M. BOUSSINGAULT
Une vache bonne laitière, ayant été nourrie pendant vingt et un jours avec du foin à discrétion, en a mangé lO'^jSTO par jour et a fourni 7^,900 de lait également par jour. Le poids de la vache s'est maintenu à 493 kilogr.
Pendant vingt-sept autres jours, à la ration de foin, donnée de même à discrétion, on a ajouté 60 grammes de sel.
La quantité de foin consommée par jour a été de 19^,850, et celle du lait obtenu de 7^930.
Le poids de la vache était, à la fin de Texpérience, de 498 kilogr.
On voit que les différences obtenues quant au lait sont insignifiantes, et que, par conséquent, l'influence du sel a été nulle sous ce rapport.
Nous avons fait exécuter des expériences analogues; 50 grammes de sel seulement , étant ajoutés au régime de chaque jour. Cette addition fut nulle sur la production du lait.
Si la proportion de sel est graduellement élevée et portée à 100 et 120 grammes, si l'alimentation suit une progression proportionnelle et se compose principalement de sons, recoupes, non-seulement la proportion de lait augmente, mais les vaches restent bonnes laitières au delà du terme ordinaire.
Le sel, dans ce cas, agit comme condiment; il contribue aussi à augmenter la soif des animaux.
(1) Boussingault, Ann. de chim. et de phys.y 3" série, t. XXII, 1848, p. 503.
Influence de la castration sur la production du lait.
La castration, c'esl-à-dire l'enlèvement des ovaires, ayant été pratiquée par M. Desbans chez des vaches laitières, dans le but d'en connaître les effets sur le rendement et la durée de la sécrétion du lait, on a vu que celui-ci, loin d'augmenter, offrait, au contraire, une diminution qui coïncidait avec un engraissement proportionnel (1).
M. Charlier, qui parle aussi d'après son observation personnelle, dit, au contraire, qu'après cette opération le rendement en lait est plus que doublé la première année (2).
En présence de deux affirmations aussi complètement opposées, on ne peut qu'attendre le résultat des expériences ultérieures des gens compétents et en mesure de faire de pareilles observations.
Ces contradictions peuvent s'expliquer d'après les prédispositions des races à l'engraissement ou à rester bonnes laitières. Quoi qu'il en soit, M. CharHer exploite maintenant le lait des beuvronnes. Je l'ai analysé une fois, et j'ai trouvé qu'il coïncidait presque exactement avec les moyennes que nous avons données pour le beurre, le caséum et la lactine.
Influence de F âge du lait.
La quantité de lait de vache, sécrétée à partir de l'époque du part, commence par augmenter pendant environ un mois ou six semaines, puis elle diminue graduellement; nous en avons vu un exemple sur le tableau dressé par MM. Boussingault et le Bel, relatif à Finfluence de l'aUmentation (p. 90) ; nous en donnerons plusieurs exemples à l'article du lait de vache.
(1) Desbans, vétérinaire, Journ. des conn. mèd., 2« série, t. V, 1851-52, p. 21.
(2) P. Charlier, même recueil, t. VIII, 1854-55, p. 305.
Quant à la qualité, le lail en vieillissant devient plus riche en parties solides, en même temps que sa quantité diminue, comme nous venons de le voir.
Saison du vêlage.
Elle ne modifie en rien l'abondance de la sécrétion lactée. (Môme tableau de MM. Boussingault et le Bel sur l'influence de l'alimentation, p. 80.)
Influences diverses, soins hygiéniques ; moyen de reconnaître si une vache est bonne laitière.
L'âge de l'animal, la race, les soins hygiéniques, les bons traitements peuvent exercer aussi une influence très-marquée sur la production du lait.
On comprend de quelle importance il serait de pouvoir reconnaître, à la simple inspection, si une vache est ou sera bonne laitière. Un observateur, M. Guenon, peut, dit-on, faire cette distinction, d'après les caractères fournis par une sorte d'écusson qui se trouve vers la vulve; n'ayant rien vu par nous-même à ce sujet, nous ne pouvons rien dire sur la valeur de ce moyen.
M. Jossic place, parmi les signes les plus infaillibles d'une bonne lactation, le développement des mamelles parcourues par des veines nombreuses d'un gros calibre (1).
L'ascendance a aussi une grande importance : une génisse issue d'une mère donnant beaucoup de lait sera elle-même une vache bonne laitière. (Le même.)
(t) Docteur Jossic, Travaux de la Société d'agriculture de Roche fort,
Influence de la fatigue sur la lactation, par A. Chevallier et 0. Henry (1).
