LES INTERPOLATIONS ET LES DIVERGENCES DU TEXTE
La question des interpolations est une des plus importantes que soulève l'étude de Sylvester. Elle nous fait entrer, en effet, plus avant dans la pensée et dans les méthodes de l'auteur. Mais elle est intéressante surtout parce qu'elle touche directçment à la critique dejug'es sévères qui n'ont cessé de reprocher au traducteur d avoir pris trop de libertés avec le texte. Comme nous l'avons déjà vu, le D^ Grosart cite, comme interpolations, des passades de Sylvester qui se trouvent dans le texte français (i). L'erreur est facile à faire pour qui n"a pas une édition de Du Bartas sous les yeux. En effet, dans la plupart des éditions de Sylvester, il y a plusieurs passages mis en italique comme étant des interpolations. Il est presque toujours question de l'Angleterre, c'est
I. Et voir -.Literary Hours or SketchesCritical Xarrative and Poef/ca/ by Nathan Drake. M. D London, 1820. «He lias frequently introduced... a pag'e or two of orig'inal matter » et plus bas : « He bas often taken the liberty of inserting- in various places througboul the poem strictures and observations ».
là l'origine de la mëprise. Si on se reporte au contexte, dans les œuvres de Du Bartas, on trouve que beaucoup des vers cités comme interpolations sont traduits à peu près littéralement, et que la seule différence avec l'orig-inal consiste dans la substitution du mol Angleterre au mot France, du mot Londres au mot Paris et autres changements du même genre.
Nous allons donc montrer que bien des passages marqués par Sylvester comme n'étant pas conformes au texte français n'en diffèrent que très peu et ne sont que des adaptations au goût des lecteurs anglais. Quant aux motifs qui lui ont suggéré ces changements, l'examen le plus superficiel permet de les apprécier. Sylvester a fait les interpolations par raison de patriotisme et dans le but de rendre son œuvre populaire. Si Du Bartas parle de grands hommes (i) Sylvester ajoute les noms de Drake, Candish etCiimberland{2). Est-il question des merveilles de Paris? (3). Londres en a autant (4). Parle-t-on d'une grande ville et de ses beautés ? (5). Londres suffit pour soutenir la comparaison (6)
Quant aux interpolations exigées par le patriotisme de Sylvester, on se demande vraiment ce que pouvait faire le traducteur sous les yeux duquel tombaient ces vers :