‹ Dictionnaire des sciences mathématiques pures et appliquées (volume 2)Chapitre 18 sur 430 · FORTIFICATION PERMANENTE · texte numérisé non relu

FORTIFICATION PERMANENTE

Aussitôt que les peuples se furent constitués en corps de nation et eurent fondé des villes, ils cherchèrent à les mettre à l'abri des incursions de leurs voisins. De là naquit l’art de la fortification. On se contenta d'abord d’enfermer d’une muraille le lieu qu'on voulait protéger. On la fit ensuite précéder d’un fossé afin d’en

rendre l'accès plus difficile. Comme on s’apercut biens tôt qu’il était impossible de défendre ce fossé sans exposer les défenseurs aux coups des assiégeans , on construisit de distance en distance des tours rondes ou carrées qui permettaient de prendre des vues deflanc. Leur distance maximum était déterminée par la plus grande portée des armes alors en usage. Afin que l'enceinte présentät une plus grande résistance aux béliers et aures engins destinés à la battre en brêche , on la ter-

26 FO rassa, c’est-à-dire qu’on appuya contre elle une masse de terre qui , terminée par un plan horizontal en contrebas du sommet du mur, formait ainsi ure banquette propre à recevoir les défenseurs.

L'attaque fut alors dirigée contre les portes qui présentaient une résistance moires grande. Afin de les défendre, on les surmonta de machicoulis qui permettaient de jeter toute sorte de /\ projectiles sur les assail - / lans. Voila quels furent / les progrès de la fortification jusqu'à l’invention de la poudre à canon.

Mais aussitôt qu’on employa l'artillerie contre les enceintes, on s’aperçut bientôt que la défense était dans un état d'infériorité bien marquée par rapport à l'attaque. Les tours destinées à flanquer le fossé , ne présentaient pas un logement convenable à l'artillerie. Alors on leur donna des dimensions plus considérables sans altérer leur forme. On les termina en flèche dont la pointe était tournée vers la campagne, et ainsi faites elles prirent le nom de Bastion. Une enceinte ainsi armée fut appellée enceinte

bastionnée, et elle a conservé ce nom dans la fortification moderne.

PE RE Le) ER

Ce fut vers 1500 que ces améliorations eurent lieu. Errar d, de Bar-le-Duc , qui vivait sous Henri IV, estle premier ingénieur français qui ait écrit sur la fortification. Son traité, qui porte pour titre : La fortification démontrée et réduite en art, date de 1594. Le tracé qui porte son nom se détermine de la manière suivante :

Soit AB Ie côté d’un hexagone régulier à fortifier. On mène les ravons Ao et Bo, et avec ces deux droites

où fait aux points À et B, des angles de 45°. On divise

FO

ces angles en deux parties égales , par les droites AF et BG; leurs points de rencontre F et G, avec les droites AC et BD, sont joints par une droite FG, qui est parallèle à AB. Des points F et G, on abaisse des perpendiculaires FIX et GI, sur les droites AG et BD, et le tracé en front est ainsi complètement déterminé. Les parties AÏT et BI, sont les faces des bastions, dont le saillant est en À et B; FH et GT sontles flancs, et FG la courtine. En faisant les mêmes opérations sur les autres côtés de l'hexagone , on aura son tracé complet. Cette méthode est on ne peut plus vicieuse, car les flancs destinés à défendre le saïllant du bastion , ne peuvent diriger leurs feux sur la courtire : de plus, ils sont d’une

petitesse extrême.

3. Marolois , ingénieur hollandais, proposa un tracé qui présentait quelques avantages sur celui d’'Errard son contemporain. (Ÿ’oy. planch. 11 , fig. 4.)

Par un point A d’une ligne indéfinie AB, soit menée une droite AO, faisant avec elle un angle égal àla moitié de celui de l'hexagone régulier. Par le même point A, menons une droite AD, faisant avec AO un augle de 4o°, ct prenons sur elle une longueur AE de 40 toises. Du point E abaissons la perpendiculaire EN sur AB. De N en [, portons une longueur de 72 toises qui sera celle de la courtine. Au point I, élevonsune perpendiculaire IL égale à NE ; faisons IB égale à AN, et en joignant BL, ce sera la face de l’autre demi-bastion. Prolongeant la droite EN, on fera avec elle au point E un angle GEF de Ao, on mènera MF parallèle à AB. On prolongera les perpenudiculaires EN et IL, jusqu’à leur rencontre en Get H, avec cette droite, et le front sera complète-

55°, et par le point de rencontre F avec la droite

ment déterminé.