L'expérience a été faite sur des ânesses que M. Poinsot avait bien voulu mettre à la disposition des auteurs, et que l'on faisait marcher de manière à les fatiguer excessivement, ce qu'on appelle les surmener.
Lait provenant Lait
d'ânesses d'ânesses
à l'état normal. surmenées.
Beurre 1.10 1.30
Caséum 18.20 11.20
Lactine 60 80 59.00
Sels 3.40 6.10
D'après ce chiffre, l'effet de la fatigue exagérée aurait été d'augmenter légèrement la proportion de matière grasse et de doubler la quantité des sels, tandis que la proportion des autres éléments a diminué.
Un phénomène très-curieux signalé par ces auteurs, c'est que ce lait des ânesses surmenées se coagulait par la seule action de la chaleur.
Influences morales.
L'état moral exerce une influence très-marquée sur la sécrétion du lait : les frayeurs, les excès de joie, la colère, peuvent intervenir d'une manière fâcheuse et, dans certains cas, tarir la sécrétion. C'est surtout chez les femmes que cette cause influe le plus, et que le lait peut acquérir des
(1) Chevallier et 0. Henry, ouv. cité, p. 15.
(2) Mém. cité, p. 9.
(3) Mém. cité, p. 15.
qualités nuisibles pour le nourrisson. On en cite des exemples chez les animaux; mais ils sont beaucoup plus rares (Dumas). Les analyses de MM. Vernois et Becquerel viennent à l'appui de cette opinion, qui est, d'ailleurs, l'expression de la croyance générale. En effet, ces messieurs ont vu, à la suite d'un chagrin profond éprouvé par une nourrice, le lait diminuer de quantité et s'appauvrir beaucoup. La proportion de beurre fut abaissée considérablement : de 23,79 pour 1,000 grammes, elle tomba à 5,14. Le sucre de lait subit aussi une petite diminution (1).
Passage des substances médicamenteuses dans le lait.
Lorsqu'on administre un médicament h un animal qui allaite, très-fréquemment il est possible de constater la présence de ce médicament dans le lait.
Nous avons eu nous-même les occasions de constater la présence, dans le lait, de l'iode, du mercure, du sulfate de quinine après l'administration de ces médicaments. Nous bornerons notre exposition sur ce sujet à ce qui se rapporte à ces trois substances.
Recherche de l'iode dans le lait.
L'existence de l'iode dans le lait à l'état normal a été constatée par M. Chatin (2). D'un autre côté, l'on s'est enquis de savoir si ce métalloïde passait , dans le liquide dont nous parlons, à la suite des préparations iodées administrées à l'intérieur.
Le passage de l'iode dans le lait, sous l'influence de cette médication, a été rendu évident par plusieurs personnes.
(1) Vernois et Becquerel , ouvrage cité, p. 73.
(2) M. Chatin a constaté la présence de l'iode dans le lait à l'état normal; cet auteur fait observer que le lait d'ânrsse on renferme plus que celui de vache.
M. Cantu l'avait observé, depuis longtemps, chez des feniQies qui avaient fait usage de cette substance (1).
Il est curieux de rapprocher ce fait (2) d'une note qui se trouve dans le mémoire de MM. A. Chevallier etO.Henry (3), à savoir, qu'un élève en pharmacie, nommé Guillon , avait annoncé, en 1830, que le lait des vaches qui paissent dans les environs de Libourne contenait quelquefois de Tiode ; et cependant, ajoutait M. Guillon, les prairies de cette localité ne produisent aucune plante dans laquelle on puisse soupçonner la présence de ce métalloïde. Cette observation curieuse, mais isolée et non suivie, ne pouvait que rester sans grande importance tant que d'autres faits du même genre ne viendraient pas lui prêter appui.
M. Peligot, dans ses belles recherches sur le lait d'ânesse (4), fit prendre, pendant dix jours, à un de ces animaux, l8'-,50 d'iodure de potassium par jour ; alors le lait fut recueilli et évaporé. Le résidu , incinéré et repris par l'eau acidulée avec l'acide sulfurique, donna, au moyen de l'eau chargée de colle d'amidon et du chlore, une coloration bleue trèssensible.
MM. A. Chevallier et 0. Henry, en suivant le même procédé que M. Peligot, ont aussi retrouvé de l'iode dans le lait d'ânesse. Ils n'ont pu arriver à cette démonstration qu'autant qu'ils ont administré de fortes doses d'iodure de potassium à l'ânesse (3 grammes par jour). Tant que l'animal n'en prenait que 50 à 60 centigrammes, ces chimistes n'en retrouvaient aucune trace dans le liquide dont nous parlons (5).
