Ronsard, Œuvres, lù'/S, in-f., p. 601. Cité par Colletet
Un jour que Ronsard se trouva avec Baïf et Du Perron, ils firent chacun un quatrain sur la Première Semaine.
Voici celui de Ronsard :
« Bartas voulant desbrouiller l'univers Et luy donner une meilleure forme, Luy mesnie a faict un grand choas de vers Qui plus que l'autre est confus et difforme » (l).
Que pensait de Du Bartas son coreligionnaire D'Aubig^né ? « J'ay eu cognoissance privée », dit-il, « du baron Dubartas. Un jour, du Brach m'aporta sa Judit et un gros livre de poésie imprimée, où je ne trouvay pas grand goust et puis il me montra un jeune gentilhomme qui l'avoit suivi, et à peine luy donna le courage de me montrer quelques cayers en vers. Je mis le nez dedans et comme je fis quelque cri d'admiration « Il escrit gentiment » dicl le Brach ; lors en colère je pousse du coude son livre et vay accoler ce jeune homme tout honteus qu'estoit M. Dubartas, qui me fist voir les commancements de sa première Semaine de laquelle je n'ai besoin de rien dire >>. (2)
Puisque D'Aubigné fit « quelque cri d'admiration » sa première impression fut également favorable à Du Bartas ; il ajoute, « cestoit une excellente abeille
1. Ronsard, Œuvres, Ed. Blanchemain, Claude Binet, t. VIII, p. i3o. Pour les rapports entre Ronsard et Du Bartas, voir M. Pel lissier, La vie et les œuvres de Du Bartas. Hachette, 1882.
2. D'Aubigné, Œuvres, Ed. Réaume et de Caussade. t. I Lettres de divers points de science,, p. 459.
pour disposer les fleurs quil ciiilloit, n'eslanl pas si heiireus en inventions » (i).
Il importait de placer en première ligne, dans cette revue des critiques du poète, ces deux gloires poétiques de son temps, Ronsard et d'Aubigné Notons, autant que possible dans l'ordre chronologique, l'appréciation des écrivains qui se sont successivement intéressés à lui. Nous pourrons suivre ainsi, de point en point, l'histoire de sa fortune littéraire.
Dans un chapitre intitulé « (Jiie nos poètes franrois, imitant les Latins, les ont soiinen/ esgale: et quelques fois surmonte:^ » (2) Pasquier établit une comparaison entre Du Bartas et Ovide, tout à l'avantage du premier. Il trouve inimitables quatre vers dans la description du chaos.
Scaliger dit « Barlassius in sua Juditha Lucanicum stylum sequitur féliciter assurgit, sed saepe Rudiusculus » (3).
Henri Estienne (4) qualifie les vers de Du Bartas de « divinement hauts » ; Frédéric Morel (5) lui adresse des vers latins ; Jean de Serres l'assure que « la terre icy (lui) rend un renom immortel (et que) le ciel (lui) reserve un heur perpétuel » (6) ; Pierre de l'Ostal
1. Comparer : P'erronia, Genève, 1669, p. 3o. — Saint-Marc : Notes sur l'édition de Boileau, l'j^'], t. III, p. 3o5 où il dit en parlant de l'invention : « L'on peut dire à cetég'ard, que Du Bartas l'emporte sur tous les poètes de son temps ».