‹ Don Quichotte de la Manche, traduit de l'espagnolChapitre 72 sur 119 · PARTIE I, CHAP. XVÏ. lag · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAP. XVÏ. lag

fie reconnaître tant d'amour! mais la fortune, qui se joue souvent des héros , me réduit dans ce moment à un état de souflfrance bien peu digne de votre bonté. Un autre obstacle non moins grand , c'est la foi que mon cœur a jurée a l'adorable Dulcinée , maîtresse unique de ce :œur fidèle. Ah! sans les sermens que j'ai faits, -oyez -sûre, beauté suprême, que je mériterais -ans dcmte la faveur que je reçois. A tout cela "^laritorne ne répondait pas un seul mot , et -uait à grosses gouttes des efforts qu'elle faisait pour échapper à don Quichotte.

Pendant ce temps, le bon muletier, que l'amour tenait éveillé, avait entendu la porte ouvrir. Inquiet de ne pas voir arriver sa chère \sturienne , il se lève doucement, et s'ap- ])roche du lit de don Quichotte , où certain chuchotement qu'il ne pouvait distinguer ■ ommençait à lui déplaire. Il reconnut bientôt |ue c'était sa Maritorne que noti'e héros retenait : ne se possédant plus de colère, il élève son poing fermé de toute la hauteur de son bras , et en décharge un coup terrible , juste sur les deu\ mâchoires de lamoureux cheva- I ier. Non content de cette vengeance , il s'élance éur le lit , qu il parcourt dans toute sa longueur ' n foulant don Quichotte sous ses larges pieds. I^e malheureux lit, qui n était pas trop assuré,

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ne peut soutenir cette double charge; il craque se brise et tombe par terre. Ce bruit éveille l'aubergiste , qui appelle pi'omptement Maritorne ; et , voyant qu'elle ne répondait point , il court allumer une lampe , se doutant bien que c'était quelque tour de la demoiselle astii l'ienne. Celle-ci , à la voix de son maiti-e , qu'elle redoutait beaucoup, ne trouva rien de mieux . pour se cacher, que d'aller se blottir idans ]< lit de Sancho , qui dormait profondément. L'aubergiste arrive en criant : Où es-tu , coquine , où es-tu ? Maritorne , plus effrayée . s'était ramassée en un peloton presque sur l'es tomac de l'écuyer , qui , à demi réveillé , st sentant étouffer par ce poids énorme , crut avoir le cauchemar , et commença par donner à droite et à gauche de grands coups de poingqui tombèrent sur Maritorne. La pauvre fill' perdit patience ; et , sans songer davantage ;i se cacher, elle rendit les coups à Sancho Celui-ci se relève alors, saisit à brasse-corp l'Asturienne, et commence avec elle une lulti qui n'était plaisante que pour les témoins. L( muletier, à qui la lampe de l'aubergiste fit voir la manière dont on traitait sa dame^, laissa don Quichotte pour courir vers elle ; l'aubergiste y courait aussi , mais dans une intention différente : de sorte que le muletier frappait

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