Dans ce tracé, les flancs peuvent défendre les saillans des bastions, mais les vues sont très-obliques, et l4 défense est bien loin d’être efficace.

4. Le chevalier Antoine de Ville, ingénieur distingué sous Louis XIIE, publia en 1628 un ouvrage ayant pour titre, les fortifications du chevalier Antoine de Ville, dans lequel se trouvait décrit le tracé suivant. (Planche tx; fin. 3.)

Soit AE le côté d’un hexagone à fortifier. On le divisera en G parties égales. On prendra les droites AC et ED, égales chacune à une de ces parties; aux points C et D, on élèvera les perpendiculaires CL et DH, qu'on prendra égales à AC. On mènera les rayons indéfinis OA et OE. Du point L on abaissera LQ perpendiculaire sur AO, on prendra AM égale à QL, et la droite ML sera la face du bastion. On fera la même construction pour l’autre sommet du polygone. Le fossé doit être tracé parallèlement aux faces du bastion, et

avoir une largeur de 20 toises. Afin de couvrir le flanc DH, on y pratiquait un orillon GRIH, dont la construction se déterminait ainsi. On divise DH en trois parties égales. On prend DG égale à l'une d'elles, eton joint MG; sur cette droite on prend GK égale à DG, et par le point K on mène une parallèle à DH. L'orillon se trouve ainsi déterminé. On le termine ordinairement par une partie arrondie, qui doit être tangente aux deux droites GM et RH. EF est un second flanc retiré, élevé au-dessus du flanc DG, ce qui donnait deux étages de feux.

Dans ce tracé, les flanquemens sont encore trop obliques ; et les gorges des bastions tellement étroites, qu'il est bien difficile de pouvoir y loger tout ce qui est convenable à la défense.

5. Le comte de Pagan, mort maréchal-de-camp en 1665, a publié en 1645 un ouvrage ayant pour titre les Lortifications du comte de Pagan. Son tracé se construit de la manière suivante. (voy. PI. 11, fig.3). Soit AD le côté d’un hexagone régulier que nous supposerons de 180 toises. On le divisera en deux parties égales, et au point de division D, on élèvera la perpendiculaire DC de 30 toises. On mènera la ligne de défense CA. Ou prendra la face AC de 55 toises et du point E, on abaissera EM perpendiculaire sur la ligne de défense EC. MN menée parallèlement à AD sera la courtine. Afin d’augmeunter les feux desflancs, on construit trois flancs élevés les uns au-dessus des autres. De plus on construit un second bastion intérieur au premier. Pour tracer ces flancs, on divise EN en deux parties égales du point G, et on mène AC que l’on prolonge indéfiniment, ainsi que la ligne de défense AN. On prend les parties NI, IL, LO chacune de 7 toises, et on mène les droites IH, LL et OP parallèles à FN; la droite passant par le point P est menée parallèlement à la face du bastion et à 16 toises en arrière. Leterre-plein du flanc supérieur est au niveau de celui du bastion; celui du second flanc est élevé de la moitié de la hauteur du bastion au-dessus de la campagne; et le terre plein du troisième est au niveau de la campagne. On entre dans ces deux derniers flancs par des souterrains pratiqués sous le rempart de la brisure de la courtine. Dans ce système, les feux de flancs défendent bien les saillans des bastions, puisqu'ils sont perpendiculaires aux lignes de défense, et le bastion intérieur est d’un excellent effet pour défendre la place jusqu’à la dernière extrémité,

G. Enfin parut l’homme qui devait faire faire unpasimmense à l’art de Ia fortification , et qui a donné pour l'attaque et la défense des places des préceptes qui sont, à bien peu de chose près, ceux que l’onsuitencore aujourd’hui. Sébastien Leprêtre de Vauban, naquit en 1633. Il mourut en 1707, directeur général des fortifications

FO ST et maréchal de France. Il fit 53 siéges, bâtit 33 places fortes et en repara un très-grand nombre,

