‹ Don Quichotte de la Manche, traduit de l'espagnolChapitre 116 sur 119 · PARTIE I, CHAP. XXIV · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAP. XXIV

rendrez auprès du duc; et j 'espère que votre conduite justifiera le choix qu'il a lait. Je n'osai répliquer. Cette même nuit, j'entretins Lucinde à sa jalousie : le lendemain j'instruisis son père de tout ce qui se passait , et je le suppliai de vouloir bien ne pas disposer de sa fille avant mon retour de chez le duc, qui ne pouvait tarder long-temps. Il me le promit; Lucinde me fit le serment de n'èti'e jamais qu'à moi; je lui dis adieu en versant des larmes.

•T arrivai chez le duc Richard; il me reçut avec une bonté paternelle. Son fils aîné me témoigna bientôt de l'estime et de l'amitié , mais le cadet, appelé Fernand, jeune homme aimable et bien fait, me chérit encore plus que son frère, me donna sa confiance, se déclara nion meilleur ami. Mon cœur ne tarda pas à répondre au sien : j'écoutais avec un intérêt tendre les confidences qn il venait me faire ; et je ne tardai pas à savoir qu'il nourrissait en secret une pjssiun violente et malheureuse pourla fille d'un laboureur vassal de sou père, la plus riche héritière de l'Andalousie , et si belle , si sage , si bien élevée , qu'elle laisait ladmiration de son pays. Don Feruand, après avoir tenté vainement de la séduire, était décidé au seul moyen qui lui ii:$tât de la possédi-r, c'est-à-dire, à devenir son époux. Je m'elTur^ai

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de l'en détourner; je lui x'epi'ésentai les obstacles qu'il trouverait dans sa famille , les chagrins qu'il se préparait : mais , voyant que son parti était pris , je me crus obligé d'en avertir le duc son père. J'allais m'acquitter de ce devoir délicat , lorsque Fernand , qui sans doute avait pénétré mon dessein , vint me dire qu'il espérait se guérir de sa passion en faisant une absence de quelques mois. Je veux , ajoutat-il , mon ami , aller passer ce temps avec vous dans la maison de votre père : je prendrai le prétexte de visiter les haras superbes établi ^^ dans votre ville pour acheter de beaux chevaux; et j'espère que le vojage, les distractions, surtout votre amitié , me feront oublier mon fol amour. J'applaudis fort à ce projet , qui me plaisait d'autant plus, qu'il me rapprochait de Lucinde ; et je pressai vivement Fernand (h l'exécuter au plus tôt.

J'ai su , depuis , que , lorsque don FernaDi! me proposait de partir, il avait déjà séduit la fille du laboureur en lui promettant la foi du mariage. Le perfide voulait s'éloigner , soit qu'il craignît que son père ne découvrît sou action coupable , soit que l'amour, qui, dans les belles âmes , devient la sauvegarde <■ toutes les vertus , ne fût dans celle de Fernand qu'un désir ardent , effréné , qui s'irrite par

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