‹ Du Bartes en AngleterreChapitre 30 sur 234 · Ojj. rit · texte numérisé non relu

Ojj. rit

3. Mallierfie et la popsii' fraiiraine à la fin du XVI' siècle. Paris, 1891 .

critique française à l'aurore du vingtième siècle (i). Nous avons eu le très vif plaisir d'y trouver sur Du Bartas et sous la signature de M. Paul Morillot, quelques pages dignes du poète qui nous occupe.

Notre pensée nest nullement de faire une œuvre de réhabilitation, mais lorsqu'on a vécu, pour ainsi dire, pendant longtemps avec un auteur aussi sincère et aussi sérieux que Du Bartas, quand on a pu constater ses qualités morales, quand on a pu se rendre compte de la haute idée qu il avait conçue de la poésie, on est porté tout naturellement à attendre des autres, sinon l'admiration, du moins une appréciation pluséquitable que celle qu'on a généralement réservée à Du Bartas. M. Morillot fait ressortir le contraste qui existe entre Du Bartas et les poètes courtisans .de son temps : il montre ses efforts pour élever le niveau de la poésie, ses tentatives pour secouer le joug de l'antique mythologie. Il trouve que Du Bartas a été trop vite méprisé et qu'il a quelque titre à notre estime. >< Il reste chez nous », dit-il, « un des rares représentants de la haute poésie, trop vite désertée au xvii® siècle, à cause de la peur bourgeoise du ridicule ; il est notre Milton manqué. C'est un titre suffisant à notre estime ».

c< Il est notre Milton manqué ». un mol aussi juste devrait être entendu par ceux qui ne savent que tourner en ridicule le poète. Quand on lit la Semaine après s'être pénétré de Milton, quand on lit Du Bartas sans

I. HUt, de la Laïu/ue et tfe la Lift, franc, r/py Origines à 1900. Paris, 1897. Tome III. xvi' siècle, pp. 216-225. Citation,

pp. 224-22J.

être déjà prévenu contre lui et qu'on le rapproche de celui qu'il a probablement plus d'une fois inspiré, on ne peut se défendre d'un regret, regret qui contient assurément le meilleur élog-e qu'on puisse faire du poète et qu'on ne s'étonnera pas de trouver au cœur d'un étranger : « Il est notre Milton manqué ».

Brunetière ne trouve que naturel l'oubli dans lequel est tombé Du Bartas après avoir fait trop de bruit (i). Sa versification, dit ce critique, est prolixe, verbeuse, diffuse. Il n'est pas moins pédant que Baïf, quoique d'une autre manière. Il est le plus fastidieux, le plus nasillard des prédicans, « et si l'histoire est cependant obligée {-i) d'en parler, ce n'est que pour essayer d'expliquer l'énig^me ou le problème de sa réputation ». Brunetière revient à la charg-e : « Ce serait peu de dire qu'il est prolixe, il est bavard et jamais on ne noya l'idée sous un pareil déluge de mots... il n'a point de style... Du Bartas n'écrit pas. Il a beaucoup lu et beaucoup retenu, je ne veux pas dire beaucoup « pris de notes »... et sur ce qu'il avait lu, il a mis des rimes, des rimes quelconques et des mots dont il eût été souvent embarassé de dire lui-même exactement le sens. Au résumé, ce n'est qu'un rhéteur ou un déclamateur, dont l'intarissable faconde ne saurait pas dissimuler la pauvreté de pensée, ni peut-être au surplus ne la lui a dissimulée à lui-même ».

Telle est l'opinion, au commencement du ving-tième siècle, d'un des plus g-rands critiques de la France sur

r. llist. de 1(1 litt . franr. class., t. I, p. 467-8. Ed. 1904. " 2. C'est nous qui soulici'nons.

un poète qui a été admiré par Ronsard, par Milton, par le Tasse et par Goethe !

M. Fag-uet n'est guère moins sévère. II trouve, cependant, que dans son poème « encyclopédique, extrêmement diffus, lourdement ennuveux », éclatent « de temps en temps de vraies beautés » (i). Notre reconnaissance pour cette parole de justice nous permet de relire sous la plume de M. Faguet l'inévitable citation de 1' « alouette avec son tire-lire » naturellement suivie de « l'Apollon porte-jour ».

Il est temps de parler de deux études que nous avions, avec intention, réservées à cause de leur très haute importance : L'article Saluste des MM. Haag (2) et la thèse de M. Pellissier (3). Les premiers étudient longuement le poète et, tout en montrant ses défauts^ savent lui rendre justice. Leurs critiques ne diffèrent pas beaucoup de celles que nous avons déjà données, mais l'essai qu'ils ont fait d'une bibliographie des œuvres, malheureusement incomplète, peut rendre des services.

Il nous serait impossible, sans doute, de rendre justice à l'œuvre critique de M. Pellissier en ne donnant que quelques passag"es de sa thèse. Nous ne pouvons cependant poursuivre cette étude sans citer le plus important travail qu'on ait jamais écrit sur notre poète et nous reproduirons son dernier paragraphe : « Cependant, en signalant dans ses œuvres tous les

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