Dans son premier tracé, le maréchal de Vauban suppose le côté de l'hexagone régulier de 180 toises. (Foy. Pl. 11, fig. 2. ) Ille divise au point en deux parties égales, par la perpendiculaire ED qu'il fait égale au 1/6 du côté extérieur ou à 30 toises. Les droites DO et DM sont les ligues de défense. Il prend les faces OL et MB égales aux 2/7 du côté extérieur, et les flancs LQet BC sont menés perpendiculaires aux lignes de défense; la droite CQ , paralièle au côté extérieur , est la courtine. Les relations entre la longueur des faces, celle de la perpendiculaire et celle du côté extérieur sont extrèmement simples, GE ADSL que la longueur du côté extérieur est donnée, tout le tracé du front se trouve complètement déterminé. Dans la suite Vauban imagina un second et un troisième tracé, qu'il n’appliqua qu'aux places de Landau et New-Brisack, et comme c’est à peu près son premier tracé qui, modifié par Cormontaigne, a été généralement adopté, nous nous abstiendrons de

faire connaître les deux autres.

7, En décrivant le front moderne, et en donnant les moyens de le tracer exactement, nous ferons connaître les différens ouvrages dontilse compose, indépendamment des bastions, qui constituent ce qu’on appelle le corps de place.

Nous supposerons le côté extérieur AB de 360 mètres ; la perpendiculaire CD élevée sur le milieu le 1/6 LA

de ce côté, ou 60 mètres; les faces ont le 1/3 de AB, ou 120 mètres. Les flancs EG et FH sont menés perpendiculairement aux lignes de défense. Afin de donner de la force à l'enceinte bastionnée on lui a ajouté des ouvrages qui prennent le nom général de dehors. Le premicr est la tenaïlle placée en avant de la courtine , et destinée à couvrir le débouché de la poterne, ou pas-

sage seryant à communiquer de l'intérieur à l’extérieur,

et qui est pratiqué sous le milieu de la courtine. À 12 mètres et à 26 mètres de la courtine on mène deux droites parallèles à ses dimensions; la seconde est terminée aux lignes de défense du front. On laisse un passage de 10 mètres entre la tenaille et les flancs. La tenaille est terminée en arrière par deux droites menées parallè-

lement aux lignes de défense et à 14 mètres d’elles.

Des saillans des bastions comme centres on décrit des arcs de cercle d'un rayon de 30 mètres, et les droites menées tangentiellement à ces circonférences et à deux autres circonférences tracées des points a et b, comme centres avec des rayons de 34 mètres, limitent la largeur du fossé du corps de place et sont les contrescarpes de ce fossé. On appelle escerpe la limite intérieure du fossé.

De tous les ouvrages construits au-delà de la contrescarpe, le plus considérable est la demi-lune. Pour la construire, on prolonge la perpendiculare élevée sur le milieu du côté extérieur du front, et on prend sur elle 96 mètres à partir de son point de rencontre avec le côté extérieur. Le point ainsi déterminé est le saillant dela demi-lune. En joignant ce point avec deux points pris sur les faces des bastions et a 36 mètres de l'angle de la face et du flanc, ou de l'angle d'épaule, on a la direction des faces de la demi-lune qui se terminent à la contrescarpe du fossé du corps de place. La demilune est précédée d’un fossé de 20 mètres de large et qui est arrondi au saillant.

Dans l’intérieur de la demi-lune on pratique un ouvrage qui porte le nom de réduit de demi-lune. Les faces sont tracées à 30 mètres des faces de la demi-lune et lui sont parallèles, En avant est un fossé de 10 mètres. Les faces sont arrêtées à 16 mètres de la contrescarpe du fossé du corps de place, et par ces points des droites menées parallèlement à la perpendiculaire au côté extérieur du front déterminent les flancs du ré-

duit.

Le corps de place et la demi-lune sont environnés d’un chemin couvert large de 10 mètres, dans lequel les parties placées devant les saillants, prennent le nom de places d'armes saïllantes. Les parties situées vis-àvis Le point de rencontre de la contrescarpe du corps de place et de la contrescarpe de la demi-lune, sont les places d'armes rentrantes. En voici le tracé. On prend 54 mètres sur la contrescarpe de la demi-lune et sur celle du corps de place, et par ces points on mène deux ” droites se rencontrant et ayant chacune 60 mètres. Dans l'intérieur de cette place d'armes rentrante , on pratique un réduit maconné dont un des côtés de l’escarpe est déterminé par la droite joignant le saillant de la demilune, et un point pris à 4o mètres du point de rencontre de la contrescarpe du fossé du corps de place et dela

FO

contrescarpe de la demi-lune et sur Ja première. Par le point où cette droite rencontre la capitale de la place d’armes, c’est-à-dire la droite la divisant en deux parties égales, et par un point pris à 4o mètres sur la contrescarpe de la demi-lune , on mènera une droite qui déterminera l'autre escarpe. En avant ,on pratiquera un fossé de 5 mètres de large.

