A noter ce passage de Gaillemer
Le contrat et la lettre de change étaient connus des Athéniens et je crois le discours d'Isocrate décisif en ce sens. On pourrait soutenir que cette pré-
Troullier 2
Assurément les nécessités du commerce entre pays éloignés l'un de Tautre ont dû faire imaginer de bonne heure une méthode d'échanges qui épargnât le transport des espèces. Vivant en relations journalières avec tous les comptoirs du monde alors connu ayant à se défier en outre de la piraterie qui infesta presque tout le temps la Méditerranée avant le triomphe des Romains, les banquiers d'Athènes purent-ils se borner longtemps à des procédés aussi pénibles que périlleux pour leurs opérations commerciales? Cela paraît peu probable ^
On le suppose moins encore pour les chevaliers romains ou publicains * quand leurs puissantes corporations furent chargées du recouvrement des impôts dans toutes les provinces de la République '.
Un texte de Torateur Lysias que citait déjà Budé à propos
tendue lettre de change est un véritable chèque. Mais on sait combien le chèque présente de similitude avec la lettre de change. Lors de la réunion dei délégués des sociétés savantes, j'ai trouvé la confirmation de mes opinions dans un livre qui est malheureusement célèbre par le grand nombre de paradoxes qu'il renferme : « Isocrate dit de la manière la plus claire qu'un étranger qui avait amené des cargaisons de grains à Athènes y donna à un mar-* chand nommé Stratoclès une lettre de change à tirer sur quelque place du Pont-Euxin où il lui était dû de l'argent. »
{Recherches philosophiques sur les Grecs, par Gorneillb de Pau w. Berlin, 1788).
Caillemer. Études sur les antiquités juridiques d'Athènes Grenoble, 1865.
1. La forme du pluriel A6r,vai indique bien qu'Athènes a été formée par la réunion de plusieurs groupes, qui éprouvaient le besoin de s'unir pour vivre sous des lois uniformes et ce groupement est attri})ué à Thésée. Sans examiner la question de l'existence de ce héros légendaire, l'on peut dire qu'Athènes avait des institutions juridiques et une civilisation avancée bien des siècles avant J.-G. et que son commerce était développé avec les autres peuples et ne pouvait se passer de moyens pratiques pour opérer le recouvrement de ses créances.
2. Les publicains appartenaient à l'ordre des chevaliers et formaient de grandes sociétés par actions. Le centre où leurs opérations étaient vérifiées était Rome. Voir à ce sujet Xenopoulos. De societatihus publicanorum, 1871.
3. Emile Egger. Mémoires d'histoire ancienne et de philologie. Paris, MDGGGLXIll.
des 9j[x6oXx xoXX'jôimxa contient Tindication assez précise de la lettre de crédit.
Démus, fils de Pyrilampès, nous dit Lysias, partant comme tétrarque (armateur et commandant d'une galère) pour Tîle de Chypre, me pria de venir le voir, prétendant qu^il avait un « symbolon » du rai de Perse, avec une fiole d'or, sur laquelle celui-ci lui avait prêté seize mines pour ses dépenses d'armateur ; qu'arrivé à Chypre, il dégagerait la fiole en payant vingt mines, car, grâce à son symbolon, il aurait abondance de toutes choses, et en particulier d'argent, sur tout le continent.
Que pouvait être ce symbolon ou signe de reconnaissance, sinon une pièce qui accréditait l'armateur athénien auprès des agents du roi et surtout auprès de ses officiers de finances ' ?
Dupont de Nemours ^ assure que les très anciennes villes commerçantes, Tyr, Carthage, Athènes, Corinthe, Syracuse, Alexandrie en ont pratiqué l'usage *.
1. Grâce à ce « symbolon » il aura possibilité de se procurer des valeurs et marchandises dans tout le continent asiatique.
2. EoGEn. Note sur la question : si les Grecs ont connu l'usage de la lettre de change; Bulletin de la Société des antiquaires, séance du 13 juin 1860.
Lysias, orateur athénien, né en 459 avant J.-G , mort en 378, est considéré comme l'un des plus remarquables représentants de l'éloquence attique. Il existe une traduction de ses principaux discours par l'abbé Auger. (Lysias. Paris, 1733.)