(i) Cantu, cité par Busdach , Traite de physiologie, t. VIII, 1837, p. 333.
C2) Chatin, Journ. depharm. et de chim., 1850, t. XVIII, p. 243.
i3) A. "Chevallier et 0. Henry, Mimoive sur le lait, 183U, p. 20, et Journal de chimie médicale et de toxicologie.
(4) Peligot, Composition chimique du lait d'ânesse, fiëpert. de chimie, 1838.
{y. A Chevallier et 0. Henry, Mêm. sur le lait, 18'Î9, p. 25.
Moyens proposés pour constater la présence de liode dans les recherches analytiques.
La recherche de l'iode au milieu des substances organiques étant fort délicate lorsqu'il n'y en a que de très-petites quantités, chaque expérimentateur a tâché de trouver un bon moyen d'y parvenir. La science s'est ainsi trouvée en possession d'un grand nombre de procédés plus ou moins bien appropriés au but. La plupart sont fondés sur la coloration bleue, violette ou pourpre que l'iode produit en se combinant avec l'amidon, caractère qui a été signalé pour la première fois en 1814 par MM. Gaultier de Claubry et Colin (1). Quelques-uns ont pour base d'autres propriétés saillantes de l'iode.
Rappelons ici les principaux.
M. Chatin (2). — Pour être plus sûr de fixer l'iode, l'auteur ajoute aux matières organiques, lorsqu'on doit les incinérer, de la solution de potasse, mais en petite quantité, attendu que, lorsque le résidu brûlé est riche en carbonates alcalins, l'acide carbonique, en se dégageant sous l'influence des acides, peut entraîner l'iode, qui passe alors inaperçu. Lorsqu'il s'agit de mettre l'iode en liberté dans le résidu salin, M. Chatin rejette l'emploi du chlore comme un agent infidèle. Suivant lui, le bioxyde de barium acidulé par l'acide chlorhydrique ou l'acide azotique, quoique plus sûr que le chlore, n'est pas dépourvu d'inconvénient, l'oxygène dégagé faisant passer assez promptement l'iode à l'état d'acide iodidique. L'acide azotique ou l'acide sulfurique et un nitrate sont préférables; maislemoyen que l'auteur placeencore avant ceux-ci est l'emploi de l'acide sulfurique seul, en ayant la précaution de n'en ajouter que fort peu à la fois, afin d'éviter une effervescence trop vive et une trop grande élévation
(1) Journ. de ph. et de clilm. , 18â0, t. XVII , p. 429.
(2) Chatin, Journ. de ph. el dechim., lPr)0, t. WH, p. 428 à 43U.
(le température, deux circonstances qui peuvent entraîner riode et faire que la réaction sur l'amidon ou n'ait pas lieu, ou passe inaperçue.
Finalement voici comment M. Chatin a procédé dans les expériences qui servent de base au mémoire qu'il a lu à l'Académie des sciences, au sujet de la présence de l'iode dans les plantes:
On faisait bouillir, pendant un quart d'heure, les cendres avec quatre fois leur poids d'eau distillée^ on filtrait, puis on disposait le liquide, mélangé de colle d'amidon, dans quatre vertes.
Le premier était additionné d'acide sulfurique ; le second, d'acide nitrique ; le troisième, de nitrate de potasse et d'acide sulfurique ; le quatrième était laissé comme terme de comparaison.
La coloration qui apparaissait était violette ou pourpre, suivant la proportion d'iode.
Comme contre-épreuve, on chauffait le liquide, qui se décolorait.
Ce moyen de déceler l'iode est lellement sensible, que M. Lassaigne, qui ne le place cependant qu'après le chlorure de palladium, estime que l'on peut découvrir ainsi un centmillionième d'iode dans un liquide.
M. Besnou (1). — A l'occasion de la recherche de l'iode dans les eaux, M. Besnou lait observer qu'il n'est pas indifférent de se servir de potasse ou de soude pour fixer ce métalloïde pendant les évaporations; le premier alcali offre bien plus de chances que le second de retenir l'iode. Il faut donc se servir de potasse (0,10 par litre d'eau). De plus, l'auteur ayant remarqué que pendant l'évaporation à l'air libre, et surtout pendant les calcinations au rouge, l'iode pouvait se vaporiser d'une manière plus ou moins complète, il ressort de là que les évaporations et les incinérations doivent, pour plus de sûreté, se faire, autant que possible, à vases clos.
yi) Be-nou, Journ. de ph. el de rhim., 18J3 , t. XXVII , p. 17.
