PARTIE I, CHAP. II
Jl se promit de se faire recevoir chevalier pai ]e premier qu'il rencontrerait, comme cela était arrivé à tant d'autres dont il avait lu les histoires. Quant aux armes blanches , il était hien sûr que les siennes deviendi-aient telles à force de les fourbir. Cette idée rendit le calme à son âme. Il poursuivit son chemin en laissant aller R(Jssinante à son gré ; car il lui semblait qu'en cela consistait l'essence des aventures.
Tout en marchant, le nouveau chevalier s'entretenait avec lui-même. Dans les siècles futurs , disait-il , lorsqu'on imprimeramon histoire, je ne doute point que l'auteur ne commence de cette manièie : A peine le dieu du jour avait répandu sur la terre les tresses dorées de ses blonds cheveux ; à peine les divers oiseaux nuancés de couleurs brillantes célébraient dans leurs doux concerts la présence de la belle Aurore , qui , sortant du lit de son vieux époux , s'avançait en semant les roses l'horizon de la Manche , quand le valeu- !«ux don Quichotte, dédaignant les douceurs du sommeil , monta sur son fameux coursier Rossinante, et parut dans l'antique plaine de Montiel. En effet , il se trouvait là. Siècle heureux, ajouta-t-il, postérité fortunée, qui pourra jouir du récit de tant d'exploits dignes d'être
«raves sur le bronze poujr servir d'exemples aux races futures ! Et toi , qui que tu sois , sage enchanteur, qui méiiteras l'honorable emploi d'écrire mes nobles actions , garde-toi surtout d'oublier mon bon cheval Rossinante , cet assidu compagnon de mes travaux , de mes périls I Et vous , princesse Dulcinée , souveraine de ce cœur captif, ah ! vous l'avez blessé mortellement par votre injuste colère , par cette défense terrible d'oser me montrer à vos yeux : hélas ! n'oubliez pas du moins l'infortuné qui souffre pour vous.
,'C était en imitant ainsi le beau langage de ses livres qu'il cheminait assez lentement , tandis que le soleil, déjà sur sa tête, l'enveloppait de ses rayons , et aurait fondu sa cei> velle, s'il en était resté au pauvre homme. Il marcha presque tout le jour sans rencontrer, à son grand dépit , la moindre occasion d'exei cer son courage. Ce n'est pas pourtant qu. quelques commentateurs ne placent ici l'aven ture du port Lapice , d'auti'es celle des, moulins à vent ; mais j'ai des raisons de penser , d'après les recherches les plus exactes , qu'il ne lui ar riva rien ce premier jour, et que vers le soir son cheval et lui s'arrêtèrent mourant de faim En regardant de tous côtés pour découvrir quelque château ou quelque cabane de pAlx