Dans ce tracé les demi-lunes placent les bastions dans des ceintures. Afin de leur donner une saillie on les entourera d’une demi-lune sans réduit, qui en soit séparée par un fossé, et qui alors prendra le nom de contregarde.

Quelquefois en avant des bastions et sur leurs capitales on place des demi-lunes avec flancs; elles se nomment alors lunettes. On les entoure d’un chemin couvert, qui est quelquefois réuni à celui des demi-lunes adjacentes. Les ouvrages ainsi éloignés du corps de place prennent le nom général d'ouvrages détachés ou avancés. (Voy. PI. 35.)

5. Après nous être ainsi occupés du tracé complet du front moderne, il nous reste à donner les moyens de déterminer exactement son relief, et les rapports de hauteur que doivent avoir entre elles ses différentes parties pour présenter la meilleure défense possible. Dans tout ce qui va suivre nous supposerons que la fortification est assise sur un terrain horizontal.

On appelle relief la hauteur d’un ouvrage de fortification au-dessus d’un plan quelconque choisi arbitrairement ; ordinairement c’est par rapport au fond du fossé que toutes les hauteurs sont comptées.

Le relief relatif, ou la différence des hauteurs de deux ouvrages, par rapport au même plan, se nomme

commandement.

Un profil est une coupe verticale, perpendiculaire à la projection horizontale de l’escarpe d’un ouvrage. A° l'aide du profil {A), fait perpendiculairement à la face d'un bastion, et retournant d’équerre sur le réduit de la place d'armes rentrante ; et du profil (B), fait perpendiculairement sur le milieu de la courtine, et retouruant d’équerre sur la demi-lune etson réduit, nousallons expliquer les différentes parties du relief de la fortification. (PI. 38, fig. 1 et 2.) Profil (A). Le point & est le sommet de l’escarpe du bastion, qui est couronné par un cordon en pierre de taille, destiné à rejeter les eaux pluviales. Le talus de ce mur de revêtement, qui a ordinairement 10%, est au 1/10, inclinaison que de nombreuses expériences ont fait regarder comme la meilleure. Ce mur a au sommet 2,50 mètres d'épaisseur, et par conséquent 3,50 mètres à la base. Il est fondé à 1 mètre au-dessous du fond du fossé, sur un empâtement faisant saillie de 0,60 mètres sur le pied du talus.

Son parement intérieur est vertical,

FO La masse de terre appuyée contre ce mur, s'appelle parapet. Elle est terminée extérieurement par un talus qui est celui des terres abandonnées à elles-mêmes. Le point b appartient à la créte intérieure du parapet, déterminée de manière à ce qu'il ait 6 mètres d'épaisseur ; Ja droite bc fait avec l'horizontale, un angle dont la tangente est comprise entre le + et le £de son rayon. C’est la plongée, et son prolongement doit passer à un mètre environ au-dessus du sommet de la contrescarpe. ac est le talus extérieur. Le talus intérieur bd, a 3 de hauteur sur 1 de base, afin de permettre aux défenseurs d'appliquer commodément leur fusil sur la plongée; la banquette df est à 1,20 mètres au-dessous de la crète intérieure , cette hauteur étant suffisante pour qu’on puisse tirer à son aise, sans trop se décou vrir, La banquette se raccorde avec le terre-plein, situé à 2,50 mètres au dessous de la crête intérieure, par un talus qui a 1 de hauteur sur 2 de base. Une longueur horizontale de 13 mètres à partir de la crête intérieure détermine l’extrémité du terre-plein, qui est raccordé avec le sol de la place par un talus à terres coulantes. La contrescarpe du fossé est revêtue en maçonnerie,

