PARTIE I, CHAP. XX
qu'à la mort. L'auteur de cette histoire , eu rapportant cette héroïque résolution de Sancho , en conclut , avec raison , qu'il avait le cœur excellent, et qu il était sûrement des vieux chrétiens. Quoi qu'il en soit, don Quichotte lut attendri ; mais , cachant son émotion , de peur de témoigner de la faiblesse , il marcha d.'un air fier et calme vers le lieu d'où venait le bruit.
Sancho le suivait à pied , tirant par le licou • on âne , inséparable compagnon de sa bonne et mauvaise fortune. Api-ès un assez long chemin au milieu de ces châtaigniers , ils arrivèrent dans un petit vallon entouré de rochers élevés , d'où se précipitait le torrent. Au pied des rochers on voyait de loin quelques misérables maisons qui ressemblaient à des ruines ; c'était de là que sortaient les épouvantables coups. Rossinante eut peur et fit un écart ; mais notre héros le ramène , s'approche peu à peu des maisons , en se recommandant à sa dame. Son écuyer , toujours derrière lui , allongeait souvent la tète et le cou entre les jambes de Rossinante pour chercher à découvrir ce qui lut faisait tant de peur. Au bout de cent pas , au détour d'une petite colline, ils découvrirent enfin la cause de leur terreur et de cet effroyable bruit. C'étaient, il faut le dire, il faut bien
l'avouev malgré nous, six énormes marteau?s de moulins à foulon qui n'avaient pas cessé de battre depuis le jour précédent.
Don Quichotte, à at aspect, demeura muet de surprise ; ses miains laissèrent aller la bride, sa tête tomba sur son sein. Il tourna les yeux sur Sanciio , qui fixait les siens sur lui , avec les joues enflées , et tout prêt à crever d'envie de rire. INotre chevalier ne put s en empêcher luiyiême, malgré son profond chagrin ; et Sauchc , vojant que son maître heureusement avait ri le premier, mit -es poi gs sur ses côtés , et par quatre lois de suite lit et relit des éclats qui bientôt impatientèrent don Quichotte. Mais ce fut bien pis quand son écu jer osa lui adresser ces paroles , en le regardant avec une gravité plaisante:^»»/, apprcna . fjue te ciel me pt naître dans ce triste siècle de jcr pour ramener l dqe d'or y que c'est à moi (jue sont réserves tes ijrands périls ;, les actions sublimes , et lui répéta mot à mot tout ce que le héros avait dit lorsque les foulons s'étaient lait entendie. Cette raillerie mit en colère don Quichotte , qui , levant aussitôt sa lance , en frappa si tort l'écuyer persifleur, que , si ses coups fussent tombés sur la tote comme ils tombèrent sur les épaules , le pauvre Sancho n'eût jamais hérité dans It; tesîament. Monsieur, s'écvia-t-il plein d 'effroi,