‹ Documents pour servir à l'histoire de l'évolution des effets de commerce et notamment de la lettre de changeChapitre 12 sur 124 · GicÉRON. Epistolœ ad Atticum, lib. XV · texte numérisé non relu

GicÉRON. Epistolœ ad Atticum, lib. XV

3. EscHiNB le socratique (400 av. J.-C) dit dans son dialogue sur la richesse: < Il faut aussi considérer la nature de l'argent. G'est ainsi que les Garthaginois se servent de la monnaie suivante : Dans un petit morceau de cuir, ils enveloppent quelque chose delà grosseur d'une pièce de 4 drachmes, mais ce qu'est la chose enveloppée^ c'est ce que savent seulement ceux qui l'ont confectionnée. Une fois cachetée, on la met en circulation, et celui qui en possède le plus est regardé comme possédant le plus d'argent et comme le plus riche. Mais, quelle que soit la quantité qu'en possède chez nous un citoyen, il n'en est pas plus riche que s'il avait autant de cailloux provenant d'une montagne quelconque. A Lacédémone, on monnoie avec le poids de fer, à cause de la vile nature de ce métal, et celui qui possède un grand poids de fer, se considère comme riche, quoique cette richesse n'ait aucune valeur ailleurs. En Ethiopie, on emploie des pierres gravées, dont un Lacédémonien ne pourrait pas se servir. »

Aristide l'orateur dit ceci : « Les Byzantins monnoient le fer et les Garthaginois les cuirs. »

On est amené à conclure de ces passages, que la représentation des métaux existait dans l'antiquité. Dd là à admettre l'expression de la représentation d'une obligation circulant de main en main, il n'y a qu'un petit pas à franchir.

Le papier n'existant pas à cette époque, on se servait du cuir ou de toute autre matière. Geci n'a aucune importance du moment où la matière employée n'avait pas de valeur par elle-même. Voir Bernardakis. Le papier-monnaie dans l'antiquité^ Paris, 1874.

Chaque pays achète des denrées, ainsi qu'il en vend et par conséquent se trouve à la fois débiteur et créancier.

On en conclut que pour payer des dettes réciproques, il suffisait de transporter mutuellement les créances réciproques d'un pays à un autre, et même à plusieurs qui seraient en correspondance entre eux.

Il fut convenu que les métaux seraient représentés par un ordre que le créancier donnerait par écrit à son débiteur d'en payer le prix au porteur de Tordre. La multiplicité des dettes réciproques est donc Torigine du change considéré comme le transport qu'un négociant fait à un autre des fonds qu'il a en pays étranger, et les exemples donnés montrent que cette façon d'opérer est ancienne ^

I, 1. Dans les ouvrages de reconstitution de l'antiquité, il serait intéressant de trouver des mentions de la lettre de change. Dans la Cité antique de Fus- ' tel de Coulanges, dans Salammbô de Flaubert. Les derniers jours de Pompéi, de Lord Lytton, dans Quo Vadis, rien n'indique Tusagc des effets de commerce. Par contre, il en est fait mention dans Dezobry {Rome au siècle d'Auguste, t. 2, Paris, MDGGGLXXV) et dans Ben-Hur de Lewis Wallace, d'Humières et de Janarz, traducteurs (Paris, Delagrave). Les passages sont les suivants :

« La question de savoir si les Romains connaissaient la lettre de change a été résolue négativement par Heineccius et son opinion a été suivie par tous les archéologues. Si l'on entend le change organisé dans nos banques, on a raison sans doute, mais il paraît certain qu'il existait chez les Romains un petit mode de change peu répandu peut-être, qu'on pourrait comparer à nos bons délivrés sur le trésor, ou ses agents, soit sur la poste, moyennant dépôt de la somme à recouvrer dans un autre pays. Les fermiers des impôts devaient donnera Rome, des bons payables dans les provinces. > (Dezobry.)

Dans Ben-Hur, l'auteur américain Lew^is Wallace représentant la civilisation à Rome et en Judée au i"' siècle de notre ère, fait allusion à la lettre de change dans les termes suivants :

« Ceci, dit-il en prenant le premier feuillet, enregistre l'argent que je reçus de ton père et qui fut sauvé des Romains. Il est exclusivement en fonds immobiliers, tout le reste fut confisqué. Celte fortune eût partagé le même sort sans notre coutume juive des lettres de change. L'argent que j'ai tiré sur Rome, Alexandrie, Damas, Carthage, Valence et ailleurs, s'élève à cent I vingt talents de monnaie Israélite »...