l’inclinaison est encore au mais les épaisseurs sont

moindres que pour l’escarpe, puisque la masse des terres à soutenir est beaucoup moins considérable. Le chemin couvert qui a 10 mètres de large a une crête intériceure élevée de 2,50 mètres au-dessus du sommet de la contrescarpe, et elle se raccorde avec le terrain environnant par un plan dont l'inclinaison varie entre

le = etle =, et qui se nomme glacis. La crête du chemin-couvert ou du glacis doit être telle qu’elle couvre le mur d'’escarpe des vues de l’ennemi; c'est-àdire, qu’en menant parle sommet de l’escarpe et la crête du glacis un plan, il doit laisser au-dessous de lui tous les établissemens de l’ennemi , ou tout au plus leur être tangent.

La nomenclature des différentes parties qui composent le profil (B), est absolument la même que pour le précédent. Les relations de commandement existant entre ces différentes parties, sont celles-ci: Le plan des crêtes des glacis de la demi-lune passe à 3,85 mètres au-dessus du plan du terrain; le plan des crêtes intérieures de la demi-lune, passe à 5,70 mètres au-dessus du terrain; celui des crêtés du réduit à 6,35 mètres, et celui de la crète de la courtine, et par conséquent de toutes les crêtes du corps de place, à 7,00 mètres.

À l’aide de ces données, on pourra déterminer complètement le tracé et le relief d’un polygone à fortifier, en supposant que le terrain sur lequel il est assis est horizontal, ainsi que le terrain environnant.

9. Lorsquele terrain qui environne la fortification n’est plus horizontal, le relief n’est plus le même que dans les

cas dont nous venons de nous occuper. Les parapets des

FO 89 ouvrages doivent être tels que leurs terre-pleins ne puissent être vus de l’ennemi. [l est évident que l’on satisfera à cette condition, si le plan des crètes intérieures passe au-dessus de tous les établissemens de l’assiégeant. On voit de suite que dans ce cas il n’est pas possible de tenir toutes les crêtes intérieures d’une place forte dans un même plan, et il faut alors chercher quel est le moindre nombre possible de plans qui peuvent résoudre le problème, en satisfaisant à la condition de ne pas se jeter dans des reliefs excessifs.

Le plan qui contient les crêtes intérieures d’un ouvrage s'appelle plan de défilement; et défiler un ouvrage, C’est déterminer ce plan, de manière à ce qu'il passe au-dessus des étublissemens de l'ennemi. Comme on ne doit se défiler que des points qui peuvent battre avec quelque certitude, on a fixé la limite du défilement à 1400 mètres, portée de but en blanc des pièces du plus gros calibre. Au-delà, on ne tient plus compte des accidens du terrain.

Un des meilleurs moyens qu'on puisse employer pour défiler une place, est de le faire par front séparé. Alors on commeuce par déterminer la côte du fond du fossé, et en prenant sur le milieu de l’escarpe de la courtine un point à 10 mètres au-dessus, on le considère comme apparteuant au plan de défilement. La question se réduit alors à faire passer par un point donné un plan passant à 1,50 mètres au-dessus des hauteurs connues. Et sion diminue les côtes de toutes les courbes horizontales déterminant le terrain de 1,50 mètres, il ne s'agira que de leur mener un plan tangent par ce point donné. (Poy. DériLemenT, ÉCUELLE DE PENTE.)

Li arrive souvent qu’on ne peut défiler un front par un seul plan, alors on emploie deux plans de défilement se coupant suivant la perpendiculaire sur le milieu de la courtine. Dans ce cas , lorsque les deux plans se coupent en gouttière, on construit une traverse suivant la capitale de la demi-lune et du réduit, afin de préserver les défenseurs des vues de revers.

Il est souvent plus commode d’astreindre le plan de défilement à passer par une droite dont on se donne la position et les côtes. Cette droite s'appelle charnière. La question du défilement des ouvrages est une des plus difficiles de l’art de la fortification, et il est impossible de déterminer par avance quels seront les plans dont on devra faire choix. Ce n’est que par une grande habitude, et servi par un coup d'œil exercé qu’on pourra arriver à trouver rapidement quels sont les meilleurs moyens de préserver les défenseurs, non seulement des vues directes de l’ennemi, mais encore des vues de revers et d’enfilade.

