IV. Corps de l'ouvrage
VII. Post-scriptum. On demande des dons d'argent pour venir en aide à la petite fille de Milton.
- -rM -
L'imprimeur ne ménage pas l'auteur. Quelques citations de son « Avis au lecteur » peuvent suffire pour donner une idée très nette de la valeur du travail : (. After ten monlhs insolent triumph, tlie Rev. M. Douglas has favoured llie world with a détection of this scène of vijlany... [Lauder camei to us tlie follûwing-day with gieM contidence : lie acknovvledged the interpolations of ail thebooks mentioned and seemed to wonder at the folly of mankind in making^ such an extravagant rout about i8 or 20 lines. As this man lias been guilly of such a wicked interposition upon us, our friends, and the public, and is capable of so daring- an avowal of it, we déclare that we hâve no further intercourse wilh him and that we now sell his book only as «A curiosityofFraud and Interpolation » which ail the âges of literature cannot parallel. London. Dec. i. lySo ».
Après avoir lu la citation ci-dessus, le lecteur sera probablement de notre avis, à savoir que, si le travail de Dunster ne peut pas être considéré comme définitif, celui de Lauder ne mérite qu'un succès de curiosité.
Gomme nous venons de parler d'un auteur qui s'est cru autorisé à appliquer l'épithèle de plagiaire à Milton, nous saisissons cette occasion, au début même de notre étude sur ce sujet, pour définir notre position vis-à-vis de Millon.
Le bufde ce travail ne consiste nullement à rechercher des passages de Du Bartas afin de montrer que Milton les a copiés. Nous sommes même convaincu, d'après ce qu'on sait du caractère du Puritain anglais,
qu'un tel procédé lui eût été impossible, non pas seulement [)ar suite de scrupules moraux, mais [)arce que l'indépendance même de son caiactère l'aurait empêché de l'employer.
Milton partag'eait les idées de Montaisne sur le plagiat. Ce dernier disait : « La vérité et la raison sont communes à un chascun et ne sont plus à qui les a dictes premièrement qu'à qui les dict aprez : ce n'est non plus selon Platon que selon moy, puisque luy et moy l'entendons et veoyons de mesme » (i). Milton déclare : « lo borrow and better in the borrowing- is no plagiary » et il nous dit que les moyens principaux dont il s'est servi lui-même pour devenir poète furent « industrious and sélect reading- » (2).
Par cela même que Milton se sentait forcé de perfectionner ce qu il empruntait, il aurait difficilement consenti à copier, surtout dans son âge mûr. On l'appelait, il est vrai, « la Dame de son collège » mais il n'est guère possible que son caractère lui ait mérité ce surnom. Sa vie à l'université, la décision avec laquelle il repousse une carrière qui s'alliait mal avec la liberté de sa conscience, ses démêlés avec sa femme Marie Powell, tout enfin dans ce qu'il a fait ou écrit, indique la fermeté de son caractère. Ce qu'il avait à exprimer, ce furent des idées personnelles, ses croyances, ses revendications morales et politiques,
1. Montaii^-ne. /> /'Ins/idtfion dps e/i/'anfs, f'^ssais, liv. i, chap. XXV.
2. Milton, Reaaon of Chnrrh (iorpi'innent nryed agdinst Prelacy .
ses rêveries. Il a étudié pour timner les moyeus d'expression, uiais la matière lut toujours sienne ; elle était toujours si mine pour l'expression, que jamais Milton n'aurait eu, au moment de la mouler en vers ou en prose, à rechercher dans sa bibliothèque la formule ap[)ropriée. L'éloquence naissait chez lui en même temps que le désir de parler. Si l'on rencontre dans son œuvre des expressions empruntées à autrui, c'est qu'elles ont été arrachées aux recoins de sa mémoire et entraînées par le flot même de cette éloquence.
Nous sommes convaincu qu'au nombre de ses lectures il faut placer celle des œuvres de Sylvester. Dunster pousse jusqu'à l'exagération l'étude détaillée de cette question. Sans le suivre jusqu'au bout, nous indiquerons ici quelques raisons de croire que le critique ne s'est pas en^-ag-é sur une fausse piste.
Milton naquit et passa sa jeunesse dans une maison située dans Bread Street à Londres. Dans cette même rue se trouvait une imprimerie, tenue d'abord par Richard Yardley, puis par Peter Short, plus tard encore par Humphrey Lownes et enfin par Robert Young*. C'est de cette presse que sont sorties les éditions des œuvres de Du Barlas traduites par Sylvester. Nous ne suivrons pas Dunster dans ses conjectures pour déterminer la dislance exacte de limprimerie à la maison de Milton. Milton aurait pu avoir l'imprimeur pour son plus proche voisin sans jamais aller chez lui, et sans jamais ouvrir un livre sorti de sa presse. Dunster lui-même n'attache pas trop d'importance à ces détails;
il admet que, dans une époque comme celle de la jeunesse de Millon, la proximité des maisons ne suffisait pas pour amener des relations amicales entre voisins. Il faut se rappeler en effet que les différents partis possédaient des croyances et des principes assez tranchés pour rapprocher les étrang-ers et pour séparer les voisins. Cette sympathie due à la communauté des principes et des croyances pouvait exister entre la famille de Milton et celle de l'imprimeur. Il est possible (jue grâce à elle l'œuvre de Sylvester et Du Barlas ait pénétré dans le cercle intime de Milton.
Nous connaissons déjà les idées de Sylvester. Rappelons à ce sujet les déclarations de Wood (i). « But this must be known, ihat he, taking too much liberty upon him to correct the vices of ihe times, as George Wither and Jo. Vicars, poets, afterwards did, suffered several limes some trouble, and thereupon, it was, as I présume, that his step-dame country did ungratefully cast him off'. ... ».
Ajoutons à ce témoignag'e assez convaincant le fait que J. Vicars, que Wood nomme en même temps que lui, était un des Puritains les plus violents de son temps, et qu'il était de plus g-rand admirateur de Sylvester. Si, à côté de ces faits, on mentionne l'influence du puritanisme qui se retrouve dans la traduction, l'inspiration calviniste de l'œuvre de Du Bartas, les tendances puritaines de la cour du Prince Henry, où Sylvester fut si bien reçu, on conclura assez natu-