PARTIE I, CHAP. XIX. iSg
eux. Le pi'évoyant écuyer était parvenu à faire / ti rie sa capote une espèce de bissac qu'il farciter^' v--*^ des meilleures provisions ; ensuite il attacha ' a capote sur son âne , et quand tout cela fut .ait, il arriva près de son maître pour l'aider
I relever le malheureux tonsuré. Ils parvinrent , non sans peine , à le remettre sur sa mule , lui rendirent son flambeau ; et don Quichotte lui conseilla de rejoindre ses comparons , en l'assurant de nouveau qu'il n'avait pu s'empêcher de faire ce qu'il avait fait. Sanf^ho le retint pour lui dire encore : Si par hasard vos messieurs sont curieux de savoir
,uelle est la personne qui les a si bien étrillés ,?-'— vous pouvez leur apprendre que c'est le fameux don Quichotte , autrement dit le chevalier de la triste f^ure. Le pauvre tonsuré partit. Noire héros pria Sancho de lui expliquer pouvjuoi il lui avait donné ce surnom. Ma foi I épondit J'écayer , c'est qu'en vous considéi ani à la lueur de cette torche , soit à cause de
II f;itiguc que vous aver éprouvée, soit k
<■ du coup de pierre que Vous avci reçu , ^r. VOUS ai trouvé la plus triste fi^rc que l'on puisse voir au monde. — Ce n'est pas cela , mon ami; c'est que le sage qui doit écrire l'histoivc de mes exploits a »ans doute ]ngé néccsr^aire que j'aie atis>i un surnom, comme h-
i6o DON QUICHOTTE.
chevaliers du temps passé , dont l'un s'appelait le chevalier de la Licorne , du Phénix , du Griifon , de la Mort. C'était sous ce nom et par cet emblème qu'ils étaient connus dans l'univers. Je regarde comme une inspiration l'idée qui t'est venue : je prétends m'appeler ainsi désormais ; et je veux faire peindre sur mon bouclier une figure étrange et fort triste. — Vous pouvez , monsieur , économiser l'argent qu'il vous en coûterait pour cela. Je vous réponds , soit dit sans vous offenser , qu'il suffit que vous vous montriez pour que tout le monde dise : Voilà le chevalier de la triste figure. Don Quichotte ne se fâcha point de la liberté de son écujer ; mais il n'en lésolut pas moins d'adopter ce beau surnom.
Avant de quitter ce lieu , notre héros eut la fantaisie de retourner sur ses pas , et de visiter le cercueil qui était dans la litière, pour s'assurer si le gentilhomme était bien mort. Monsieur , lui dit Sancho , voici la premièrn aventure dont nous nous tiions bien portans; n'allons pas gâter nos affaires. Ces gens-là n'ont qu'à s'apercevoir que c'est un seul homme qui les a battus , ils voudront prendre leur revanche ; et vous savez , comme moi , tout ce qui peut en arriver. Croyez-moi , gagnons la montagne; nous avons faim , j'ai dr