‹ Du Bartes en AngleterreChapitre 69 sur 234 · LA TRADUCTION DE SYLVESTER. APERÇU GENERAL · texte numérisé non relu

LA TRADUCTION DE SYLVESTER. APERÇU GENERAL

« His (Sylvester's) reoderin^s are indeed far more of a paraphrase than of a translation ».

M. Thomas Seccombe (Dict. Nat. Biog., Art., Sylvesler).

« Du Bartas had the misfortune to find an Eogiish Translater [Sylvester] who caricatures ail his defects... he overcharges iastead of softening whalever is ridiculous in itself > .

Article dans : Atlic Miscellany. Dec. 1824. F)'a:er's Magazine. Sept. 1842.

« Sylvester caricatura maladroitement les défauts de son modèle ».

M. Phil. Boyer, Poètes français (Grépel).

« Sylveister (sic), en effet semblait avoir pris à tâche de ridiculiser son modèle par des exagérations grotesques... Milton... sut apprécier même à travers une traduction aussi défectueuse tout ce qu'il y avait... de réelle grandeur ».

M. G. Pellissier. La vie et les œuvres de Du Bartas.

L'opinion générale qui ressort des citations ci-dessus, à savoir « que la traduction anglaise des œuvres de Du Bartas fut mal faite » nous paraît assez répandue, et elle nous semble en même temps assez inexacte pour que nous essayions ici de la modifier.

Nous allons étudier l'opinion de M. Seccombe en

nous occupant de la traduction. Voici ce qu'il a dit tout dernièrement de Sylvester :

« One of the most adrnired European poems of the Elizabethan era was the Divine Weeks of Du Bartas, an enormous epic upon the Création (i) (Paris, 1758 and i584) by a very pedestrian Huguenot Milton. Numerous translators sprang- up, but the only one to reap the harvest of a complète version was Joshua. Sylvester, the son of a Medvvay clothier, loho was educnted above Iiis rank and conceived extravagant ambitions as a poet ». Etc. (2).

De la citation de l'excellent travail de M. Pellissier nous ne dirons que fort peu de choses. Nous ne pouvons cependant nous dissimuler que ce jugement semble moins le résultat d'une comparaison attentive de la traduction avec Forii^inal que la reproduction de l'opinion de Philoxène Boyer. Une note (n" 3) en bas de la page 267 nous paraît inspirée par Boyer : d'autres passages de la thèse nous laissent enfin supposer que M. Pellissier ne connaissait pas encore toutes les finesses de la langue anglaise quand il a entrepris son étude. Nous rendons donc Boyer responsable d'une telle appréciation, exprimée d'abord dans les Poètes français de Crêpe t.

1. Et sur l'histoire sainte ; 1 1.669 vers sur ce sujet contre 7. 172 vers sur la création.

2. Seccombe et NicoU. The Bookman III. Hist. of Eiif/. Lit., Lond., 1906, p. [\2. Voir notre biographie sur les parents et sur l'instruction de Sylvester. Nous ne savons pas où il faut chercher les preuves de son ambition extravagante comme poète. C'est nous qui soulignons.

L'inexactitude des faits rapportés par Boyer sur Sjlvester et sur sa traduction ne nous inspire que peu de confiance dans ses jugements. Il dit : « Non content d'encourager la traduction où Sylvester caricatura maladroitement les défauts de son modèle, il (Jac-

ques VI d'Ecosse) se mit lui-même à l'ouvrag'e »

Nous ne comprenons pas que Boyer ail pu faire une comparaison détaillée de la traduction de Sylvester avec l'orig-inal sans se rendre compte que la traduction de Jacques VI lui était bien antérieure, et que, lorsque celui-ci Va faite, il est fort probable qu'il ignorait l'existence de Sylvester (r),

L'auleur de l'article paru dans The Attic Miscellany n'a jugé Sylvester que sur une expression si souvent rappelée qu'on est aussi las de l'entendre que nous le sommes de l'inévitable « alouette avec son tire-lire » de Du Bartas. Nous sommes forcé de la citer encore une fois. « If Du Bartas says of the Creator « De flocs de laine il orna les forêts » (2) Sylvester writes « He perriwig-s with wool the bald-pate woods » ». Le mot est en effet de Sylvester et c'est Dryden qui le premier

1. Voir Sylvester, 1O41, p. 95 (et notre bibliographie). « The Translator hère huinbly veilelh bonnet to the King^'s Majesty : ' who manyyears since (for his Princely exercise) translatée! thèse Furies, the Urania and some other pièces of Du Bartas ». Note en explication des vers « Must hère strike topsail to a Princely Ark ». Etc.

2. Notons en passant que Fauteur ne reproduit pas avec une fidélité bien scrupuleuse le vers qu'il cite ; Du Bartas a écrit, en effet :

« Et que de flocs de laine il orne les forêts ».

s'en est moqué (i) avec raison du reste. L'auteur de l'article aurait mieux fait de ne pas s'en rapporter exclusivement à l'unique exemple cité par Dryden, pour nous présenter dans Sylvester un traducteur qui caricature tous les défauts de Du Bartas. S'il avait pris la peine de lire soigneusement la traduction, il aurait constaté que le même Sylvester, traduisant le même Du Bartas, a rendu dans un autre passage (2) en parlant d'un forêt, « Son chef perruque » par « Her trembling tresses ». Un traducteur qui prendrait plaisir à exagérer et à caricaturer son original aurait servi une image de ce genre ci : « Her perrâvigged poil \ ».

Puisque le critique s'en prend avec tant de véhémence au mol perriwig, il est tout au moins piquant de relever les passages nombreux qui offraient au traducteur une occasion de plus d'employer le mot incriminé, et qu'il a chaque fois dédaigné. Lorsque Du Bartas fail dire à Dieu parlant à la Terre : « Desploye ta perruque » (3), Sylvester traduit : « Let forth thy locks » (4)- Ailleurs (5) « Le perruque- Soleil » est rendu par « Sun's glowing beams » (6). Plus loin encore (7) Sylvester omet de traduire l'épithète « perruque », dont Du Bartas affuble la comète « Qui sur quelque cité, perruque, va dardant une clarté cruelle ».

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