XLVIII PREFACE
promise (1). Décimée par les addic lions , la population libre décroissait ; elle abandonnait les élections, et la faction patricienne put se croire un moment maîtresse de l'État (2).
Mais lorsqu'un droit ébranle la propriété et atteint la liberté des masses , il ne lui sert de rien d'être fondé sur la loi. La politique l'enlève aux tribunaux et la révolte en exige le sacrifice. Deux tribuns se présentèrent donc pour relever le peuple de son abattement, C. Licinius Stolon et L. Sextius. Les dettes devinrent leur champ de bataille (3), et leurs célèbres rogations donnèrent aux plébéiens, outre le consulat plébéien et le partage des terres , la diminution des dettes (/l). H fut décidé qu'on imputerait sur le sort principal les intérêts perçus et que le paiement du surplus se ferait sans intérêt en trois paiements annuels (5). Dans les séditions de Rome, on voit sans cesse la détresse des particuliers donner naissance à la liberté politique. Les dettes valurent aux plébéiens le tribunat ; 117 ans plus
(t) Pœtia in vicemfidei cesserai. [Id.)
(2) /fZ., VI, 34. Son tableau est très intéressant. Junge^]. Niebuhr, t. 4, p. 418.
(3) An placeret , disaient-ils, fœnore circumventara plebeni potiùs quàm sorte creditum solvat, corpus in nervum ac supplicia dare , et gregatim quotidiè de Joro addictos duci, et repleri vinctis nobiles domos ? et ubicumqiie patrieius babitat , ibi carcerem privatum esse? .Tite-Live, VI, 36.)
(4) V. dans M. Niebuhr l'histoire des rogations licinienn es et leur conclusion, t. 5, p. I a 43.
(5) Tite-Live, VI, 35.
Montesquieu, liv. 22, ch. 22.
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tard (en 388) , les dettes leur ouvrirent le chemin du consulat. Machiavel a bien raison de soutenir que la désunion des patriciens et du peuple fut la première cause de la liberté romaine (1).
Un historien, peu versé dans ces matières, a prétendu que la loi licinienne ne faisait que la déduction des intérêts excessifs (2). Il n'y a pas dans les discours des tribuns un seul mot d'où l'on puisse conclure que l'élévation des intérêts fut une contravention à l'usure oncière établie par les douze tables. Au contraire , Appius , l'adversaire des rogations liciniennes , Appius , l'homme du droit strict et de la loi écrite , reproche aux tribuns de donner au peuple l'argent d'autrui et d'abolir la foi publique, fondement de la société humaine (o).
Il faut le reconnaître: la loi licinienne fut une banqueroute. M. Xiebuhr (4) , tout en l'avouant, a cherché à en atténuer la portée. Je ne goûte pas ses raisons. La suite prouva en effet que la mesure était mauvaise. Car, comme rien n'élève le prix de l'argent autant que l'incertitude dans les engagements, les patriciens, voyant le crédit ébranlé par les lois nouvelles, firent payer par des intérêts plus forts la chance des capitaux engagés dans les prêts. On s'écarta du taux fixé par les douze tables et jus-
(l) lo dico che coloro che dannano i tumulti fra i nobili et la plèbe, mi par che biasimino quelle cose che furono prima cagioue di tenere libéra Roma [Disc, lib. 1, capit. 4).
(2y Vertot, t. 2, p. 268.
(3) Pecunias aliénas dono dant...Jidem abroyari^cum quâ omnis Inimana societas tollilur ^Tile-Live, YI, 41).