‹ Du Bartes en AngleterreChapitre 51 sur 234 · I. Voir la bibliographie à la fin de cette étude · texte numérisé non relu

I. Voir la bibliographie à la fin de cette étude

En général, Du Bartas fait des narrations ou des descriptions. Que ses récits fussent fidèlement reproduits et ses descriptions consciencieusement rendues avec la hardiesse de touche qu'il sait leur donner, et de ci de là les petits détails pleins de charme dont il seplait aies égayer, on n'en pouvait demander davantage.

C'est précisément -cette absence de prétention, de minuties de style intraduisibles qui contribuèrent le plus au succès des œuvres de Du Bartas à l'étranger, tout comme elles ont assuré la vogue d'une infinité de prosateurs français de second ordre demeurés obscurs dans leur pays et devenus presque célèbres hors de France.

Le livre de Sylvester, dont le succès, comme on l'a vu, avait été secondé par l'avènement des Puritains, devait être compromis par leur chute. Le Puritanisme ne pouvait durer : lorsque des esprits austères tiennent les rênes du gouvernement, leur joug pèse bientôt à tous ceux dont le seul défaut est d'avoir une conception plus indulgente de la vie. La fermeture des théâtres, la flagellation des acteurs, devaient faire regretter le bon vieux temps de la reine « Bess ». Les muses avaient été chassées d'Oxford et de Cambridge. Cowley, Crashaw, et Cleveland avaient perdu leurs « fellowships » De telles mesures pouvaient, en vérité, plaire aux Puritains que seules les persécutions qu'ils avaient eu à supporter avaient converti au puritanisme : elles n'étaient pas de nature à faire des prosélytes. Déjà avant l'Interrègne, l'esprit railleur s'était

amusé. aux dépens des l^irilains : mais il n'y avait là encore que de simples quolibets de courtisans à l'adresse de gens qui évitaient les plaisirs les plus innocents, qui ne voyaient rien' de ridicule à donner comme prénoms à leurs enfants des phrases de cette longueur : « Let-us-bind-their-kings-in-chains-andtheir-princes-in-fetters-of-iron ». La Restauration fut l'émancipation pour des milliers de personnes. L'esprit, on le sait, eut le dernier mot, mais la lutte avait été âpre et après s'être engagée entre l'esprit et le Puritanisme, se poursuivit bientôt entre l'esprit et la simple moralité. La littérature se fit franchement libertine. L'on comprend aisément dès lors que le milieu nouveau dans lequel elle avait pu se former, ne comportait plus de place pour une lecture telle que celle des Semaines. Celui qui a lu le théâtre de la Restauralion n'aura aucune difficulté à comprendre l'oubli dans lequel est tombé Sylvester.

Nous ne voulons pas d'ailleurs laisser croire que les auteurs dramatiques et les poètes représentaient les meilleurs esprits en Angleterre à cette époque. Les meilleurs se trouvaient probablement à la Société Royale. Or cette société a contribué^ elle aussi, dans un tout autre sens il est vrai, à discréditer la Semaine. La littérature avait compris jusque-là, sans distinction, les belles-lettres, les sciences et la religion. Sous la Restauration la Science n'est plus une œuvre d'imagination, mais d'expérimentation, d'observation et de iugement. La religion ne reste plus aussi étroitement

unie à la littérature- proprement dite, et se confine Ashton 7

dans le domaine spécial de la théologie. La Semaine n'offre qu'une science démodée ; son caractère religieux rebute le lecteur. L'ouvrage ne répond plus au goût du temps.

Ajoutons à ces raisons les progrès accomplis dans le goût littéraire, le contre-coup de l'oubli où était tombé Du Bartas en France, et nous comprendrons suffisamment qu'il n'ait pas survécu davantage en Angleterre. De grands mérites auraient pu le sauver, il est vraij de l'oubli absolu. Le xviii^ siècle aurait pu faire pour son œuvre ce qu'il a fait pour l'œuvre de Milton. On se serait convaincu de la valeur de Du Bartas et on lui eût assuré une place honorable dans la littérature de l'époque. Mais ni l'œuvre du poète, ni la traduction ne possédaient cette valeur qui permet à la postérité de revenir sur les jugements qu'elle a une fois prononcés.

Œuvre et traduction appartiennent à celte catégorie d'ouvrages dont la vogue ne peut s'établir que par le concours de circonstances exceptionnelles. Il y a loin pourtant de ce jugement au verdict trop sommaire, voire même trop simpliste, que l'auteur de l'^f/mÔMr^ Reuiew donne comme conclusion à son article sur Du Bartas : « It would be difficult lo account for such taste (il s'agit du goût des lecteurs de i6o5) did not the absurdities of fashion render every thingconceivable » (i).

I. EdinburghReview,\o\.X\i\l.Eà\nhuTgh, 1825. No LXXXIII, p. 53.

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