€ Dites à Messala qu'un Séjan même ne peut me dépouiller parce que j'ai

On ne peut guère admettre l'existence des banques sansi effets de commerce et l'origine des banques se perd en Asiei dans la nuit des temps *.

Elle se rattache intimement à celle de ces associations com- ' merciales qui fonctionnaient plus de deux mille ans avant notre ère à Warka ' et dont les contrats qu'on a trouvés dans cette ville nous ont apporté tant d'exemples. Si Ton ne retrouve pas la trace des prêts d'argent de banquiers dont les opérations ont été importantes, cela tient à ce que les billetsil (c'est-à-dire les briques écrites) relatifs à l'argent prêté, devaient™ être alors, comme ils le furent plus tard à Athènes, habituellement détruits au moment du paiement, ou rendus alors à l'emprunteur.

Certaines maisons de commerce résistèrent aux plus grands désastres. Nous le voyons par les contrats de Babylone qui furent retrouvés non loin de cette ville dans des cruches encore scellées à la suite d'un violent orage. Smith s'aperçut que beaucoup se rapportaient à une banque très importante, dontj toutes les conquêtes de Babylone n'interrompirent pas le fonctionnement depuis Nabuchodonosor jusqu'à la fin du règm de Darius.

Voulant retrouver cette banque dont parlait Smith, Boscowen et Pinclies choisirent, pour en faire une raison sociale, l'un^ des noms de tribus les plus fréquents, le nom d'Egibi, un

vendu tous mes biens et que mon argent circule insaisissable par les comptoirs de l'univers, sous forme de lettre de change »...

1. EuG. Revillont. Les obligations en droit égyptien comparé aux autres droits de Vantiquité. Leçons professées à l'École du Louvre. Paris, 1886.

2. Voir les actes de Warka remontant au xxiii" siècle av. J.-C. Histoire d'une famille de commerçants.

Appendice sur le droit de la Ghaldée au xxin» et au vi" siècle avant notre ère. (Victor et Eugène Revillont. Bibliothèque Nationale, 8% F. 4605.)

Voir également J. Menant. JS'mjoremfes de cachets assyro-chaldéens relevées an Musée britannique sur des contrats d'intérêt privé.

(Extrait des archives des missions scientifiques et littéraires, 3» série, t. 9* Paris, Imprimerie Nationale, MUGGGLXXXn.)

de ces noms patronymiques dont nous a parlé Hérodote et qu'il nous représente comme désignant à Babylone des grandes divisions de la population, des espèces de génies comparables à celles de Rome.

Cette maison de banque, aux affaires de laquelle se rapporte le plus grand nombre de tablettes trouvées dans ces cruches, a été tenue à un certain moment par Nebo-ahi-iddin qui avait pour associé Belsunu et dont le successeur fut son fils Itti Marduk Baladu.

On le voit par ce qui précède, Tidée de lettre de change remonte à la plus haute antiquité car elle est née des besoins immédiats du commerce primitif. Si nous insistons sur cette idée c^est parce que en général, lorsqu^on parle de Torigine des lettres de change, on est disposé à en attribuer Tinvention aux Israélites. C'est là une pensée que Ton retrouve exprimée chez un grand nombre d'auteurs, et qui s'est propagée dans tous les pays.

En 1821, l'Académie royale des inscriptions de l'Institut mit au concours le sujet suivant : Examiner quel fut, en France, en Espagne et en Italie, l'état des Juifs, sous les divers rapports du droit civil, du commerce et de la littérature depuis le commencement du v° siècle jusqu'à la fin du xvi'. L'ouvrage de Beugnot sur les Juifs d'Occident obtint une mention honorable ^ Dans cet ouvrage, qui est dans certaines de ses parties un chaud plaidoyer en faveur des Juifs, nous relevons ce passage : « La religion des Hébreux leur promettait et leur promet encore l'empire de l'Univers. » N'est-il pas à supposer que la lettre de change ayant été employée chez les Juifs dans différents pays simultanément, eux-mêmes ont répandu cette idée que seuls ils avaient trouvé cet instrument spécial dont tous les peuples commerçants ont forcément connu l'usage.

