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n’était pas assez forte pour lui permettre de déterminer dès-lors la constitution singulière de ce grand corps céleste et voir l'anneau dont il est environné. Ce bonheur ou cette gloire était réservé à Huvgens. À ces grandes et importantes découvertes de Galilée , il faut ajouter celle des taches du soleil, dont il conclut la rotation de ce globe. Il tira de l’observation de celles qu'on remarque constamment dans la lune, la conséquence que cet astre nous présente toujours à peu près la même face, malgré l’espèce d’oscillation périodique qu'il éprouve, et à laquelle Galilée donna le nom de libration. C’est avec la même aptitude à découvrir les conséquences de choses, avec la même profondeur de jugement, que Galilée consacra une grande partie de sa vie à observer les satellites de Jupiter, afin de fonder une théorie de leurs mouvemens qui püt êtreappliquée à la résolution du problème des longitudes.
Un homme du génie de Galilée, en possession de tant de faits nouveaux, ne pouvait laisser àun autre l'honneur immortel de tirer de ses découvertes la preuve du vrai système de l'univers. La démonstration scientifique de la théorie de Copernic devint l’objet constant de ses travaux, le sujet de ses écrits et des conversations publiques auxquelles il se livrait avec les nombreux visiteurs que sa haute renommée lui attirait. Il rejeta comme des erreurs grossières , les doctrines astronomiques enseignées jusqu'alors et fit faire à la science un progrès immense, en tirant le système de Copernic de l’état d’hypothèse où il serait demeuré long-temps peut-être sans Vinvention du télescope et les observations qui en furent la conséquence.
Copernic avait été livré sur un théâtre aux huées du peuple, en Allemagne; Galilée fut également voué au ridicule de ses concitoyens , qui le comparèrent à Astolphe voyageant dans la lune , comme Descartes fut après l'objet des plus ignobles persécations en Hollande, où il s'était réfugié. Telles sont , même à des époques plus éclairées , les tristes circonstances qui accompagnent habituellement la production de la vérité. L'exemple de ces trois grands hommes ne semble-t-il pas prouver qu'il y a dans le monde un principe de mensonge qui lutte contre l'intelligence humaine, et arrête ses développemens, jusqu'au moment où la vérité dissipe par le viféclat de sa lumière les orageuses ténèbres qui l’enveloppaient.
A cette époque, Galilée avait quitté Venise pour la cour de Florence. La protection que lui avait longtemps accordée cette puissante république, lui eût sans aucun doute épargné les graves injustices et les malheurs que lui suscitèrent le fanatisme des anciennes doctrines et le fanatisme religieux, plus dangereux encore et plus puissant. Les ennemis de Galilée, pour s'attaquer à ses opinions, firent d’abord proscrire la
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doctrine de Copernic comme contraire au texte des écritures. Ce grand homme fut ensuite personnellement cité devant une commission de théologiens, qui lui donna connaissance de la déclaration suivante: « Soutenir que le soleil est placé immobile au centre du monde, est une opinion absurde , fausse en philosophie, et formellement hérétique, parce qu’elle est expressément contraire aux écritures ; soutenir que la terre n’est point placée au centre du monde , qu’elle n’est pas immobile, et qu’elle a même un mouvement journalier de rotation, c’est aussi une proposition absurde, fausse en philosophie, et au moins erronée dans la foi. » En con$équence, défense fut faite à Galilée de propager à l’aveir l'opinion qui venait d’être condamnée.
On comprendra quelle dut être la profonde douleur de ce génie sur lequel l'ignorance jetait le voile respecté de la religion. Ce fut en vain qu'il soumit au Saint- Office les argumens les plus favorables à la vérité, ce fut en vain qu’il prouva que l’Ecriture avait dû parler le langage du vulgaire et que son texte n'avait rien de contraire à la doctrine de Copernic; on ne voulut point l'entendre et il fut contraint de se soumettre à une décision aussi erronée qu'illégale, car l’église dépositaire d’un ordre de vérités qui n’ont rien de commun avec les vérités scientifiques , n’avait aucun droit de s’immiscer dans une question exclusivement du démaine de la science.
Le désir de faire triompher la juste cause de la vérité, ne permit pas à Galilée de garder sa promesse, et l’on sait que dans son célèbre dialogue sur les deux systèmes du monde, où il met en présence un péripatéticien et un copernicien , tout l'avantage de la discussion reste à ce dernier. Malgré les précautions qu'il avait prises de paraitre lui-même étranger à ce résultat, et de faire approuver d'avance son livre par le pape, l'envie quis’attachait à sa gloire, ne le laissa pas en repos,et dénoncé à l'inquisition, il fut obligé, à l’âge de soixante-neuf ans, et affaibli par des douleurs rhumatismales, de comparaître devart ce redoutable tribunal. On ne peut lire sans attendrissement le récit qu’il a fait dans une de ses lettres de son triste voyage de Florence à Rome et des persécutions qu’il endura. Après de nombreuses comparutions devantlesjuges qu’on lui avait donnés,ses opinions furent dénoncées et flétries , et lui condamné à la prison pour un terme indéfini, et on osa lui dicter la formule d’abjuration, qu'il fut contraint de prononcer en ces termes: « Moi, Galilée, dans la soixante-dixième année de mon » âge, étant constitué prisonnier, età genoux devant vos » Éminences, ayant devant les veux les saints Évangiles, » que je touche de mes propres mains: j’abjure, je » maudis, je déteste l'erreur et l’hérésie du mouvement » de la terre. » Ce fut ainsi, et le 22 juin 1630, que le génie daigna s’humilier devant l’envie qui l'avait pour-
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suivi et l'ignorance qui le condamnait ! Mais on dit que Galilée, grand encore, malgré cette dégradation, frappa vivement la terre du pied et s’écria à demi-voix: Pourtant elle se meut! (E pur si muove.) C'était le dernier cri de la raison opprimée.