M. Besnou recoiDiiiande de reprendre le résidu salin par un excès d'alcool, puis d'évaporer la solution au bain-mariesans calciner: le nouveau résidu est dissous dans très-peu d'eau, puis additionné de colle d'amidon et d'acide chlorhydrique.
M. E. Marchand emploie, pour mettre l'iode en liberté, dans le résidu salin, de l'acide chlorhjdrique et du chlorate de potasse (1).
M. Grange (2). — M. Grange se sert du procédé de M. Habourdin modifié. Voici comment il conseille d'opérer :
On fait passer, dans la liqueur saline à essayer, du gaz acide hypoazotique pur, sans mélange d'acide azotique, qui décomposerait les bromures qui pourraient s'y trouver; ou bien encore on ajoute, à la solution, de l'azotite de potasse, puis quelques gouttes d'acide hydrochlorique très-dilué. L'iode, s'il en existe, se trouve mis en liberté. On agile alors avec du chloroforme, qui dissout l'iode en se colorant en violet. Ce moyen est très-sensible et permet de reconnaître la présence d'un centième de milligramme d'iodure de potassium dissous dans un gramme d'eau dislillée.
On peut de cette manière, et à l'aide de solutions com[)aratives titrées, doser l'iode; c'est même là le seul moyen de dosage praticable lorsqu'il s'agit de quantités infinitésimales.
Overbeck (3). — On peut modifier le procédé qui précède de la manière suivante : au lieu de recourir plus tard au chloroforme, on met directement, dans la liqueur à essayer, un peu de colle d'amidon, puis on y fait passer du gaz hyponitrique; il se produit immédiatement une couleur bleue, s'il y a de l'iode.
On produit le gaz acide nécessaire pour ces expériences en introduisant, dans un petit ballon, une petite quantité d'amidon avec de l'acide nitrique concentré, et chaulTant doucement sur une lampe à alcool jusqu'à ce qu'il se mani-
[i) K. Marchand , Journ. de ph. cl dechim., 1850, t. XYII, p. 358. (,2) Grange, Journ. de pli. el de chim., 1851, t. XIX, p. 427 a 428. (:\) Journ. de ph. et de rhim., 1853, t. XXIV, p. 72,
feste une vive effervescence. On écarte alors la lampe, et Ton dirige le gaz qui se dégage dans la liqueur que l'on veut essayer.
M. Lassaigne (1). — Cet auteur se sert, pour déceler la présence de l'iode, de bichlorure de palladium. Le résidu salin incinéré qu'il s'agit d'essayer est traité par Feau distillée bouillante et le liquide filtré.
Après le refroidissement, on ajoute une petite quantité du sel ci-dessus. Pour peu qu'il y ait de l'iode, le liquide prend une teinte brunâtre. Après un repos de vingt-quatre à trentesix heures, il se forme un dépôt de flocons bruns au fond du vase : c'est de l'iodure de palladium.
Un peu de ce dépôt, chauffé dans un tube de verre, se décompose, laisse dégager des vapeurs violettes, et il se dépose, dans les parties supérieures du tube, de petites lames ou paillettes d'iode.
L'auteur regarde ce procédé comme le plus sensible de tous. Un autre avantage est d'éviter l'emploi des acides et, par conséquent, d'écarter une chance d'introduction d'iode étranger.
M. de Luca (2). — Ce chimiste a indiqué deux procédés pour déceler la présence de l'iode.
Premier procédé. — Les réactifs nécessaires sont V de l'acide chlorhydrique pur très-étendu (une goutte dans 20 grammes d'eau); une solution d'amidon, récemment préparée, froide et filtrée; de l'acide azotique fumant.
