‹ Don Quichotte de la Manche, traduit de l'espagnolChapitre 92 sur 119 · PARTIE I, CÎIAP. XX · texte numérisé non relu

PARTIE I, CÎIAP. XX

L'cujer se ti'ouva dans un embaivas étrange, ii ■ sentait le pressant besoin de se retirer un moment seul ; et l'extrême frayeur qu'il avait ne lui permettait pas de s éloigner le moins» du monde de son maître. Après avoir longtemps combattu, forcé de céder malgré ses efforts , il quitta doucement l'arçon qu'il tenait de sa main gauche , alla dénouer avec cetre main l'aiguillette de ses chausses, et, satisfait de ce commencement, qu'il xegàrdait comme le plus difficile, il espéra venir à bout du reste. Le grand point était de n'être pas tralii par le moindre bruit ; et . pour éviter ce malheur, Sancho serrait bs épavdes , et retenait jusqu'à son haleine. Mais tant de précautions furent perdues. . . . Qu'entends-je ? s'écria don Quichotte d un ton sévère. Je ne sais , mon sieur, répon :h Sancho : c'est sûrement quelque nouvelle diablerie; vous n ignorez pas que les aventures ne commencent pas pour peu. Sancho , reprit le chevalier en portant la main à son nez, il me semble que tu as grand' peur. Oui, monsieur, je ne vous car.he point que je tremble ; et si ma frayeur me faisait i;iire quelque sottise , la faute en serait à celui qui m'a conduit , à l'hiMue qu'il est , dans cet horrible désert. Don Quichotte ne voulut point pousser plus loin lexplication; mais il

i^a DON QUICHOTTE.

fit sauter Rossinante , et s'éloigna de quelques pas.

Cependant la nuit s'écoulait ; et Sancho , vojant paraître le jour, alla délier doucement les jambes de Rossinante. L'animal se sentit à peine libre , que , quoiqu'il ne fiit pas fort pétulant , il essaja de faire deux ou trois courbettes , que la faiblesse de ses reins ne lui pei-mit point d'achever. Don Quichotte en tira bon augure , et voulut en profiter sur le-champ. L'aube laissait alors distinguer les objets. Notre héros s'aperçut qu'il était au milieu de grands châtaigniers , dont les ombrages épais avaient rendu la nuit plus obscure ; mais il ne put deviner la cause d« ces coups terribles qui continuaient à se fiaire entendre. Il renouvela ses adieux à Sancho, lui répéta ce qu'il devrait dire à madame Dulcinée , si dans trois jours il ne revenait point , et ajouta : Quant à la récompense de tes services , tu ne dois avoir aucune inquiétude, j'j ai libéralement pourvu dans un testament que l'on trouvera chez moi. Mais espérons plutôt^ mon ami. que je sortirai triomphant de cette périlleuse aventure , et pour le coup tu peux compter sur l'ile que je t'ai promise. Notre écuyer , en 1 écoutant, se mit encore à fondre en larmes et déclara qu'il voulait suivre son maître ju>-

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