‹ Du Bartes en AngleterreChapitre 184 sur 234 · I, 3, p. 58. 6. II, Eden, p · texte numérisé non relu

I, 3, p. 58. 6. II, Eden, p

On pourrait multiplier les rapprochements. Xous serions néanmoins enclin à en retrancher beaucoup de la liste qu'en a dressée Dunster. Il est souvent difficile de distinguer les influences des coïncidences ; il y a des cas où les deux hypothèses sont aussi plausibles Tune que l'autre. On a plus de chances, en général, de se trouver en présence d'influences véritables lorsqu'il s'agit des premiers poèmes de Milton. Mais quand on pense à la somme de lectures que possédait un homme comme Milton, il semble presque enfantin de prétendre qu'il a puisé tel mot, telle expression, chez tel auteur, lorsqu'on ne peut pas affirmer que le mot ou l'expression est particulier à cet auteur.

Le Paradis perdu

11 est difficile, d'après ce que l'on connaît de la vie de Milton, de supposer qu'il ait voulu, avant d'écrire son Paradis Perdu, relire, par les yeux de ses filles, les livres de sa jeunesse.

On dit que les oiseleurs ôtent la vue aux oiseaux, qu'ils croient doués d'un talent musical particulier, afin qu'ils puissent chanter la nuit et lorsquele milieu n'est pas à l'unisson avec leur chant. Ainsi nous apparaîtMilton aveugle. Sa maison est petite, l'heure n'est pas propice, semble-t-il, à l'inspiration, mais pour lui la chambre n'a pas de murs, il n'y a ni jour ni nuit. Autour de lui est l'univers, vague, vaste comme •ses conceptions du Paradis Perdu. L'étendue qui

l'environne n'est ni vide, ni triste ; le .léhovah de

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sa chère Bible resplendit au centre de cet univers. Autour de lui les anges et les démons manœuvrent par bataillons ; il sent le frôlement lumineux ou sombre de leurs ailes. Toute sa Bible, si vivante déjà, ne suffit pas à son génie. 11 faut que les anciens lui envoient leurs dieux, les puissances les plus terribles et les plus majestueuses qu'ils possèdent. Ces figures ne lui apparaissaient qu'avec des contours vagues, lorsqu'il pouvait encore lire. 11 les voit à présent plus nettement que ne le font ceux dont la vue est limitée par leurs yeux mêmes. Sa vision, à mesure qu'elle se précise, se traduit en musique.

« There let the pealing Organ blow, To the full voic'd Quire below, In Service high, and Anthems cleer, As may witii sweelnes, through mine ear, Dissolve me into extasies, And bring ail Heav'n bel'ore mine eyes » (1).

Ayant « tout le ciel devant ses yeux », Milton répétait ses vers, en changeait l'harmonie pour mieux l'adapter à sa vision interne. Enfin, lorsque ses vers lui paraissaient être en accord avec les chœurs célestes qui accompagnaient son chant, il les faisait aussitôt écrire. Tel est le Milton dont la figure se dégage de la lecture du Paradis Perdu.

Autant nous sommes convaincu que Milton jeune homme a subi l'influence de Sylvester, et par lui de

i. H Penseroso, Poetical Works, Oxford (Frowdc), 1904, p. 28.

Du Bartas, autant nous serions décidé à contester que les influences étrangères, qui peuvent se rencontrer dans son chef-d'œuvre, soient dues à des recherches faites dans l'œuvre de Du Bartas, aux lectures de ses filles. Les inspirations de Milton aveuçle sont personnelles, et si, g^ràce à une mémoire remarquable, il introduit dans son œuvre plus d'une expression qui rappelle Sjlvesler, il ne s'agit plus à proprement parler d'une transposition directe des éléments fournis par ses lectures, et dont il s'emparait avec empressement pour en orner ses vers de jeunesse. Ce temps est passé ; ces éléments ont été depuis longtemps assimilés par son cerveau et marqués du sceau de son génie.