Après avoir versé la solution d'amidon dans le liquide à examiner, on y ajoute un peu de l'eau chargée d'acide chlorhydrique, puis de l'acide azotique. La coloration bleue apparaît aussitôt, et il arrive un moment oii elle devient invariable; aussi ce procédé peut-il, au moyen de solution comparative d'iodure de potassium, servir de moyen de dosage. Deuxième procédé, — Si le liquide supposé contenir de
(I) Lassaigne , Journ. de ph. et de chim.j 1851, t. XIX, p. 428. t'i) De Liua , Journ. de ph. r( de rliim., 185^, t. XXV, p. 20 et 21
l'iodure est alcalin, il est nécessaire de commencer par le neutraliser avec de l'acide azotique faible. Cela fait, on l'introduit dans un tube fermé par un bout, el l'on y verse quelques gouttes de sulfure de carbone ou de chloroforme ; ensuite on ajoute une solution aqueuse de brome trèsétendue, en évitant avec soin d'en mettre en excès. Le brome ne décompose que les iodures, sans toucher aux chlorures ou aux bromures. On agite le mélange; l'iode déplacé se dissout dans le sulfure de carbone ou le chloroforme, qu'il colore en violet plus ou moins foncé , ou en rose, suivant la quantité. Ce procédé permet aussi de doser l'iode au moyen de solutions comparatives et de l'appréciation de la nuance.
M. Kosmann (1) recommande l'acide sulfurique el le papier amidonné pour découvrir l'iode dans le résidu salin des eaux minérales.
En outre, il a eu recours a un autre procédé que voici: une petite quantité du résidu salin est mélangée avec de la chaux délitée sèche et du chlorure mercurique ; le tout est chaufïé dans un tube; il se subhme , dans les parties supérieures et froides, un peu d'iodure mercurique, reconnais sable à sa couleur jaune , puis rouge.
Essai des réactifs (2). — Les moyens que nous venons d'indiquer comportant l'emploi d'acides, de potasse ou de sels, el ces composés pouvant contenir eux-mêmes de l'iode, on comprend la nécessité de commencer par les essayer.
S'il s'agit d'acide nitrique ou d'acide sulfurique, on les étend de leur volume d'eau, puis on chaulTe dans un ballon muni d'un tube conduisant les vapeurs dans une pelile éprouvette contenant de l'eau chargée de colle d'amidon er froide. L'iode, s'il y en a, se dégage avec les premières portions de vapeur et colore l'amidon.
(1) Kosmann , Journ. de pli. et de chim., 1850, t. XVII, p. 43.
(2) Si l'on veut plus de détails à ce sujet , voir un article de !M. Barroswil , Journ. de ph. el de chini., 185:1 , t. XXIV, p. 34().
Pour l'acide chlorhydrique, il est préférable de commencer par le saturer, puis on verse dans le liquide salin de Tacide sulfurique, et l'on dirige les vapeurs dans de l'eau d'amidon absolument comme dans le cas précédent.
Pour essayer la potasse ou le nitrate de celle base, on les dissout dans une petite quantité d'eau, on introduit le liquide dans un petit ballon, et l'on opère comme ci-dessus, et même on pourrait , plus simplement dans ce cas, mettre Tamidon directement dans le liquide à examiner, puis ajouter l'acide, sans se donner la peine de chauffer et de recueillir les vapeurs.
Appréciation de la valeur des procédés. — Notre but, en rapportant ces procédés divers là où il s'agit de recherches si délicates, a élé de mettre chacun à même de choisir le moyen qu'il voudra, suivant la nature des substances à analyser ou les réactifs qu'il a à sa disposition. Dire d'une manière absolue, dans l'état controversé oii se trouve encore la question de la recherche de l'iode, auquel de ces procédés on doit accorder la préférence ne serait certes pas chose facile , chacun des auteurs, en raison, sans doute, de l'habitude qu'il avait de son procédé, ayant tout naturellement placé celui-ci en première ligne, et les expérimentateurs désintéressés qui les ont examinés comparativement ne les ayant pas toujours classés de la même manière. Du reste, telle méthode peut être préférable dans un cas, et telle autre dans un cas différent, suivant la nature des substances sur lesquelles on opère.
Pour nous , lorsque nous avons eu à rechercher l'iode dans un résidu salin, nous nous sommes presque toujours servi d'acide sulfurique et de colle d'amidon, l'un et l'autre mis directement dans la solution saline ; c'est, comme on le voit, le procédé auquel M. Chatin donne la préférence.
L'un des avantages de celte manière de faire est que l'on n'a pas à craindre , comme avec le chlore , l'eau bromée et plusieurs des autres moyens, qu'un excès de réactif détruise
instantanémeDt la couleur bleue et expose, par suite, à ne pas apercevoir celle-ci.
C'est en employant ce moyen que nous avons pu trèsnettement découvrir la présence de l'iode dans 27 grammes de lait de femme qui prenait , chaque jour, 2 grammes d'iodure de potassium.
Recherche du mercure dans le lait.
La manière de constater la présence du mercure dans le lait rentre dans les moyens de rechercher ce métal lorsqu'il est uni aux matières organiques en général.
