PRÉFACE. CLI
Toutefois, au milieu des hardiesses du protestantisme et de la misère publique dont furent accompagnées les guerres de religion, le prêt à intérêt se l)ropageait dans certaines provinces du ressort du parlement de Paris, et bravait la sévérité de ce corps judiciaire, plus attaché que tous les autres aux doctrines des canonistes et aux ordonnances des rois sur le fait des usures (1). Le commerce étant anéanti dans ces provinces appauvries et désolées , comment les malheureux habitants auraient-ils pu échapper à la détresse si le prêt à intérêt n'était venu à leur secours? On ne fit donc pas difficulté d'y prêter et emprunter de l'argent sur simples obligations personnelles portant intérêt au denier 12 ou au denier 16. Mais , plus tard , des débiteurs , mauvais payeurs (2) et de mauvaise foi, firent traduire leurs créanciers devant les tribunaux pour faire imputer sur le sort principal les intérêts acquittés, et obtenir la restitution de ce qui aurait été payé en plus. Cette tentative jeta FelTroi dans ces provinces. Les meilleures familles, les corps de ville et les communautés avaient fait de ces prêts ; les tuteurs avaient même été autorisés par justice à faire fructifier ainsi les fonds de leurs pupilles (3) ; la fortune de beaucoup de veuves, de mineurs, d'honorables personnes étrangères au commerce et qui n'avaient fait que
(1) Sur sa jurisprudence, v. Louct , lettre I , snm. 8.
(2) Expression ('es ord. dTTcnri IV du 17 février IfiOô et 14 mars IGOG, enregistrées ;ui parlement.