Il est certaines positions pour lesquelles le problème est insoluble , à moins qu’on ne donne à la fortification des reliefs tout-à-fait exagérés,

Ce qu'on a de mieux à faire alors est d'abandonner une position qui ne peut jamais présenter une bonne défeuse.

10, Afin d'assurer les communications des différentes parties de la fortification entre elles , on établit sous le milieu des courtines un passage voüûté qui débouche à 2,00 mètres au-dessus du fond du fossé; ce passage continue sous la tenaille, mais aa niveau du fond du fossé, Afin qu’on puisse se rendre à couvert dans le réduit de la demi-lune, on construit de chaque côté du milieu de la tenaille et dans le fond du fossé un ouvrage en terre, qui se nomme caponnière. On monte dans la tenaille et dans le réduit de demi-lune par deux escaliers , appelés pas de souris. Un passage souterrain pratiqué sous le flanc du réduit de la demi-lune conduit dans son fossé , et vis-à-vis se trouve un pas de souris donnant entrée dans la demi-lune. Deux pas de souris conduisent dans je réduit de place d'armes rentrantes, dont la communication est permise avec le chemin couvert par deux passages souterrains, débouchant dans son fossé, qui est raccordé par deux rampes avec le terre-plein du chemin couvert. (Foy. planche 57.)

Un des grands (léfauts de ce tracé est de présenter des communications peu faciles. Les escaliers ou pas de souris sont étroits et raides, et comme ils n’ont point de rampe, ils sont d’assez difficile accès pour un soldat chargé de son sac et de son armement. L’artillerie ne trouvant point de rampes pour communiquer avec les ouvrages extérieurs, on est obligé de jeter les pièces et leurs effets dans le fossé du corps de place, et à l’aide de chèvres on les place dans les ouvrages à défendre. Moyen fort lent , et qui nécessairement endommage le matériel, quelque précaution qu’on puisse prendre.

Les branclies du chemin couvert dé la demi-lune, pouvant facilement être parcourues dansle sens de leur longueur par des projectiles, on y construit des traverses; afin de protéger les défenseurs. Les traverses qui pourraient être nécessaires sur les faces des demi-lunes, ne sont jamais faites que pendant le siége même, leur position la plus convenable ne poüvant être déterminée à l’avance.

11. On emploie avec avantage dans la défense des places, les rrines. On appelle ainsi des cavités pratiquées dans la terre ; remplies d’une certaine quantité de poudre à canon, destinée par son explosion à faire sauter tout le terrain qui se trouve au-dessus d’elle. On construit en maçonnerie des galeries souterraines dans différentes parties de la fortification ; et c’est d’elle qu’on part pour construire pendant un siége des galeries plus petites qu'on appelle rameaux, aux extrémités desquelles on met la quantité de poudre nécessaire pour produire leffet voulu. On appelle contre-mines, les galerics construites par avance.

FG

12. Examinons maintenant quelles sont les propriétés du front de fortification ; que nous venons de tracer. Imaginons que l'ennemi veut s'emparer de la place, parcourons rapidement les différentes époques du siégre, ét voyons quel secours peuvent se prêter les différentes pièces.