Bien des tentatives ont été faites à ce sujet. Les travaux les plus remarquables qui s'y rapportent sont ceux de Smithson, d'Orfila, de MM. Flandin et Danger; ceux de M. Personne peuvent passer pour les plus nets.
La pile de Smithson (fil d'étain roulé en spirale autour d'une lame d'or) sembla tout d'abord un appareil aussi simple que sûr pour découvrir le mercure ; mais bientôt Orfila fit voir (1830) à quelles graves erreurs on pourrait être conduit par ce procédé, si l'on se contentait, pour preuve, comme l'avait dit Smithson, du simple blanchiment de l'or. En effet, pour peu que les liquides fussent acides ou simplement chargés de sel marin, l'étain provenant de l'appareil même pouvait être dissous, puis déposé, sur la lame d'or qu'il blanchissait, de manière à faire croire à la présence du mercure.
Orfila recommanda, en conséquence, d'introduire la lame d'or blanchie dans un petit tube courbé et effilé, puis de •chauffer, afin de vaporiser le mercure s'il y en avait, et de le condenser sous forme de gouttelettes.
La recherche du mercure comporte deux ordres de manipulations : r la destruction des matières organiques; 2° la concentration du mercure sous forme de métal ou de sel; il faut y joindre In mise en évidence des propiiétcs du corps cherché.
Procédé de MM. Flandin et Danger (1). — On liquéfie à la température de 100 degrés à peu près les matières animales par le tiers ou la moitié de leur poids d'acide sulfurique concentré; ce qui dure une heure ou deux. On laisse refroidir, et Ton verse, dans la pâte liquide et noire, résultat de la carbonisation, du chlorure de chaux à saturation, en agitant le mélange, dansle but de le blanchir et de ledécolorer; on s'oppose à l'épaississement duliquideau moyen d'un peud'eau distillée. Les quantités d'acide sulfuriquc et de chlorure à employer, sans avoir rien de fixe, s'élèvent quelquefois à 50 gr. de chacun pour 100 gr. de matière organique.
Lorsqu'on s'aperçoit que le liquide qui baigne la matière est entièrement décoloré, on ajoute un peu d'alcool concentré, pour être plus sûr d'atteindre le composé mercuriel; on étend ensuite d'eau distillée, puis on filtre. Si le liquide est abondant, on le concentre à une douce température, pour le soumettre alors à l'action d'un appareil galvanique , disposé comme nous allons le dire.
Le liquide à essayer est placé, dans un verre à expérience, sur un support articulé susceptible de se pencher. Un trèspetit entonnoir, terminé par un tube effilé, est placé à côté et un peu au-dessous de ce verre. Une pile à un seul couple, de Bunsen, ou même une pile ordinaire, munie de deux fils d'or, est disposée de manière que le conducteur électronégatif arrive dans la partie évasée de l'entonnoir, et le conducteur électropositif dans la partie capillaire. Les deux pôles sont rapprochés presque jusqu'à contact. Une petite capsule est placée au-dessous de l'entonnoir.
Ces dispositions prises, on penche le verre de manière à remplir l'entonnoir de liquide; la douille de cet entonnoir doit être effilée assez finement pour que, le fil d'or une fois introduit, l'écoulement ne puisse se faire que goutte à goutte, un intervalle de cinq secondes séparant, autant que possible, chacune de celles-ci.
il) Flandin et Danger, Heine scientifique, 1' série, 1845, t. V, jt. l'v.^
En même temps la pile est mise en mouvement ; aussitôt il s'opère un dégagement de gaz, et bientôt le mercure se dépose sur le fil électropositif et le blanchit.
Une fois l'action épuisée sur tout le liquide, on coupe le fil d'or par tronçons , ou on le roule sur lui-même de manière à pouvoir l'introduire dans un tube courbé, que l'on effile ensuite. On chaufl'e alors; le mercure se volatilise et va se condenser, sous forme de gouttelettes, dans les parties froides du tube , de la même manière qu'Orfila l'avait déjà indiqué pour la pile de Smithson.
Le fait de se volatiliser ainsi et de se condenser sous forme de gouttelettes est déjà une très-grande preuve; on peut y joindre d'autres caractères.
Ainsi, en triturant une petite portion de ces globules avec une parcelle d'iode, et humectant légèrement d'alcool, le mélange devient verdâtre ou jaunâtre; celui-ci, chauffé lentement dans un petit tube courbé et effilé, donne lieu à du biodure de mercure, qui se volatilise et va se condenser dans les parties froides du tube, oij il se fait reconnaître par sa belle couleur rouge.
