la terre, et que toutes ces tendances , en se communiquant à la masse entière de cette planète, doivent produire, dans l'intersection de son équateur avec l’écliptique, cette rétrogradation lente que l’on nomme Precession des Équinoxes.
Telles sont, en résumé, les découvertes principales que Newton expose dans le livre des Principes. Mais 1!