I. Act I, Se. 3, Globe Edition, p
ne pas s'être montré plus sceptique en traduisant le poème français, oublient, non seulement qu'il était tenu comme traducteur de respecter le texte qu'il voulait rendre en anglais, mais aussi que les événements et les découvertes du moment encourageaient singulièrement la crédulité. On venait d'ouvrir à l'imagination des South Seas ofdiscouery. Les Drake, les Frobislier et les Davis étonnaient le pays de leurs récits. Gilbert parlait de la terre comme d'un grand aimant {De Magnete^ 1600). On commençait à dire tout bas que la terre n'était pas le centre de l'Univers. Comment pouvail-on attendre de gens dont l'esprit était bouleversé par de telles préoccupations, un froid scepticisme à l'égard des fables classiques. Celles-ci sont-elles donc beaucoup plus incroyables que les découvertes d'alors, telles qu'elles se présentaient à l'esprit encore peu préparé à les comprendre.
La lutte acharnée que l'Angleterre avait dû livrer, pour décider si elle devrait disparaître complètement de la politique européenne ou, au contraire, prendre sa place parmi les grandes puissances, cette lutte, disons-nous, n'était pas encore oubliée. Si, en ce moment les cœurs anglais battaient moins fort qu'aux temps glorieux d'Elisabeth, le patriotisme était sûrement plus ardent qu'en temps ordinaire. Une génération qui avait grandi dans de tels sentiments, ne pouvait rester insensible au patriotisme très marqué de Sylvester.
Enfin Sylvester avait réussi à présenter l'érudition que caractérise l'oeuvre de Du Bartas, sous une forme
acceptable au grand public. Son livre fut évidemment regardé non seulement comme un livre de récréation, mais aussi comme un ouvrage contenant beaucoup de savoir utile, et pouvant servir à l'instruction des jeunes g-ens Lodge publia :A learned siirnmary upon the famous poenie of Wllliani Lord of Bar tas, wherein are discouered ail (he excellent secrets in Metaphysicall, Physicall, Morall, and Ilistorical knoivledge (i). Ce livre était destiné à l'instruction des jeunes g"ens.
Ces considérations suffisent en ce qui touche le fond ; mais pour ce qui est du style, il est évident que l'œuvre de Du Bartas, soit dans l'original, soit dans la traduction, devait attirer le lecteur de l'époque. Sa phrase poétique, si éloquente et si majestueuse, les mots composés qu'il emploie à profusion — toutes choses que l'on retrouve chez son traducteur — devaient charmer les Ang-lais, qui rêvaient d'exprimertoutes les aspirations de leur activité débordante en une langue nouvelle, adaptée à leurs besoins nouveaux.
D'ailleurs l'œuvre de Du Bartas eût peu à souffrir du fait de sa traduction. Nous examinerons en détail par ailleurs la seule version complète du poème de Du Bartas ; il nous suffira ici de noter que le style de notre auteur — à l'exception de ses efforts pour introduire des mots composés et de son goût pour l'harmonie imitative — demeure somme toute assez simple. Rares sont chez lui ces délicatesses de style si fréquentes chez d'autres qui, lorsqu'on néglige de les traduire, font à l'ouvrage un tort immense.