Nous avons à dessein abrégé les détails douloureux qui se rattachent à cet événement important dans l’histoire de la science, mais qui sont connus de tout le monde. Hätons-nous de dire que du moins les droits saccrés de l’humanité ne furent pas davantage violés dans la personne de Galilée, et qu'aucun document ne prouve qu’il ait eu à souffrir les cruautés dont on prétend que l’inquisition usa envers lui. On lui donna pour prison le palais de l'ambassadeur de Toscane , et quelques années après, il recouvra entièrement sa liberté. L’indignation dont on ne peut se défendre après tant d'années , à l’aspect des maux dont fut frappé cet illustre vieillard , éclata partout hors de l'Italie et dans le sein de l'Église même, et c’est, en dernier lieu, l'inquisition qui supportera seule dans la postérité la honte de cet odieux attentat. Ce fut au comte de Noailles, ambassadeur de France à Rome, que Galilée confia ses derniers travaux, en manuscrit, ils furent imprimés à Leyde par les Elzevirs ; ce sont deux dialogues dans lesquels il créait une science pour ainsi dire nouvelle, en établissant les lois de la résistance des solides et celles du mouvement accéléré des corps graves. C’est aussi un Frauçais, le père Mersenne, qui honorait à la fois la science et la religion, qui publia le premier la mécanique de Galilée, où l’on trouve la première démonstration des lois de l'équilibre et celle du principe des forces virtuelles.
Malgréle poids des années et des infortunes qui avaient troublé sa carrière, legrand Galilée observait encore avec lecourage qu'il avait eu dans sa jeunesse, et il continuait ses tables des satellites de Jupiter lorsqu'il perdit la vue. Ainsi tousles malheurs qui peuvent torturer la vie, tombèrent sur cet homme prodigieux, exemple sublime de la résignation et de la constance nécessaires aux hommes qui se dévouent au triomphe de la vérité. Il ne pouvait plus voir le ciel, mais sa parole chaleureuse et brillante l'expliquait encore à ses nombreux élèves et à tous les hommes qui venaient à Florence lui apporter le tribut de leur respect et de leur admiration. Dieu mit enfin un terme à ses souffrances et à ses malheurs en le rappelant à lui, et le grand et noble Galilée entra dans l’immortalité le 9 janvier 1642 à l’âge de soixante-dix huit ans. Ce fut dans la même année que Newton fut donné au monde. Il est à regretter que les œuvres de Galilée, qui forment une bibliographie considérable ; n'aient jamais été réunies. Ce serait une entreprise digne
de l'attention des savans et de la protection d’un gouvernement éclairé.
GA 59 GASSENDI (Prerre). Ce nom appartient à la fois à
lascience, à la philosophie, aux lettres et aux arts. Il rappelle un de ces esprits vastes et hardis qui, dans la première moitié du XVIT' siècle, donnèrent une impulsion extraordinaire à toutes les connaissances, à toutes les idées qui agitaient alorsle mondeintellectuel. Pierre Gassend ou Gassendi naquit dans un village voisin de Digne, en Provence, le 22 janvier 1592, d’une famille pauvre et obscure. Il reçut les premiers élémens de l’instruction de la charité du curé de son hameau, mais son enfance fut tellement hâtive et merveilleuse, que le généreux pasteur épouvanté d’une précocité qui tenait du miracle , présenta son élève à l’évêque de Digne qui le prit sous sa protection. On rapporte que dès l'âge de quatre ans, il répétait les sermons qu'il avait entendus prononcer, et qu’il se levait en secret pendant la nuit pour méditer et admirer le ciel.
A viugt-un ans Gassendi obtint au concours les chaires de philosophie et de théologie dans l’université d’Aix, et ce fut alors qu’il justifia toutes les espérances qu’avaient fait concevoir son enfance merveilleuse et sa laborieuse jeunesse. Il sentit de bonne heure ce qu’il y avait de faux et d’erronné dans les doctrines despotiques de l'école; mais obligé de se conformer aux méthodes reçues, il ne commença à manifester son opposition qu’en faisant soutenir des thèses pour et contre Aristote. Quelques années plus tard, pourvu d’un bénéfice à la cathédrale de Digne, il put se livrer avec plus d'indépendance à la libre manifestation de ses idées, et il publia les deux premières parties de son livre des Exercitationes paradoxicæ adversüs Aristotelem ; c'était alors un acte d'audace.
Les études et les recherches de Gassendi s'étendaient à toutes les branches du savoir, mais l'astronomie fut une des sciences pour laquelle il se sentait le plus d’attrait. Galilée venait alors de changer par ses découvertes la face de cétte science, et Gassendi fut en France un des plus ardents zélateurs de sa doctrine. Il enseigna publiquement le mouvement de la terre, et contribua beaucoup à empêcher la Sorbonne parisienne de se déshonorer, en publiant une déclaration semblable à celle des théologiens de Rome. Galilée trouva encore en Gassendi un éloquent etsavant apologiste, quand le père Gasrée attaqua la célèbre théorie sur l'accélération des graves. Il est juste de faire observer ici en faveur des savants français du XVII siècle, qu’ils accucillirent en général avec un louable empressement ces grandes et nouvelles doctrines, qui allaient régénérer le monde scientifique, et que, tandis que la théorie de Copernic était livrée en Allemagne à la risée publique, et que Galilée souffrait en 1talie pour en avoir démontré l’exactitude, la France acceptait avec admiration l’œuvre de ces deux beaux génies. Tous deux trouvèrent en France