‹ Du prêtsChapitre 18 sur 183 · XLIV PREFACE · texte numérisé non relu

XLIV PREFACE

le débiteur succombait sous la puissance écrasante de l'intérêt accumulé.

Cette conversion annuelle de l'intérêt en un capital s'appelait versura. Je ne discuterai pas si, comme le veut Paul Diacre, abréviateur de Festus (1), et après lui Cujas (2) , le sens propre de versura est l'opération par laquelle un débiteur , ne pouvant payer capital et intérêts à son créancier, va prendre à intérêt chez un tiers la somme nécessaire pour échapper aux poursuites; ou bien, si la versura était tout simplement une conversion forcée et de plein droit du capital et des intérêts échus en une nouvelle dette productive (3) . Quelle que soit , de ces deux interprétations , celle qui est la plus exacte , il reste toujours certain que la versura comprenait implicitement la rude obligation de l'intérêt par le seul fait de l'échéance , et que cette obligation devait nécessairement amener dans un court

(O Au mot Versura.

« Fersuram facere, mntuam pecuniam sumere, ex eo dic- » tum est quod initio, qui mutuahantur ex aliis, non ut do- » mum ferrent, sed ut aliis solverent^ vel ut verterent dcbito- » rem. »

(2) Quœst. papin.., lib. 2, sur la 1. 1 D., De usuris :

« Alia fraus est yebsuka, ut si suinas ab aliquo pecuniam >' sub usuris, quâ alii solvas usuras débitas, non possis,palàm » eidem credifori usuras usurarnm dependere. Sed nisi lex >• prospiceret, eas clàm creditori tuo dcpendcns, duni sumeres >' abuno pecuniam sub usuris, quâ solvercs usuras aliis débitas. »• Est igilur vKnsuiiA mulunla pecuniasuh usuris, quâ dissol- » vebantur usurœ aliis debitœ. »

(3) M. Kiebuhr, t. 2, p. 384, professe celte opinion ; puis, au t. 5, p. 3 1 , il donne à versura le sens de P. Diacre et de Cujas.

rP.KFACE. XLV

espace de temps tous les malheurs que la dette non payée ap|)clait chez les Romains sur la tête du débiteur obéré (1).

Après l'invasion des Gaulois et le siège de Rome, le peuple se trouva épuisé par les dépenses de reconstruction de la ville (2) et par la réi)aration de ses propres désastres (3). Aussi les dettes ne tardèrent pas à revenir à Tordre du jour (û.) , et la querelle, envenimée par Manlius, prit le même caractère de violence qu'avant les douze tables. Un centurion, connu par ses exploits, ayant été adjugé comme insolvable (5) , Manlius accourt , il accuse l'orgueil des patriciens, la cruauté des créanciers (6) : « Non , je ne souffrirai pas, moi, le sauveur du Capitole , qu'un de mes frèresd'armes soit traité comme un prisonnier des Gaulois et traîné dans

(1) Plutarque, dans son traité de morale intitulé : Qu'il ne faut pas emprunter à usure, dit très bien, n» 21 : « Ceux qui ne font » que clianger de l^anque et que faire transcrire leur nom du pr.- » pier d'un usurieren celui d'un autre, sechargeans toujours les » espaules , et s'embrouillans de nouvelles usures, deviennent » toujours de plus en plus chargés. » (Trad. d'Arnyot , t. 14, p. 385.)

(2) Exhaustatn impensis (Tite-Live, VI, 5).

(3) Nieb.,t. 4, p. 394.

(4) « Acriores quippè œris alieni stimulos esse , qui 7ion eges- » tatem modo algue ignominiam minentur, sed nervo et vincu- » lis corpus liberum territent. «(Paroles de Manlius, Tite-Live XI, 6.)

(5) Judicalum pecuniœ, quum duci vidisset (Tite-Lire, VI,

(6] Desuperbiâpatriim ac crudelitate fœneratorum.

Page 1