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CHAPITRE IV

INFLUENCE DE l' ALIMENTATION , DES SOINS HYGIIÎNIQUES DE LA RACE, DE LA FATIGUE, ETC.

Influence de V alimentation .

Le lait élaboré par les animaux provient, sans aucun doute, d'une manière plus ou moins directe, des aliments qu'ils prennent. Il est donc naturel de supposer que la nature de l'ahmentation exerce une certaine influence sur les qualités du lait (1). En effet, on sait, depuis très-longtemps, que diverses matières alimentaires transmettent au lait la saveur et l'odeur qui les caractérisent. Les plantes alliacées, les crucifères lui communiquent leur odeur propre ; la gratiolele rend purgatif; le tilhymale, acre; l'absinthe le rend amer; la semence d'anis lui donne son odeur ; la garance lui communique une teinte rougeâtre au bout de quelques jours.

1) Dumas, Trailé de chimie, t. VIII, 1846, p. 636 et 637.

Plusieurs substances minérales, le sel marin, l'iodure de potassium, le bicarbonate de soude, les sels de mercure passent dans le lait.

Le lait des animaux soumis à une alimentation végétale ou mixte renferme toujours, mais en proportions variables, les quatre ordres de matières qui font partie des aliments des herbivores, c'est-à-dire les matières albuminoïdes représentées par le caséum, les matières grasses représentées par le beurre, les matières sucrées représentées par le sucre de lait; enfin les sels de diverses natures qui existent dans tous les tissus et dans tous les liquides des animaux.

Le sucre de lait diminue beaucoup dans le lait des animaux carnivores.

Le lait, réduit à ne plus renfermer que des matières albuminoïdes , grasses et salines , avec des traces de lactine , se trouve ainsi ramené à la constitution générale de la viande elle-même.

Cette curieuse observation a été faite par M. Dumas, en opérant sur des chiennes. Voici les expériences à ce sujet.

Le lait d'une chienne nourrie pendant quinze jours à la viande de cheval renfermait :

Beurre 5.15 \

Caséum et sels 15.85 25.13

Matières extraites et sels 4.13 )

Eau 74.97

La même chienne nourrie pendant quinze jours au pain arrose de bouillon gras a fourni un lait qui a donné à l'analyse :

Beurre 3.09 |

Caséum 11.39 18.88

Matières extraites, sucre de lait et sels 4.40 '

Eau 81.12

Au bout de quinze autres jours du même régime de pain et de bouillon gras, le lait de la chienne précédente renfermait :

Beurre 6.84 \

Caséum 12.17 24.05

Matières extraites, sucre de lait et sels 5.04 )

Eau 75.95

Le lait de chienne offre la propriété spéciale de se coaguler par l'ébullition dans son état normal.

Les personnes qui voudront apprécier l'influence de l'alimentation sur la qualité et la quantité du lait devront s'inspirer des belles recherches de MM. Dumas, Boussingault et Payen sur l'engraissement des bestiaux et la formation du lait. (Annales de chimie et de physique ^ 3^ série, t. VIII, page 63.)

Expériences de M. Peligot au sujet de Vinfluence de la nourriture sur la qualité du lait chez les ânesses.

Une ânesse mangeant 18 kilogr. de Carottes par jour a fourni, au bout d'un mois, un lait contenant :

Beurre 1.35 .

Caséum 1.62 8.99

Sucre de lait 6.02 )

Eau 91.01

Le lait de la même ânesse nourrie de Betteraves rouges pendant quinze jours (21 kilogr. par jour) :

Beurre 1.39 \

Caséum 2.33 10.23

Sucre de lait 6.51 )

Eau 89.77

Lait de la même ânesse nourrie, pendant un mois , avec 7 kilogr. d'Avoine concassée et 3 kilogr. de Luzerne sèche :

Beurre . 1.40 \

Caséum 1.55 9.37

Sucre de lait 6.42 )

Eau 90.63

Lait de la même ânesse nourrie , pendant quinze jours avec des Pommes de terre :

Beurre 1.39 \

Caséura 1.20 9.29

Sucre de lait 6.70 *

Eau 90.71

Ce qui semble ressortir de ces expériences, c'est que les Betteraves constituent la nourriture qui convient le mieux pour obtenir un lait riche en principes solides; viennent ensuite le mélange d'Avoine et de Luzerne, puis les Pommes de terre et enfin les Carottes.

