L^ORDONNANCE DE
menter encore cet inconvénient par une monnaie fictive qui ne peut être d'aucun iisage pour s'acquitter avec les étrangers, et I qu'un grand désordre dans TEtat peut réduire à rien. Il est vrai que dans toute nation riche, il se trouve nécessairement un petit nombre de citoyens qui possèdent de grandes sommes d'argent et qui préfèrent les convertir en une espèce de monnaie, dont le transport est plus facile et la conservation exposée à moins de dangers. Le royaume de France possède une orande quantité d'espèces, et il en est principalement redevable au petit nombre de papiers de crédit qui ont cours dans ce puissant Etat, aucune banque publique n'y est établie. Les lettres de change y sont moins communes qu'en Angleterre. Tout prêt d'argent dont le principal n'est pas aliéné y est regardé comme usuraire.
Faute de débouchés de leur argent, les Français sont obligés d'en garder une grande partie en caisse et c'est par cette ! raison que les simples particuliers de ce royaume possèdent une grande quantité de vaisselle d'argent et que leurs églises sont 'remplies d'argenterie.
Nos colonies avaient une quantité d'espèces suffisante pour
la circulation avant qu'on y ait introduit les papiers de crédit,
mais depuis que cette espèce de richesses y est connue, l'or et
l'argent ne sont plus d'usage dans les paiements et c'est le
I moindre inconvénient qui en soit résulté.
« Il est fâcheux que Lycurgue n'ait pas eu l'idée des papiers de crédit lorsqu'il chercha à bannir l'or et l'argent à Lacédémone. Cet expédient aurait été plus utile à son système que ces masses de fer qu'il leur fit substituer, et les papiers de crédit qui n'ont aucune valeur réelle ni intrinsèque auraient orté un obstacle certain à tout commerce étranger *. » ette opinion d'un économiste anglais du xviii' siècle nous
David Hume (1711-1776). Essais sur le commerce, le luxe, Ca.rgent, l'iiide V Argent, les impôts, le crédit public, etc. mges d'économie politique. Paris, 1843.)
a paru intéressante à reproduire, parce qu'elle dénote une^ orientation de pensée tout à fait spéciale.
Un autre économiste, de Forbonnais, semble avoir attribué aux papiers de crédit une importance plus en harmonie avec le rôle qu'ails jouent effectivement.
Il les classe en trois catégories.
V Les papiers de ceux qui font le commères des denrées. Ils consistent en lettres de change et billets à ordre toujours motivés par quelque fait de commerce relatif à la production ou à la consommation des denrées. Ils ne sont par leur nature cjue de simples promesses de faire trouver l'argent à tel jour, dans tel lieu, au porteur dénommé.
^^ Les papiers de finances. Ils sont divisés en trois classes :
a) Les papiers au porteur sans désignation d'intérêt lequel I est ordinairement joint au capital, et qui sont payables à jour nommé.
b) Les papiers à primes remboursables, c'est-à-dire qui promettent à la fois un intérêt à jour nommé payable au porteur et un remboursement au sort dans un temps marqué égale- ■ ment au porteur. 1
c) Les papiers-monnaie. Ces papiers sont ainsi nommés parce qu'ils ne portent pas d'intérêt. Ils ne peuvent être prêtés à intérêt comme la monnaie même, et ont une valeur fixe comme elle.
Mais ce papier-monnaie n'a de valeur fixe qu'autant qu'il existe des bureaux dans lesquels il s'échange sur l'heure et à la volonté du porteur avec l'argent même comme dans les banques.
La plus légère alarme sur la sûreté de cette conversion suffit pour leur ôter la valeur qui n'est que de confiance ^
Turgot semble avoir prévu le rôle des effets de commerce comme instrument de crédit : « Un négociant, dit-il,empruntej: une somme pour la faire valoir, et non seulement il retire de