‹ Don Quichotte de la Manche, traduit de l'espagnolChapitre 54 sur 119 · PARTIE I, CHAP. XL · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAP. XL

i beaucoup d'esprit , joue du violon , et , pardessus cela , est fort amoureux. Il ne tardera pas à venir. Le chevrier parlait encore lorsqu'on entendit le son du violon , et l'on vit paraître un berger de bonne mine , de vingtdeux ans à peu près. Antoine^ lui dit le chevrier, je viens de vanter à no^re hôte les talens que nous te connaissons ; prouve-lui que dans nos montagnes on sait un peu de musique, -ieds-toi donc, et fais-nous le plaisir de chanter cette romance que ton oncle le bénéficier a composée sur tes amours. Je le veux bien , répondit Antoine. Aussitôt , assis sur un tronc de chêne , il accorda son violon , et d'une voix agréable se j'i't h chanter ces paroles :

F.NFiN ton âme s'est trahie, l/amour éclate en tes rigueurs ; Tes dédains, aimable Eulalie.

Deviennent pour moi des faveurs.

f-onsQL'E je parais h ta vue , Par toi le silence est gardé :

Tu fuis bientôt ; peine perdue î Fn partant tu m'as regard»'. .

91ASD les bergères vont te duc Les tendres vers que j'ai chantes .

lu ne réponds rien ; c'est m'instruit r

' î ' ""S bien écouté?.

ga DON QUlCHOTiJ::.

Tu trouves toujours des excuser Pour ne pas danser avec moi :

Je suis le seul que tu refuses ; Je serais donc choisi par toi.

Ah ! crois moi , charmante Eulalie , Ne pcrdon% point ainsi nos jours:

Songe bien qy^ toute la vie Est trop courte pour les amours.

Le chevrier finit sa romance , et don Quichotte en demandait une autre ; mais Sancho . qui avait plus d'envie de dormir que d'écouter des chansons , s'^ opposa formellement. Votre seigneurie, dit-il, ne réfléchit pas que ces bonnes gens ont travaillé toute la journée , et qu'ils ont besoin de vepos. Je t'entends, reprit don Quichotte , tes fréquentes visites à l'outae de vin t'ont rendu le sommeil plus nécessaire que la musique. Ah! Dieu soit béni! répondit l'écuyer, chacun de nous en a pris sa part. J'en conviens, ajouta le héros : mais va dormir, si tu veux ; ceux de ma profession veillent san> cesse. Viens auparavant panser mon oreille. Un des cheviiers voulut voir la blessure ; il assura don Quichotte qu'avec le remède qu il allait lui donner il serait promptement guéri. En effet, il courut chercher un peu de roma-

Page 1