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PRÉFACE. LXXI

blique et de rétablir la vieille amende des lois des douze tables. Asellio fut assassiné !!

C'était, du reste, une entreprise assez maladroite que de choisir l'une des époques les plus orageuses et les plus critiques de la république, pour fixer à 5 p. 100 le taux de l'arj^ent, si élevé partout ailleurs. L'on sortait à peine de l'invasion des Cinibres et des Teutons et de la guerre sociale, pour entrer en pleine guerre civile!! Asellio était un imprudent, et son entreprise devait avorter. La liberté des usures continua à Rome, sans autre frein que la conci^rrence des capitaux. Le taux de l'argent y subit toutes les variations de la disette ou de l'abondanct du numéraire et des accidents de la politique extérieure ou intérieure. Rome était le centre des alfaires du monde civilisé, et toute crise politique y faisait éclater une crise commerciale. D'un autre côté, tout se vendait à Rome, justice, suffrages, honneurs publics. Oh! que Jugurtha, le barbare, l'avait bien connue lorsqu'il s'écria: 0 urbcm venalem! Quand arrivaient les élections , et que la brigue avait besoin d'emprunter pour corrompre , l'argent devenait cher; les capitalistes le mettaient à très haut prix. En 699, l'élection des tribuns fut l'occasion d'une brigue sans égale. Le parti de César, qui portait IMemmius et Domitius contre Scaurus , le candidat de Pompée, promettait jusqu'à dix millions de sesterces à la première centurie. Qu'arriva-t-il? C'est qu'en vingt-quatre heures l'intérêt monta du double, de /ià8 p. 100 (1).

{^l]C\cer. adQuint.,^, 15 (cdit. Panck. , t. 19, p. 208.) :Âm-

LXXII TRIiFACE.

Il est probable cependant que les magistrats revêtus de la prèture, dont le pouvoir était exercé avec tant de modération et d'équité , durent très souvent ramener les stipulations usuraires au taux de la centésime. Pourquoi, en elTet, les prêteurs de la ville n'auraient-ils pas fait ce que nous voyons pratiqué par la sagesse des gouverneurs de la province (1)?

Enfin, en 703, unsénatusconsultedécidaquelesintérêts ne dépasseraient pas un centième par mois, ou 12 p. cent par an. « SenatuscotisiiUum modo facliim est, in crediloriim causa, ut amU's'unw pcrpcluo fœnore duccrentur (2). K Depuis celte époque, le 12 pour cent par an sans anatocisme (3) resta le taux légal. 11 survécut auxdernières guerres civiles, et aux crises financières par lesquelles passa la fortune publique^ au milieu des orages de la politique et des fautes de l'administration [k). Nous le trouvons en vigueur sous Néron (5),

hitus redit immanis-, ininquam fuit par. Idus quint, (aux ides de juillet). I''œniis fuit bessibus extriente. Il écrit ainsi à Atticus, IV, 15 (édit. Panck., t. 19, p. 2i4). « Jrdetambitus ; »> fœniis ex triente idib. quint., factum erat bessibus. » (i) Noodt, De fœnore, lib. 2, c. 4.

(2) Giicr., V, 21, ad yfltic. (édit Pinnk., t. 20, p. 278).

(3) Cicer., V, ad y4ttic., epist. nlt., 6, 2. Modest., 1. 27 D,, De rejudicat.

Uip., 1. 2r,, § 1, D., Decondict. indcbit.

Diocl.. I. 20 C, Ex quib. cuiisis infam. [4] V. César, De bello civil i, III, i ;

Tacite, VI Annal., IG.

((5) Sencf., VII, Debcnef.^ lo.

iMiKi \ci:. lAxiir

sous Trajan (1), du temps du jurisconsulte Paul (2) et sous Dioclétien (5). Les citoyens lionnèles et modérés se contentaient d'un moindre intérêt. Antonin-le- Pieux et Alexandre Sévère ne placèrent qu'au taux de A pour cent {li). Mais, quelque dure que fût la centésime, ainsi que tous les jurisconsultes contemporains en conviennent (5), quelque sanglante qu'elle parût aux philosophes (6), d'avides usuriers ne la trouvaient pas suffisante (7). La nouvelle constitution de la société avait fait entrer dans les rangs de la population aisée des hommes nés de l'esclavage, aussi ardents dans le gain que ridicules dans les jouissances qu'ils en tiraient. Après s'être enrichis par le négoce et la navigation , ils se reposaient dans une insolente et grossière oisiveté , et vivaient du produit de leurs terres et de leurs fonds placés à intérêts (8). Hommes sans mœurs et sans conscience, ils prêtaient à grosse usure, surtout à leurs

(1 Pline, Episf., X, 62.

Il faut voir l'interprétation de ce texte dans Saumaise , De modo 2isurar.^ p. 269.

(2) L. 4 0 D., De reb. crédit.

Sent., iib. 2, t. 14, § 2.

(3) L. 8 C, Si cert, petat.

(4) Capitol., C. 2.

Lamprid., c. 21.

(5) Ulp., I. 7, § 8, D., Deadm. tutor.';

Tryph., 1. 54 D., De adm. tutor. ; Et 1. 38 D., De negot. gest.

(6) Senec, £>e 6e«p/., VII, 10: Quid snnt cf vénale tcmpiis et sanguinolentœ ccntesimœ ? Junge, episf. 1 18.

(7) Horace, ï, satyr. 2.

Juvénal, 9, V. 7.

(8) Pélr., Satyr. , 37,9.

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