‹ Don Quichotte de la Manche, traduit de l'espagnolChapitre 91 sur 119 · PARTIE I, CHAP. XX · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAP. XX

tantàsoncouunpetitsac , dans lequel étaient , à ce qu'on prétend, un morceau de miroir, un peigne, et une petite boîte de fard. Qu il y eût ce qu'il y avait , peu importe ; je ne m'arrête point ià-dessus. Je dis seulement que le berger Lopès Ruis arriva , suivi de ses chèvres, sur le bord de la Guadiana , dans la saison où ce fleuve déborde. Point de bateau ni de baîelet pour le passer lui et son troupeau. Cela fâcha beaucoup le b rger Lopès Ruis , parce qu'il sentait sur ses talons la bergère Toralva, et qu'il craignait d'en être re- ^ joint. A force de regarder et de chercher, il découvrit un pécheur qui avait un batelet si petit, qu il ne pouvait y tenir avec lui qu'une nie chèvre. Cela n'était pas trop commode ; inais le berger Lopès Ruis s'arrangea pourtant avec le pêcheur pour qu'il le passât lui et ses tiois cents chèvres. Quand l'arrangement fijt fait, le pêcheur prend une chèvre et la passe ■^Tns son batelet. Il revient, et en passe une tre; revient encore, et en passe une autre, lis une autre, et puis une autre. Retenez bien, je vous prie, combien le pêcheur passe de chèvres; c'est plus important que vous ne ^ I endroit où elles débarquaient de 1 autre coté du fleuve était glissant et plein de boue. Le pêcheur mettait du temps à aller et

à revenir. Cependant il revient encore , et en passe une autre, puis une autre, puis une autre — Allons ! finis , et supposons qu'elles soient toutes au bord. — Point du tout; monsieur; cela ne se peut. Ayez la bonté de me dire combien il y a de chèvres passées. — • Comment veux-tu que je le sache ? — Ah ! voilà le beau du conte , c'est qu'il finit là. — Que veux-tu dire ? Est-il d'une telle importance de savoir le nombre des chèvres passées , que l'histoire ne puisse s'achever sans cela? — Oui , monsieur ; je vous en avais averti. Dès l'instant que vous ne vous souvenez plus du compte des chèvres , je ne me souviens plus de la fin de mon conte ; et c'est dommage , car cette fin était charmante. — Ainsi l'histoire est finie? — Finie comme ma mère. — En vérité , Sancho, voilà un étrange conte I Mais , au surplus , je devais m'y attendre de toi ,' d'autant plus que ton pauvre esprit est troublé par ce tintamaire. Allons ! essayons encore de faire marcher Rossinante.

Alors il approche de nouveau les jambes, et de nouveau Rossinante saute sans avancer d'un seul pas, tant il était bien attaché. Dans cet instant , soit naturellement , soit par l'effet de la fraîcheur du matin , ou que Sancho eu; mangé quelque chose de laxatif, le pauvre

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