On peut, en se conformant aux préceptes voulus pour chaque préparation , obtenir de la même manière , c'est-àdire en petit, des traces de cinabre, de sublimé corrosif.
Il faut remarquer, en terminant, que si, pendant le traitement mercuriel, ce métal passe dans le lait, comme l'observation tend à le faire admettre, d'après l'action médicatrice qui se produit sur le nourrisson, ce ne peut être qu'en proportion très-minime, circonstance qui rend la recherche dont nous parlons des plus minutieuses et des plus délicates.
Aussi la plupart des chimistes qui se sont occupés, jusqu'ici, de cette question n'ont-ils pu parvenir à constater la présence du métal cherché. Ainsi M. Peligot n'en a point trouvé dans le lait d'une ânesse qui prenait , par jour, 25 centigrammes de sublimé, ni dans celui d'une chèvre à laquelle on a pu vu donner, sans inconvénient, jusqu'à 60 centigramfnes.
M. Peligot, malgré tout le soïq avec lequel il a opéré, ne se croit cependant pas autorisé à conclure que le mercure ne passe pas dans le lait: il émet la pensée que des procédés plus perfectionnés permettront peut-être, un jour, de constater ce plissage (l).
MM. A. Chevallier et 0. Henry ont expérimenté sur le lait de deux femmes soumises à un traitement mercuriel , et qui prenaient, par jour, l'une, 15 milligrammes d'iodure de mercure; l'autre, 2 centigrammes de sublimé corrosif. Ces chimistes n'ont pas été plus heureux que M. Peligot , et ne sont point parvenus à découvrir le mercure dans le lait (2).
]Nous ne connaissons, jusqu'ici, que deux cas où l'on ait dit avoir constaté le passage du mercure dans le lait chez des sujets subissant un traitement mercuriel.
Dans le premier, il s'agit d'une famille dont les membres sont pris de salivation mercurielle. On s'aperçoit qu'une vache du lait de laquelle ils faisaient usage salivait elle-même. Informations prises alors, on apprend que, peu de jours avant, on avait fait à celle-ci des frictions d'onguent mercuriel pour détruire les tiques qu'elle portait. Son lait analysé, on put y constater la présence du mercure (3).
Quel procédé suivit-on pour faire cette recherche délicate? Quelles précautions prit-on pour se préserver, pendant la traite, du mercure qui pouvait provenir du dehors chez cet animal que l'on avait frictionné avec du mercure? — C'est ce dont on ne dit pas un mot.
Le deuxième cas est relatif à des femmes mises à l'usage de préparations mercurielies , et dans le lait desquelles M. Personne parvint à constater la présence d'une très-petite quantité de mercure (4).
.1) Peligot, Composition chimique du lait cTànesse, Répertoire de chimie, 1838.
(2) A. Chevallier et 0. Heury , Mémoire sur te tait , 1839, p. 20, art. 8.
(3) Ann. dhygiène, 1848 , t. XXXIX, p. 453.
(4> Personne , citation de M. CnUf^ripr . inut tt dr.^ mun, nu d . \\ . 1802, p. 132.
S'étanl assuré qu'une solution aqueuse de sublimé corrosif, soumise à la distillation, laisse perdre du sublimé qui passe avec la \apeur d'eau, M. Personne a pensé que la destruction des malières organiques par l'eau régale, à Taide de la chaleur, était cerlainement une cause suffisante pour faire disparaître la petite quantité de mercure qu'on avait l'intention d'y rechercher.
Il détruisit donc la matière organique par un courant longtemps prolongé de chlore à froid -, puis, la liqueur, privée de l'excès de chlore, est saturée par l'hydrogène sulfuré. Le précipité, obtenu après plusieurs jours de repos, est lavé, séché et décomposé ensuite, en le faisant passer en vapeur, sur de la chaux portée au rouge, dans un tube fermé à une de ses extrémités et effilé à l'autre.
Avecl litre de lait de femme, prenant 5 centigrammes de proloiodure de mercure par jour, depuis quinze jours , il a pu, en opérant ainsi, obtenir assez de mercure pour produire des taches blanches sur une lame d'or, taches disparaissant par la chaleur.
Passage de la quinine dans le lait.
MM. A. Chevallier et 0. Henry, dans leurs expériences sur les ânesses, n'ont pu retrouver de quinine dans le lait de ces animaux , bien qu'ils eussent administré jusqu'à 1 gramme de sulfate de celte base (1).