3. DupOxNT DE Nemours, 1739-1817. Théorie des Banques, Paris, 1806.
4. Si nous accueillons cette assertion, et si nous assignons Tusage régulier d3s clTots de commerce à l'époque où ces villes étaient en pleine prospérité, nous serons amenés à dire que la lettre de change a toujours existé et que si l'on cesse de constater sa présence à certaines périodes, ce n'est qu'une éclipse momentanée, et rien d'ailleurs ne prouve que celte éclipse ait existé.
On admet généralement que Tyr a été fondée vingt-quatre siècles avant notre ère,Carthago aurait été agrandie par Didon vers 830 avant Jésus-Christ et son commerce a été de bonne heure prospère, puisque ses navigateurs bien avant Jésus-Christ avaient pénétré dans l'Océan par delà les colonnes d'Her-
Ce qui est certain c'est que le change d'une monnaie contre une autre monnaie était connu et donnait lieu à des transactions opérées en Grèce par des TpQL'Kzl^iz:xi, à Rome par des « collybista ».
A Rome, l'emploi de l'exception « non numeratae pecuniœ » s'explique par une pratique analogue à celle de nos chèques. Elle suppose un emprunteur promettant d'avance par stipulation le remboursement d'une somme d'argent qui se trouve ensuite ne lui être pas effectivement remise. C'est donc qu'il s'est écoulé un certain intervalle entre la promesse de rembourser et la numération des écus.
A Rome toutes les fois qu'une demande d'argent s'appuie directement ou indirectement sur un prêt on présume, jusqu'à preuve contraire, que le défendeur n'a pas reçu les espèces, et le moyen de procéder par lequel il oppose cette présomption s'appelle : « Exceptio non numeratœ pecuniœ. » Une telle législation s'explique par une pratique très familière aux capitalistes et consistant à exiger la promesse ou la reconnaissance de l'emprunteur un certain temps avant la réalisation du prêt. Cette pratique elle-même se conçoit tout particulièrement chez les banquiers, qui^ ouvrant des crédits, c'est-à-dire, s'engageant à disposer de certaines sommes selon la volonté, et sur l'ordre de leurs clients, ne savent jamais, si, au jour où les deniers sortiront de leurs caisses, il leur sera encore possible d'obtenir une promesse ou un billet.
L'exception non numeratœ pecuniœ n'est à la disposition du
culc et visité au sud les îles Fortunées (Canaries), au nord les îles Cassitérides (Sorlingue) et Thulé (les Orcades ou le Jutland).
Corinthe aurait été fondée en 1900 avant Jésus-Christ par Éphyre, fille de l'Argien Phoronce. Jason et Médée y auraient régné vers 1350 avant Jésus-* Christ. La légende de la Toison d'or et de l'expédition des Argonautes montre que les expéditions maritimes étaient bien familières aux Corinthiens, |
Syracuse fondée en 755 avant Jésus-Christ par une colonie dorienne a rapi-| dément acquis de Timportancc grâce à son commerce bien plus encore qu'àj la fertilité de son territoire.
débiteur que dans les cinq ans qui suivent la stipulation ou la rédaction du billet. Passé ce délai, non seulement la présomption de non-numération s^efface, mais elle est remplacée par une présomption inverse qui admet toute espèce de preuve contraire *.
Les pérégrins faisaient d'ailleurs un usage régulier des « sjngraphae » (de œuv yp7.^=b) et des « chirographa » (de y^zip Ypaçsiv). L'écriture, au lieu d'émaner du créancier est Toeuvre du débiteur et se présente sur des feuilles volantes ou des billets séparés. Le « syngrapha » plus antique, et souvent mentionné dans les vieux auteurs latins, se rédige en double et porte la signature des deux parties : le « chirographum » n'est signé que du débiteur et reste entre les mains du créancier ^
A Rome, la désignation d'un nouveau débiteur par l'ancien, en vertu de laquelle le banquier effectuant la transcriplio a persona in personam s'appelait delegare et les Romains désignaient le client qui donnait l'ordre de virement et le banquier qui était délégué, par les termes : Is qui delegavit ; is qui delegalus est.
Nous retrouvons dans Gicéron, c'est-à-dire un siècle avant l'ère chrétienne, des exemples du contrat de change. En effet, lorsque deux personnes convenaient à Rome que l'une ferait toucher à l'autre une certaine somme à Ephèse, à Garthage, ou ailleurs, il y avait bien là un contrat de change. Gicéron, à