CHAPITRE PREMIER
l'influence sur milton
L'influence de Du Barlas sur Milton est généralement admise, mais il ne suffît pas à l'historien d'affirmer, et il doit pouvoir s'expliquer de quelle manière s'est exercée cette influence. Il peut se passer d'autant moins de preuves réelles et précises que, les deux auteurs ayant puisé aux mêmes sources bibliques, les ressemblances qu'on relève entre eux pourraient provenir de ce fait.
On s'est tellement occupé de Millon d'une part et d'autre part des rapports littéraires entre la France et l'Angleterre, qu'on est presque mal avisé de prétendre que l'influence dont nous parlons n'a été vraiment étudiée que dans quelques ouvrages spéciaux. Nous n'en connaissons pour notre part que deux, ceux de Dunster et de Lauder. Le travail de Dunster nous a beaucoup servi, mais, écrit depuis plus d'un siècle déjà, il ne peut être considéré comme défîuilif. C'est le travail d'un amateur, d'un malade cherchant à se distraire sans fatigue, pour qui l'étude constitue
une « occupation médicale ». L'auteur a consigné les résultats de ses loisirs studieux qui ont rempli l'hiver de 1779, dans une lettre adressée à William Falconer M. D. publiée en 1800 (i). La thèse de Dunster est souvent poussée trop loin et ses données nécessitent un contrôle rigoureux. D'autre part l'auteur n'envisage que les premiers poèmes de Milton. Il faudrait pourtant étendre la comparaison entre Du Bartas et Milton au Paradis Perdu. Prenons presqu'au hasard un passage que Dunster cite en faveur de l'influence de Du Bartas, mais que nous considérons comme dénué de toute valeur. Il est tiré de Lijcidas.
Milton : « And wipe the tears for ever from his eyes ».
Dunster n'ignore pas que l'expression se trouve dans l'Ecriture Sainte, mais, malgré cette constatation, il fait le rapprochement suivant.
Sylvester : i. « By thee we wipe the tears of wol'ul eyes ».
ii. « Where shall no more be wailings woes or cries For God shall wipe ail tears from weeping eyes».
Rappelons que Milton savait la Bible presque par cœur. Consultons cette source :
Is : XXV. 8. « And the Lord God will wipe away tears from
[off ail faces » .
Rev : VII, 17. « God shall wipe away ail tears from their eyes». XXI, 4. « God shall wipe away ail tears from their eyes»
1. Considérations on Milton s earhf readiny and the prima staniina of his Paradise Lost ; togefher ivith extracts from a poet of the Sixteenfh Century. In a letter to William Falconer, M. D. from Charles Dunster, M. A. London, 1800, in- 16.
Remarquons que, dans la dernière partie de son livre, qui est composée uniquement de citations, destinées à mettre en relief les beautés de Sylvesler, sans que l'auteur se préoccupe de comparer le poète à Milton. il s'est permis de prendre de g-randes libertés avec l'orig'inal. II admet que de temps en temps il a changé un mot vieilli (( I must apprize you », écrit-il (i) « that I hâve, in some few instances omitled or altered a single hig^hlj obsolète or offensively jingling- word, where il seemed to raise disgust to a passag-e of otherwise fine effect ». Malg-ré cet avertissement, nous n'avons pas été peu surpris de trouver tant de diverg^ences entre la citation et l'orig-iual des premiers passages que nous avons comparés. On jugera de Texaclitude des citations de Dunster par la seconde citation de la page i84 :
« Arise betimes, while th'opal-coloured morn In golden pompdoth May-day's door adorn Arise, and hear the diff rent voices svveet Of painted songsters, in the grevés that greet Their gentle mates, each in his phrase and fashion Utt'ring in various strains his tender passion » .
Ces vers sont soi-disant une transcription des vers suivants, tels qu'on les lit dans l'édition in-folio de 1621 iBabylon).
« Arise betimes, while th' 0/;a/-coIoured Morn In golden ponip doth May-daijes door adorn And patient hear th all-differing voyces sweet Of painted singers, that in groves do greet