On pourrait il est vrai rappeler que le jeune Tobie a fait

J. Beugnot. Les Juifs d'Occident,

usage d'une lettre de change, et Ton pourrait alors ajouter que |; la Bible qui relate d'une façon détaillée son voyage a proclamé par cela même que les Juifs en étaient les inventeurs. Ce serait, à notre avis, aller beaucoup trop loin. La lettre de change est une conséquence fatale du commerce, on en trouve des traces partout où Ton trouve des échanges sérieux et suivis, comme on rencontre la navigation partout où il y a des cours d'eau ou la mer à proximité. Nous admettons parfaitement que l'on puisse trouver des traces de la lettre de change chez les Hébreux, mais seulement parce que les Hébreux étaient commerçants et trafiquaient avec les autres peuples. Ce n'est que du jour où ils se sont livrés régulièrement au commerce qu'ils ont dû employer couramment Veffet de commerce. Or, les Hébreux du temps antérieur à la captivité n'ont pas été de grands commerçants comme les Arabes et les Phéniciens.

Josèphe s'exprime ainsi à ce sujet : « Pour nous, nous habitons un pays qui n'est pas maritime, nous n'avons pas de goût pour le commerce, ni pour les relations qu'il établit avec les étrangers. Nos villes sont loin de la mer, et nous cultivons avec soin la contrée qui nous est échue. Plus que tous les autres, nous aimons à veiller sur l'éducation des enfants et à observer les lois, parce que nous regardons la fidélité à les exécuter comme l'afTaire la plus nécessaire de la vie. En outre, comme notre manière de vivre est toute particulière, rien dans les temps anciens n'a pu nous faire contracter avec les Grecs des relations comme en avaient les Egyptiens pour l'exportation et l'importation, et comme les Phéniciens qui, habitant les bords de la mer, s'adonnent par cupidité au trafic et au négoce '. » Sans attacher une importance excessive à ce passage, on peut cependant en conclure que les Juifs reconnais-

1. Josèphe. Contre Apion. Josèphe, historien juif issu des Macchabées, né à Jérusalem Tan 37 ap. J.-G. et mort vers Tan 100, écrivit entre autres ouvra- A ges, deux livres : Contre Apion ; adversaire des juifs.

aient eux-mêmes que d'autres peuples avaient eu à un degré upérieur au leur, le génie des affaires.

Les livres saints, en parlant de l'idolâtrie de Babylone et des ices qui en sont la conséquence, font mention du commerce issyrien et chaldéen.

A Tépoque patriarcale, les livres saints n'enregistrent guère [ue des achats et des ventes, sans que, dans ces diverses tranactions, apparaisse de la part des Hébreux aucune préoccu- )ation de trafic. C'est à partir du moin,ent où ils furent consitués en corps de nation dans la terre de Chanaan, que les lébreux, à raison même de la situation géographique de leur )ays, furent en contact fréquent avec des peuples commerçants. ja. Palestine, comme nous l'avons dit, était un lieu de passage névitable pour la plupart des caravanes marchandes qui éta- )lissaient des relations de trafic entre l'Egypte et les pays du \'ord et de l'Ouest, la Phénicie, la Syrie, la Ghaldée et l'Ara- )ie *.

L'étude des papyrus gréco-égyptiens nous fournit des exem- )les de ventes où les banques acquittaient la dette des acheteurs.

En effet, à partir de la conquête gréco-macédonienne, le çrec devint la langue officielle de l'Egypte et il ne perdit pas ;e caractère sous la domination romaine. Nous trouvons dans in travail de M. Bry les renseignements suivants :

Le paiement s'effectuait par les banques.

L'intervention de la banque peut se produire de deux façons : )u bien les deux parties traitent directement l'une avec Taure, le vendeur rédigeant l'écrit et le donnant à l'acheteur, ;t la banque n'intervenant que pour verser l'argent, ou bien a banque s'est chargée de l'opération entière adressant au œndeur de la part de l'acheteur une formule d'ojj-oXoYia en

Page 1