Un seul chimiste , à notre connaissance, est parvenu à en constater le passage dans le lait, c'est M. Landerer, d'Athènes [2). 11 s'agissait d'une nourrice qui prenait de fortes quantités de sulfale de quinine, et dont le nourrisson refusa alors obstinément de teler. L'analyse du lait ayant été faite, il fut, dit-on, facile d'y constater la présence de la
(1) A. Chevallier et 0. Henry, Mém. sur le lait, 1839, p. 25.
(2) Landerer, Journ. de ph. et de chim., 1847, t. XII, p. 43.
quinine. On n'indique, d'ailleurs, ni la quantité de lait recueillie ni le mode opératoire suivi dans l'analyse.
Une occasion de faire une recherche de ce genre nous a été offerte. Voici le cas dont il s'agit, avec les résultats obtenus:
Femme de trente ans, atteinte d'un ictère simple depuis vingt-trois jours, couchée au n° 10 de la salle Sainte-Marthe, service de M. Briquet (1).
Son lait est maintenant âgé de dix mois; elle aurait pu, dit-on, en fournir trois verres par jour dans les premiers temps ; maintenant elle n'en produirait pas deux.
Un échantillon de ce lait a offert les propriétés suivantes :
Au microscope, globules libres, sans corps étrangers; réaction légèrement alcaline; densité, 1,029,6; degré au lactoscope, 40.
Cette malade ayant pris, le 31 janvier 1851, 0,80, et, le 1*' février, 0,60 de sulfate de quinine, on a recueilli en plusieurs fois, au moyen d'une pompe à lait de M. Charrière, le 1" février, dans le courant de la journée, et le 2, au matin, 57 grammes de lait, offrant la saveur fade, douce et sucrée ordinaire au lait de femme, sans la moindre amertume.
Ces 57 grammes de lait sont additionnés de k vol. d'alcool à 90 centigr., qui précipite les matières caséeuse et butyreuse, que l'on isole par filtration. Le liquide filtré, retenant la lactine et les sels solubles, est évaporé à siccité. Le résidu, finement pulvérisé, est traité par l'alcool à 96 bouillant, qui laisse indissoute la plus grande partie de la lactine et se charge des sels et des matières extractives. On évapore en consistance d'extrait mou, et l'on reprend par de l'eau très-légèrement acidulée par l'acide sulfurique. Le liquide filtré et limpide, réduit, par évaporation, à 1 gramme, et
,1) Cette analyse a été consignée dans le Traité Ihérapeuiique du quinquina de M. Briquet, 1853, p. 224.
qui devait contenir la quinine, s'il en avait passé dans le lait, offre les propriétés suivantes :
Absence du reflet azuré particulier aux sels de quinine ^ saveur saline, non amère ; solution de tanin à 1/10, rien ; iodure de potassium ioduré (1) ; opalinité très-prononcée.
Un seul de ces caractères, celui fourni par l' iodure, semble indiquer une trace de quinine.
Une expérience comparative, faite à ce sujet, nous a fortifié dans cette croyance. Ainsi une solution de sulfate de quinine à 1/15000 , additionnée d'un peu de chlorures sodique et potassique, n'offre plus de reflet azuré ni de saveur amère lorsqu'on la goûte en gouttes ^ elle ne précipite pas avec la solution de tanin récente , mais devient opaline parl'iodure de potassium ioduré; ce sont donc exactement les mêmes réactions que ci-dessus.
Ceci me fait regarder comme très-probable qu'il était passé, en effet, une trace de quinine dans le lait examiné.
D'un autre côté, cette expérience montre que , dans ces sortes de recherches, pour avoir chance d'arriver à une conclusion précise, il faut pouvoir opérer sur 200 grammes de liquide.
Or l'état de la malade dont il s'agit n'ayant plus exigé l'usage du sulfate de quinine, et, du reste, son lait ayant bientôt tari , nous avons dû nous cont^3nter des 57 grammes d'abord recueillis pour faire notre expérience ; aussi ne sommes-nous arrivé qu'à une conclusion dubitative. Nous nous sommes, d'ailleurs, assuré que la matière grasse du lait ne retenait pas d'alcaloïde (2).
(1) 4 gr. iode, 16 gr. iodure de potassium, 500 gr. eau. (Réactif de M. Bouchardat pour la recherche des alcaloïdes.)
(2) Pendant l'usage du sulfate de quinine et en même temps que le lait était recueilli , les urines de la malade accusaient, d'une manière évidente, la présence de l'alcaloïde par l'iodure de potassium ioduré.