‹ Du Bartes en AngleterreChapitre 26 sur 234 · I. Moreri, Dictionnaire, Ed. Drouet. Paris · texte numérisé non relu

I. Moreri, Dictionnaire, Ed. Drouet. Paris

■1. Remarquer que Falconnet reproclie à Du Barlas des expressions que Du Perron lui oftre comme modèles. Ce dernier écrit {Perroniana, Ed. citée plus haut) : « Lui (Du Bartas) an lieu (le dire Le Roy des Lumières, il dira Le Duc des Chandelles ; an lieu de dire les Coursiers dEole, il dira ses postillons... »

Après ce siècle d'oubli, les critiques du dix-neuvième parlent de Du Bartas comme s'ils s'acquittaient d'un devoir, mais sans goût, sans plaisir. Dans la première moitié de ce siècle, notre poète trouve dans Poirson (i) un critique indulgent qui, tout en lui reprochant les fautes g-énéralement relevées, ajoute une appréciation qui lui est très favorable : « Du Bartas », dit-il, « avait donné à la poésie plusieurs de ses qualités constitutives quand au fond. Il n'avait guère moins avancé le style et la diction, puisqu'à la noblesse il avait souvent uni la clarté de la phrase et de l'expression, l'harmonie, le rhylhme, les coupes heureuses, la construction savante de la période poétique (2) ... Il mit la vérité dans notre poésie, et lui donna quelque chose d'actuel, de vivant, d'animé qui avait manqué aux œuvres de Ronsard et des auteurs de la Pléiade » (3). Quand on lit une telle appréciation on regarde deux fois sa date, pour s'assurer qu'on n'a pas entre les mains l'œuvre d'un contemporain du poète. Certes, les lignes qu'on vient de lire ne représentent pas l'opinion générale du dix-neuvième siècle. Gœthe n'a-t-il pas eu l'occasion, en effet, en parlant de Du Bartas, d'adjoindre à son nom les épithètes suivants : '( proscrit, dédaigné parmi les siens et tombé du mépris dans l'oubli » (4).

1. Histoire d'Henri IV, Paris, i856, vol. 2 {2* partie), p. 601.

4. Gœthe, Des hoinmes célèbres de France au XVIIP siècle. Paris, 1823. u Du Goût », p. 102.

Sainte-Beuve, en février 1842, avait déjà fait uhl' étude étendue sur le poète dédaigné, étude qui d'ailleurs a influencé presque toutes celles qu'on a faites depuis.

La plupart même des critiques de son-siècle se sont contentés de citer telle ou telle de ses phrases sans oser émettre un avis personnel. Une fois que Sainte- Beuve avait dit (i) : « Il ne m'a jamais paru un bon poète et je ne viens pas lui faire réparation à ce titre », on est tenté de croire que plusieurs des critiques modernes auraient craint de parler de Du Bartas, sans doute parce qu'ils en auraient dit quelque bien et qu'on les eut accusés alors de manquer de goût. Plusieurs ont exagéré ses défauts dans l'intention, peutêtre, de mieux marquer combien répugnait à leur appréciation délicate tout le mauvais goût de Du Bartas. Six ans après l'apparition de l'étude de Sainte Beuve, Philarète Chasles (2) se croit autorisé à dire que « chaque phrase de Du Bartas contient trois ou quatre » mots composés. Il est difficile de comprendre une pareille exagération dont le ridicule est comparable à celui des plus bizarres composés du poète. Philarète Chasles constate, cependant, la popularité de Du Bartas qui a eu six éditions et des traductions, et nous assure que Du Bartas est « moins méprisable qu'on ne pourrait croire ».

1. Tableau <le la poés. fraur. au XYl" siècle, i843, in-ia, p. lOI .

■2. Eludea sur le XVI' siècle eu France, 1848.

Nisard (i) ne trouve pas Du Bartas dig^ne d'intérêt et ce qu'il dit, en passant, de ce poète ne semble destiné qu'à le ridiculiser. Mieux vaudrait l'ignorer tout à fait que de parler de lui avec la légèreté à laquelle tant de critiques nous ont habitués. Ils se figurent l'avoir caractérisé suffisamment, lorsqu'ils nous ont répété qu'il n'a fait qu'exagérer les défauts de Ronsard ou qu'ils nous ont cité les vers trop connus :

« La gentile alouëte avec son tire-lire Tire l'ire aux fâchés et d'une tire-tire Vers le pôle brillant ».

et

« Je te salue, ô terre, ô terre porte-grains.

Porte-or, porte-santé, porte-habits, porte-humains, Porte-fruits, porte-tours, aime, belle, immortelle ».

Du Bartas a écrit, en effet, tout ce que Ion vient de lire, comme Corneille a écrit Pertharite, Agésilas et Suréiia ; mais, de même que Corneille, il a écrit autre chose, et si l'on ne peut lui accorder que la place de deux citations, on trouvera sans peine dans son œuvre, pour opposer à des vers exécrables, des vers vraiment dignes de lui.

Robiou (2) se demande s'il « est nécessaire de s'arrêter sur un contemporain de Des Portes bien promptement éclipsé ». Il se décide à nous en parler, et nous fait savoir qu'il « féussit à passer pour un grand

Page 1