I. GenesiSy IV
son ne faisait mieux ressortir les traits caractéristiques des deux poètes.
Au début de la description, Du Bartas est aussi iiléaliste que possible, mais avant que l'auteur pose sa plume, cet Eden a dégénéré en le plus réaliste des jardins de son époque avec le caractère merveilleux en moins. Il n'y faisait <( ni chaud été ni froid hiver » ; le miel y coulait des rochers et le « laict nourrissier par les champs » les Rues avaient « mesme odeur que les Roses » ; les fruits n'étaient jamais ni trop mûrs ni trop verts. Mais il y avait dans ce même paradis terrestre des allées, des parterres et un dédale où, pour éviter à Adam la peine de tailler les arbres en forme « d'hommes mi-chevaux .. en escaillez oiseaux en Balenes cornues », une bonne Providence avait créé devrais animaux qui étaient enracinés par une de leurs pattes. Il y poussait également des plantes aux épines pointues, celle qui « pressée vomit une humeur cramoisine )i, dont la présence ne devait guère réjouir, semble-t-il, nos premiers parents.
Un arbre produisait entre autres fruits des aiguilles et du fd. Etait-ce en prévision du premier costume qu'Eve eut à coudre? Il existait également une plante qui servait à guérir une maladie peut-être assez répandue aux temps de Du Bartas, mais qu'on n'associe pas d'habitude à l'état d^innocence de nos premiers parents. En somme, la description entière est d'un mauvais goût extrême : les détails deviennent une simple énumération de toutes les inventions de la cré-
dulité de l'époque, et servent à étaler le savoir de l'auteur.
On aime à oublier une telle lecture pour se reporter à la description de Milton. Pour lui, le seul art est celui de la Nature, Ihomme ne fait que la dirig-er et s'en rendre maître, comme c'est son devoir en sa qualité de roi de la création.
« Flours wortliy of Paradise which not nice Art In Beds and curious Knots, but Nature boon Powrd fortb profuse » (1).
La rose est sans épines et la beauté du jardin surpasse tout le luxe que la Mythologie peut imag'iner, mais ce luxe n'est que la richesse même de la nature, poussée à sa dernière limite. Les fruits semblant « burnished with çolden rind w y pendent aux branches. L'Eden de Du Bartas a été dessiné sur un jardin français de l'époque. Les arbres y entrelacent si étroitement leurs branches, qu'ils forment de véritables murailles de verdure, que l'on croirait peintes.
Certes ce n'est pas à la description de PEden de Du Bartas que Milton a pu emprunter la sienne.
Le lecteur, renseigné sur la valeur de l'œuvre de Lauder s'attendra peut-être à nous voir passer sous silence ce qu'il a pu dire des rapports du Paradis Perdu et du poème de Du Bartas. On sait en tout cas ce qu'il faut penser des citations latines qu'il a introduites dans les œuvres de Milton. Les attaques au sujet des