Si Milton s'était vraiment servi de l'œuvre de Du Bartas — traduite par Sjlvester — nous pourrions nous attendre à en retrouver l'influence dans les morceaux où il traite les mêmes sujets que le poète français.

Examinons la description de la création d'Eve dans l'œuvre de Milton et dans celle de Du Bartas.

Voici les vers de Sylvester :

« Even as a Surgeon, minding off-to-cut Som-cureless limb ; belore in are he' put His violent Engins on the vitious member, Bringetb bis Patient in a sense-less slumber, And grief-less tben (guided by vse and Art) To sauetbe wbole, sawes off tb'infected part : So, God empal'd our Grandsires liuely look, Tbrougb ail bis bones a deadly cbilness strook, Siel'd-vp bis sparkling eyes witb Iron bands Led down bis feet (almost) to Lelhé Sands ;

In briefe, so numm'd liis Soule's and Body's sensé,

That (witliout pain) opening his side, from thence

Hee tooke a rib, wliich rarely He refin'd.

And thereof made the Mother of Mankinde :

Gravi ng so livelv on the living Bone

Ail Adanis heauties ; that but iiardiy. one

Could haue the Lover irom his Love descry'd,

Or known the Bridegroom from his gentle Bride :

Sauing that she h ad a more pleasing Ey,

A smoother Chin, a Cheek of purer Dy,

A fainter voyee. a more inticing Face,

A Deeper Tress. a more delighting Grâce,

And in her bosom (more then Lillie-white)

Two swelling Mounts of Ivory, panting light.

New, after this profound and pleasing Transe, -

No sooner.l</fl//?srauisht eyesdid glance

On the rare beauties of his new-come Hall'.

But in his heart he gan to leap and laugh,

Kissing her kindly. calling her his Life,

His Loue, his Stay. his Rest, his Weal, his Wife,

His other-Selfe, his Help (him to refresh)

Bone of his Bone, Flesh of his very Flesh » (I).

Comparons maintenant les vers de Milton :

Hee ended, or I heard no more, fornow My earthly by his Heav'nly overpowerd.

Which it had long stood under, streind to the highth In that celestial Colloquie sublime, As with an object that excels the sensé, Dazl'd and spent. sunk down, and sought repair Of sleep, which instantly fell on me, call'd By Nature as in aide, andclos'd mineeyes.

Mine eyes lie clos'd. but op'nleftthe Gell

Of Fanoio niy inttM-nal siyht. by wbich

Abstract as in a trans(> metbougbt I saw,

Though sleepi ng, whoi-ellay, and saw tbp sliape

Still glorlous l)efore wboni awake [ stood ;

Wlio stooping op'nd my left side, and took

From thencea Rib, witb cordial spirits warme,

And Life-blood streaming fresh ; wide was thi; wound,

But suddenly witb flesb fill'd up & beal'd :

The Rib be formd and fasbond witb bis bands ;

Under bis forming bands a Créature grew,

Manlike, but différent sex, so lovlv faire,

Tbat wbat seemd fair in ail tbe World, seemd now

Mean, or in ber summd up, in lier containd

And in ber looks, wbicb from tbat time infus'd

Sweetness into my lieart, unfelt before.

And into ail tbings from ber Aire inspir'd

The spirit of love and amorous deligbt.

She disappeerd » (1).

« Return fair Eve,

Wliom fli'stthou ? wliom tbou fli'st, of him thou art His flesb, bis bone ; to give tbee being I lent Out of my side to tbee, neerest my beart Substantial Life, to bave tbee by my side Hencefortb an individual solace dear ; Part of my Soûl I seek tbee, and tbee claim My other half : witb tbat tby gentle band Seisd mine, 1 yeilded » (2).

Les ressemblances entre ces deux descriptions de la création de la femme sont indéniables, mais ces ressemblances peuvent être rapprochées également de la

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