XXXIV PRÉFACE
A ces raisons grammaticales, et autres encore que je crois inutile de rapporter, Saumaise ajoute les considérations que voici (1) :
Qu'on cesse de s'étonner qu'un intérêt si modique ait été consacré dans un code de lois empreint d'une grande rudesse, et destiné à un peuple pauvre et sans commerce. C'est précisément parce que ni le négoce ni la navigation ne pouvaient venir au secours des emprunteurs que ceux-ci étaient obligés d'avoir recours aux riches. Or, qu'était-ce que ces riches? Des chevaliers, des sénateurs. Car le cens et la fortune fai aient les grands dignitaires de Rome. Mais plus étaient grands les honneurs dontces hommes étaient revêtus, plus il était digne de leur caractère d'être faciles envers les pauvres. C'est par cette raison qu'on voit, sous les empereurs, les lois défendre aux sénateurs de prêtera intérêt-^ c'est par cette raison que Justinien ne permet aux personnes illustres qu'un intérêt beaucoup moindre que l'intérêt ordinaire. Partant donc de cette idée , les tribuns du peuple, dont la mission était de protéger la classe pauvre contre les abus des riches et la puissance des patriciens, firent passerdes lois qui, par la modicité de l'usure, concilièrent la dignité des nobles avec es besoins du peuple.
|i Tel est le système de Saumaise. Le grand nombre d'opinions qui sont venues s'y grouper ne m'empêche pas de le trouver insoutenable.
Et d'abord, il n'est pas besoin de grands efforts pour démontrer que ce tableau touchant de la ten-
(i) Defœnore trapezUico^ Préface^ p. 74 et 75.
rr.Ki.vcF. XXXV
dresse des patriciens pour les pauvres plébéiens n'est qu'une création fantastique , réduite à rien pnr toute l'histoire des cinq premiers siècles de Rome, ^^ous citerons les faits, et Ton verra le démenti qu'ils donnent ci Saumaise.
Mais, avant tout, arrêtons-nous à son argumentation, que j'ai appelée grammaticale; recherchonsen la valeur.
Une première observation se présente : c'est que cette nomenclature, dont nous sommes bien loin, du reste, de contester l'authenticité, n'appartient pas à l'époque de la loi des douze tables ; elle date des temps postérieurs, et il n'y a pas un seul témoignage d'où l'on puisse conclure qu'elle fut connue du temps des décemvirs.
Cette nomenclature , comme on l'a déjà remarqué, prend pour le chiffre solennel du capital prêté le nombre 100 ; mais c'est là une habitude grecque, qui ne saurait trouver sa place et avoir soîi explication dans l'état primitif de la société romaine. Qu'à Athènes le nombre 100 ait été choisi comme type de ce capital, on le comprend à merveille, puisque la monnaie altique la plus usitée était la mine d'argent, laquelle valait 100 drachmes. La mine se présentait donc naturellement pour servir de base au compte des intérêts. Mais à Rome, où il n'y avait pas encore de pièce d'argent , où la monnaie usitée était l'as de cuivre valant 12 onces, on ne voit pas par quelle coïncidence singulière avec les coutumes grecques le nombre 100 se serait offert aux calculateurs comme représentant du capital productif. II est évident que les Romains ont dû faire la même opération que les Grecs, en l'appliquant à des nom-