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Tableau de la lift, franc, au AT/e siècle

4- M. Fa^uet, Hist. de la lift, fratir. depuis l/'s arif/ines Jus- (ju'à la fin du XVI" s., Paris, 1900, in-8.

Ashton 3

L'opinion g^énérale, à l'époque même de Du Bartas, peut se résumer dans ce jugement que porte sur lui De Thou : « Il mérite d'être mis au nombre des plus illustres poètes de notre temps et d'être regardé par bien des gens comme tenant en ce genre la première place après Ronsard » ( i). Les contemporains du poète ne s'abstiennent pas, cependant, de formuler certaines critiques. De Thou ne manque pas, d'ailleurs, de mentionner que tout le monde ne partageait pas son avis.

On se demande, naturellement, quelle fut l'opinion du poète, nous avons nommé Ronsard^ qui après avoir acquis la célébrité qu'on sait, put craindre un instant de la voir diminuée par celle de Du Bartas.

Sa première impression paraît avoir été favorable, ce qui donne quelque vraisemblance à l'anecdote de

la plume d'or. Colletet fils écrit : « Jean Baudoin

m'a dit autrefois que Ronsard estant un jour au

jeu de l'Aigle dans nostre faubourg Saint-Marcel, quelqu'un apporta La Sepmaine de du Bartas, et qu'ojant dire que c'était un livre nouveau, il fut curieux quoy qu'il fust engagé dans un jeu d'importance, de le voir et de l'ouvrir et qu'aussitôt qu'il eut leu les vingt ou trente premiers vers, il laissa tomber sa raquette et oubliant sa partie il s'écria : « 0 que n'ay-je fait ce poème ? il est temps que Ronsard descende de Parnasse et cède la place à du Bartas que le ciel a fait un si grand poète » Guillaume Colletet,

1. De Thou, Hht. Vtiir., tracl. sur l'éd. lat. de Londres. Londres, 1734, p. aSi.

mon père, m'a souvent assuré de la même chose »(i).

A quel sentiment Ronsard a-t-il obéi, en retirant plus tard les éloges qu'il avait d'abord si spontanément décernés ?sans doute au sentiment qui, dans le siècle suivant, amena Richelieu à faire jouer le Cid par ses marmitons. Ronsard éprouva une certaine jalousie quand il constata l'immense succès de celui qu'il avait publiquement admiré (2). Peut-être se rendit-il compte qu'il avait examiné trop superficiellement et jugé trop vite le poème qu'on lui avait présenté au jeu de l'Aigle ; une lecture plus attentive, plus réfléchie, peut fort bien lui avoir décelé des défauts inaperçus d'abord. Mais on ne peut guère attribuer à un autre mobile que lajalousie, les attaques exagérées auxquelles se laissa entraîner contre son rival, le poète de la cour.

Ronsard a désavoué, dans un sonnet adressé à Jean Dorât, les éloges quil aurait décernés à Du Bartas (3).

« Je n'aime pas ces vers qui rampent sur la terre Ny ces vers empoulés dont le rude tonnerre S'envole outre les airs : les uns font mal au cœur Des liseurs dégoûtez, les autres leur font peur. Ny trop haut, ny trop bas, c'est le souverain style Tel fut celluy d'Homère, et celluy de Virgile ».

1. Colletet, Vies des Poètes Gasco)is, publiées par T. de Larroque. Paris, 18G6, p. 90. Remarques curieuses du sieur Colletet le fils.

2. /(/. « 11 (Ronsard) vit la g'ioire de du Bartas prendre un si gTand essor parmi les sçavans de son siècle. . ».

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