Pour commencer l'attaque d’une place forte, l’ennemi l’énvestit, c’est-à-dire qu’il envoie des troupes en avant pour s'emparer de toutes les avenues, intercepter toutes les communications , et empêcher que quoique ce soit puisse entrer dans la place ou en sortir. L'armée assiégeante prend ensuite ses positions. Elle assoie son camp de manière À être hors de la portée du canon des assiégés , et elle l'entoure de retranchemens destinés à la protéger contre une armée de secours, et contre les sorties de la garnison. On détermine quel est le point le plus favorable pour l'attaque , et on commence l'ouverture de la tranchée. On appelle tranchée, un fossé de 3 à 4 tnètres de large sur un mètre de profondeur, dont ôn jette les terres du côté de la place. On forme ainsi un parapet, qui met à l'abri du feu des assiégés , les homines qui sont dans le fond de la tranchée. La première tranchée est faite à Goo mètres des saillans des ouvrages attaqués et menée parallèlement aux ouvrages, (Voyez planche 38, fig. 3.) On l’appelle parallèle. Lies Musulmans ont les premiers employés les parallèles ausiége de Candie. La première parallèle communique par des tranchées avec des dépôts d'outils, qui sont disposés à quinze ou dix-huit cents mètres de la place. Une seconde paralièle est tracée à 300 mètres de la place. Elle communique avec la première, par des tranchées qui ont la forme de zig-zags, afin de n'être pas enfilées par les feux de l’assiégé. Les zig-zags ont reçu le nom de boyaux. Es ont pour ligne milieu la capitale des ouvrages attaqués. Dans la seconde parallèle, on établit les batteries. Elles sont disposées perpendiculairement aux prolongemens des crêtes intérieures des ouvrages. On peut ainsi faire parcourir aux projectiles toute la longueur de la face d’un ouvrage. Ce sont des ba‘teries à ricochet: On établit aussi des batteries à plein fouet, c'est-à-dire disposées parallèlement aux forces des ouvrages à battre. Peu de temps après que le tir à ricochet est commencé, l’assiégé se voit forcé d'abandonner les pièces qui arment les faces de la demi-lune , car elles sont bientôt démontées. Il n’est plus possible non-plus de ‘tenir dans les chemins couverts. À peine quelques hommes protégés par les traverses, peuvent-ils se hasarder à venir examiner la marche de l’assiégeant; et à l'inquiéter par quelques coups de mousqueterie. Pendant ce temps, l'assiégeant construit des boyaux, qui le conduisent à la troisième parallèle, qu'il établit à Go mètres des saillans. En avant, il dispose une quatrième parallèle ; dans laquelle

FO il établit des batteries de mortiers, les défenseurs du chemin-couvert et des réduits de

destinées à chasser

place d'armes rentrantes. De la troisième parallèle il se porte vers le saillant du chemin-couvert, en marchant sur la capitale, par une tranchée qui prend le nom de sape. À 30 mètres de la crête du glacis, lasape suit une direction parallèle à cette crête, jusqu'au prolongement de la contrescarpe de la demi-lune. Le parapet des sapes est construit à l’aide de gabions , espèce de panier sans fond, qui sontremplis de terre, et contre lesquels s'appuie la masse des terres provenant de la tranchée. La partie de la sape parallèle à la crête du glacis, reçoit une grande élévation à l’aide de trois étages de gabions, ce qui permet de plonger dans le chemin-couvert, et d’en chasser, à coups de fusils, les hommes qui pourraient encore s’y trouver. C’est un cavalier de tranchée. Lorsque le cavalier de tranchée a produit son effet, l’assiégeant reprend sa sape, qu'il conduit jusqu’à 4 ou 5 mètres de la crête du glacis, pour la continuer de part et d'autre du saillant, parallèlement à la crête. C’est le couronnement du chemincouvert. C’est la qu’on dépose quatre batteries de brèche ; deux contre le saillant de la demi-lune, et deux contre les deux bastions devant la trouée du fossé de la demi-lune.

Ici se fait sentir un des grands défauts du système de fortification.Les dehors devraient protégerle corps de place, jusqu’à la dernièreépoque du s'ége, et cependant à peine le couronnement du chemin-couvert est-il fait, qu'on peut faire brèche au corps de place. Aussitôt que cette brèche est praticable, c’est-à-dire aussitôt que les maçonneries et les terres éboulées ont formé une rampe qui permet d'arriver dans l’intérieur de la place, lassiégeant ouvrira une galerie de mineur sous le chemincouvert de la demi-lune, et il la fera déboucher au fond du fossé de cet ouvrage.Par son moyen il pourra se porter rapidement au pied de la brèche, et si son attaque de vive fôrce réussit, ilse sera emparé du bastion, et par couséquent de Ja place, sans avoir été obligé de prendre la demi-lune et son réduit. Un grand nombre d'ingénieurs s’est occupé de cette question importante , et beaucoup de dispositifs ont été proposés. L’expérience n’en a encore sanctionné aucun, de sorte qu’il est difficile dese prononcer, Car une attaque faite sur le papier, marche toujours au gré de celui qui la dispose, et il est impossible d’en rien conclure sur le plus ou moins d'avantages que présente telle ou telle disposition. On évite cependant une partie des inconvéniens signalés, en pratiquant un retranchement dans l'intérieur des bastions, puisque, de la perte de celui-ci, ne s'ensuit pas celle de la place; et qu’ensuite l'ennemi ne pourrait tenir dans le bastion, où il serait exposé au feu de Ja demi-lune et de son réduit. L’assiégeant sera donc

Toux 11,

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