CIV PRÉFACE
et le fils de Dieu commande : Prêtez à ceux de qui vous n espérez de rien recevoir (1).
Après avoir montré ce progrès de la morale chrétienne sur la morale ancienne , saint Jérôme insiste pour en ordonner la pratique. Cependant , pas plus que saint Ambroise il ne nomme positivement la loi ci\ ile. Mais sa pensée perce à travers les réticences ; elle n'a pas besoin de dire ce que tout le monde comprend. On se rappelle, en effet, que Constantin avait réglé à 50 pour cent l'intérêt des choses fongibles : 1 boisseau pour deux prêtés. Ceux qui croyaient bien faire se contentaient de la moitié de ce profit, espérant que cette modération les mettrait en paix avec l'Église. Mais ils se trompent et saint Jérôme ne consent à leur rien accorder :
« On exerce dans les campagnes, dit-il, les usures »du froment et du millet, du vin, de l'huile, et » d'autres espèces. . . . Par exemple, on donne 10 bois- » seaux en hiver, et au temps de la moisson on en » reçoit 15, la moitié plus. Ceux qui veulent passer » pour plus équitables se contentent de prendre le » quart en sus au lieu de la moitié, et voici leur ) raisonnement : J'ai donné un boisseau de grain, » lequel ayant été semé en a produit 10. N'est-il pas «juste que je prenne la moitié de la moitié, ou le » quart d'un boisseau, puisque celui à qui j'ai prêté »a 9 boisseaux et demi pour lui, par mon bienfait? »Ne vous trompez pas! dit l'apôtre; on ne se joue » pas impunément de Dieu. Qu'un de ces prêteurs «charitables veuille bien répondre à cette question:
(I) lil Ezcch.^C. 18.
TRÉFACE. CV
» Avez-voiis prêté ù celui qui avait ou à celui qui n'a- » vaitpas? S'il avait, pourquoi lui prêter? S'il n'avait «pas, pourquoi lui en demandez-vous davantage, )) comme s'il avait (I) ? »
Pendant que saint Jérôme tenait à Rome ce langage, inspiré par ses communications avec les Pères d'Orienl, saint Augustin (2) répandait dans l'Église d'Afrique les mêmes préventions contre les usures (3). Il veut que les fidèles restituent ces richesses d'iniquité ( mammona m'uiuitatîs ) {h) acquises par ce moyen exécrable (5). — Puis, dans une de ses Épîtres, il pose la question de savoir ce qu'il faut penser des usures autorisées par les lois et les jugements; question que ses sermons ne touchent pas d'une manière aussi directe et aussi liardie. » Ce sont des biens mal acquis, dit-
(1) In Ezech., c. 18 : « Soient in agris friimenti et milii, vini
et olei , cseterarumque specierunn usuree cxigi YerL)i gratiâ,
ut byeiiiis lenipore demus decem moilios, et in messe recipianius quindecim, lioe est, ampliùs partem mediam. Qui justissimum se putaverit, quartam plus accipiet portionem; et soient argiimentari ac dicere : Dedi uniim modium, qui, satus , fecit decem modios. rs'onne justum est, ut médium modium de modio plus accipiam, cum ille meâ liberalitate novem et semis, de meo habeat? Nolite errare, inquit apostolus ; Deus non irridatur. Respondeat enim breviterfœnerator misericors : Utrùm babenti dederit, aut non babenti? Si babenti, utique dare non dcbuerat. Sed dédit quasi non babenti. Ergo quarè plus exigit quasi ab habente?»
(2) JNé en Afrique en 3.5 4, sous Constnnce ; évêque d'Hippone en 395 ; mort en 4 30. '
(3) De verbis dom.^ sermo 35.
(4) Loc. cit.
(5) DetestabilejOdiosum, cxsccmndum [inPsalm. 36}.