‹ Du prêtsChapitre 4 sur 183 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

facilité de la navigation dans ces parages. De là vient que l'argent, se portant de préférence dans cette direction, était rare pour le commerce de terre et pour l'agriculture. C'est pourquoi l'usure terrestre montait très haut , et ne s'éloignait pas de beaucoup de l'usure maritime. Ainsi , par exemple , tandis que l'usure maritime était au cours moyen de 20 p. 100, l'usure terrestre était de 20 p. 120 (1).

Cet excès dans les usures, bien que fréquent dans les cités grecques , était cependant condamné par lopinion publique et par les sages (2). Aristote plaçait au dernier rang de la production économique les fruits de l'argent prêté, et ce fut, en général, le sentiment de l'antiquité.

Au reste, il ne parait pas que les usures aient fait naître dans la Grèce les agitations politiques quibien j tôt se présenteront à nous quand nous examinerons l'état de la question chez les Romains. La raison en est, sans doute, que la grande majorité des emprunteurs, étant adonnée au commerce, trouvait dans les bénéfices du négoce la compensation de ses charges. C'est surtout quand le prêt est fait à l'agriculture ou aux particuliers vivant de leur revenu, que les rigueurs de l'usure sont mortelles. Mais quand l'emprunteur est aidé par l'exercice d'une profession lucrative, il lui est plus facile de vaincre la rapidité de ce courant terrible.

(1) Saumaise, De modo usur., ch. 6, p. 22J, 225.

(2) Arist., iii/rà^ n" 334.

Demosth. inPanthœ., p. 994.

Anacharsis^ ch. 55.

rRÉFACE. xr

Les Grecs rapportaient au nombre 100, pris comme lype du sort principal prèle , le calcul des intérêts. Le motif en est simple : la pièce de monnaie d'argent la plus en usage chez eux était la mine, ou livre attique, qui valait 100 drachmes (1) ; on supposait donc qu'un capital d'une mine ou de 100 drachmes avait été prêté, et, par un calcul facile, on en déduisait les fractions représentatives des intérêts. Ce calcul se faisait par mois (2). Quand on disait à Athènes 1 drachme pour cent, cela ne voulait pas dire 1 p. 100 par an, mais 1 p. 100 par mois; le calcul à tant par an n'était pas usité. A la fin du mois, on réglait les comptes d'intérêt. C'est à cet usage qu'Aristophane fait allusion quand il met en scène, dans une de ses comédies, un débiteur quifait des vœux pour que la lune soit emprisonnée et enchaînée ; car tant que cette courrière des mois ne paraîtra pas, il ne devra rien (3) ! ! !

Venons à Rome. De sérieuses difficultés nous y retiendront plus longtemps.

Dans l'origine, les Romains ne connaissaient que les usures terrestres. Avant les premières guerres puniques, ils ne fréquentaient quêteurs rivages {li), et leur première excursion maritime sérieuse date de la conquête de la Sicile sur les Carthaginois (5) . Jusque-là, le commerce avait été restreint à Rome

(1) Saumaise, Demodo usur.^ p. 229.

(3) Godefroy cite ce trait sur la loi 41 D., De reb. crédit.

(4) Saumaise, De modo vstir., p. 225.

(5) M. Michdot, Hist. rom.^t. 1, p. 2U4.

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