‹ Documents pour servir à l'histoire de l'évolution des effets de commerce et notamment de la lettre de changeChapitre 32 sur 124 · Forbonnais (1722-1800). Principes économiques · texte numérisé non relu

Forbonnais (1722-1800). Principes économiques

l'ordonnance de 1673 97

cette somme de quoi payer les intérêts stipulés et de quoi les rembourser au bout d'un certain temps, mais encore des profits considérables pour lui-même. Ce crédit n'est pas fondé sur les biens du marchand, mais sur sa probité et sur son industrie, et il suppose nécessairement un échange à terme prévu, fixé d'avance, car si les billets étaient payables à vue, le marchand ne pourrait jamais faire valoir l'argent qu'il emprunterait. Ainsi est-il contradictoire qu'un billet à vue porte intérêt et un pareil crédit ne saurait passer les fonds de celui qui emprunte. Ainsi le gain que fait le négociant par son crédit et qu'on prétend être décuplé de celui qu'il ferait avec ses seuls fonds, vient uniquement de son industrie. C'est un profit qu'il tire de l'argent qui passe entre ses mains au I moyen de la confiance que donne son exactitude à le restituer, et il est ridicule d'en conclure qu'il puisse faire des billets pour dix fois autant d'argent ou de valeurs qu'il possède *. » En résumé, c'est le crédit qui fait la valeur des effets de commerce, et le crédit, c'est la croyance au payement au terme

convenu.

C'était d'ailleurs l'opinion émise par Boisguillebert au commencement du xviir siècle : « On demande, écrit-il, si les billets d'un célèbre négociant dont le crédit est puissamment établi par une opulence certaine, connue, ce dont il existe plus jd'un exemple en Europe, ne valent et ne prévalent pas à l'argent comptant, et si, en ayant toute l'efficacité, ils n'ont pas des avantages particuliers sur les métaux par la facilité de la -arde et du transport sans crainte d'enlèvements violents? Les

les de Lyon sont tantôt bonnes, tantôt mauvaises, et on n'en ipeut attribuer la cause à l'abondance ou au défaut de l'argent, puisque sur un commerce de vente et de revente de plus de j80 millions qui les compose, on n'y a jamais vu un sou mariai d'argent comptant. Tout se fait par échange et par billets,

IWtuhgot (1717-1781). Lettre à M. V.ihhé de Cicé sur le papier suppléé à In maie, 7 avril 1749.

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lesquels, après une infinité de mains, retournent enfin au mier tireur i. »

Boucher exprime Tidée suivante : « Lorsqu'on prend un billet en paiement, on ne se décide à prendre un pareil efPet que parce que l'on ne peut obtenir de Targent comptant, ce qui suppose une rareté réelle ou relative de Tespèce.

De là vient une grande quantité de papier eu égard à Targent monnayé. Or, comme il suit de cette considération que l'argent est toujours ou presque toujours demandé pendant que le papier est toujours ou presque toujours offert, le prix que Ton attache à l'argent et l'avilissement dans lequel se trouve le papier font que l'escompte prend assez rarement sa mesure sur l'intérêt, quoique cette mesure soit des plus naturelles *. »

C'est la crainte du non-paiement à présentation qui a fait la dépréciation des assignats qui ne représentaient que des valeurs difficilement réalisables. C'est ce qui a entraîné la chute de Law.

Pour circuler facilement, le papier doit pouvoir être immédiatement, ou à la date stipulée lorsqu'il n'est pas payable à J vue, échangé contre de l'argent. Cet échange doit pouvoir se faire quel que soit le créateur du papier.

« Quel est l'usage, écrit Law^, que le roi fait du crédit conformément au nouveau système ? C'est de le prêter à une compagnie de commerce dans laquelle tombent successivement tous les effets commerçables du royaume et qui n'en fait qu'une masse. La nation entière devint un corps de négociants dont la banque royale est la caisse, et dans lequel, par conséquent, se réunissent tous les avantages du commerce d'argent et de marchandises. Cela même, sauve un inconvénient que l'on voit

1. Piorre le Pesant de Boisguillcbert mort en 171i était cousin de Vauban.

Il publia en 1695 le Détail de la, France sous Louis XIV, réimprimé en 1712 ,

sous le titre de Testament politique de Vaaban et on 1709 le Factum de h j

France. j

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