M. Peligot a trouvé aussi que plus le lait était riche en matières solides, plus aussi la sécrétion en était abondante. Ainsi, au bout de neuf heures de sevrage, on a retiré :

Après la nourriture avec les Betteraves et après celle qui

se composait d'Avoine et de Luzerne 1.500

Après l'usage des Pommes de terre 1.250

Après l'usage des Carottes 1.000

On doit remarquer combien sont peu étendues les limites des variations que subit le lait sous Tinfluence de régimes si dissemblables en apparence, mais beaucoup plus comparables entre eux, si on a égard aux transformations que subissent dans l'appareil digestif les matériaux qui les composent.

Analyse du lait d'une même femme soumise à différents régimes par F. Simon.

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Ce qui ressort de celte série d'expériences de M. Simon, c'est la forte diminution dans la proportion de la matière grasse sous l'influence des privations (11 novemb. et l^' décemb.) , et , au contraire , l'augmentation du même élément après l'usage d'une nourriture animale abondante ( 10 novemb. et 4 janvier).

On observe aussi qu'il y a une augmentation progressive dans la proportion du caséum à mesure que l'on s'éloigne du moment de l'accouchement , et , au contraire , une diminution dans celle du sucre.

Influence de V alimentation et des écarts de régime sur la lactation, par M. Doyère(I).

Nourrice de quarante-cinq ans nourrissant deux enfants magnifiques ; le sien est âgé de dix-sept mois.

Elle était régulièrement bien nourrie dans les trois premiers jours de chaque semaine; au contraire, dans les quatre jours suivants, elle se trouvait réduite à ne manger que du pain avec des légumes, et en quantité tout au plus suffisante pour apaiser sa faim (2).

Deux analyses de son lait, faites le mardi, ont donné, en moyenne :

Beurre 75.20

Caséine 6.30 j 12 00

Albumine 5.70 j ' ) 162.70

Sucre 74.00

Sels 1.50

Eau 837.30

Composition moyenne de deux échantillons du lait de la même femme pris le samedi, c'est-à-dire le quatrième des jours où elle était mal nourrie.

Beurre 50.90

Caséine 4.10 ) i^^ iq

Albumine 11.00 i '*" ) 138.30

Sucre de lait 70.50

Sels 1.80

Eau 861.70

(1) Doyère, Études du lait., p. 23 et suiv.

(2) Chaque lait analysé était un mélange de trois échantillons pris dans le courant de la journée, deux heures après que l'enfant avait teté.

Le premier jour de Tan, cette femme va chez les parents de son nourrisson; après y avoir bien vécu toute la journée, elle y dîne le soir et sort des bornes de la sobriété. Le lendemain elle était très-fatiguée, et son lait n'offrait plus que la composition suivante :

Beurre 41.00 \

Caséine 2.80 j ^ ^^

Albumioe 3.90 ( *^''"

Sucre et sels 80.00 )

Eau 872.30

Résultats obtenus par MM. Vernois et Becquerel au sujet de V influence de l'alimentation.

Nourrice Nourrice

très-bien nourrie. très-mal nourrie.

Beurre 43.47 \

Gaséum et matières extractives . 37.07 I

Sucre 41.64 j ^^^"^^

Sels 1.33 )

Eau 876.49 .... 895.69

Densité 1031.2 .... 1030.4

Deux circonstances se montrent constantes dans les analyses comparatives de M. Simon , de M. Doyère et de MM. Vernois et Becquerel, c'est la forte diminution du beurre sous Tinfluence d'une mauvaise alimentation, ou à la suite d'excès de table ; cette diminution entraîne ellemême, comme conséquence, l'afTaiblissement dans le poids total des matières solides, les autres éléments étant généralement influencés.

Quant au poids du caséum, qui est relativement plus fort dans toutes les analyses de M. Simon et dans celles de MM. Vernois et Becquerel, cela tient à des différences dans l'exécution de l'analyse, comme nous l'avons dit dans l'article consacré à l'étude des procédés analytiques suivis par 5iivers auteurs.

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