‹ Du prêtsChapitre 65 sur 183 · CLX PRÉFACE · texte numérisé non relu

CLX PRÉFACE

juristes hollandais et allemands (1) se constituaient les défenseurs du prêt à intérêt ; tandis que le parlement du duché souverain de Lorraine supprimait comme entachée d'abus une condamnation prononcée par l'évêque de Toul contre un écrit favorable à la légitimité du prêt à intérêt (2) , nos interprètes du droit civil les plus accrédités , les plus dignes de l'être, Pothler surtout, et le parlement de Paris (3), en étaient toujours à se faire l'écho des préventions surannées du moyen âge. Pothier, cœur honnête et sincère , se laissa aller à l'illusion d'une théorie qui lui semblait mettre sa raison d'accord avec la loi civile et le précepte religieux. Il lui prêta l'appui de son autorité , et suppléa à l'absence d'arguments nouveaux par la clarté, la facilité, l'habile enchaînement des déductions (4). Mais déjà depuis près d'un siècle le fond de tout ce dogmatisme avait vieilli. Qui pouvait croire , à part quelques élus dégagés des réalités du monde , à la stérilité de l'argent et à l'impossibilité de vendre le temps? L'art de Pothier était-il assez puissant pour rajeunir ces pauvretés de la scolastique?

(l' Noodt, par exemple^ Dcfœnore.

Voet, De reb. crédit.

(2; lnfrà,n° 342.

(3) Arrêt de règlement du parlement de Paris du 10 janvier

(4) Il s'applique surtout à réfuter le Traité de la pratique des billets etduprét d'argent entre les négociants, par un docteur en théologie, publié à Mons en 1684, ouvrage qui fit beaucoup de bruit, et le Traité des prêts de commerce, par un docteur dr la faculté de théologie de Paris, imprimé à Lille en 1738.

rRKlACE. CLXI

Montesquieu, placé à un autre horizon que Pothier, ne s'y laissa pas tromper. Nul mieux que cette haute intelligence ne pouvait comprendre l'état de la société moderne, où la richesse mobilière, devenue la rivale et presque l'égale de la richesse territoriale, demandait sa liberté d'action pour venir au secours de tous les besoins et pour ajouter une production nouvelle aux sources trop restreintes de la fécondité économique. Toutefois il n'osa pas aborder de front la question du moment. Il savait que son livre, tout brillant d'un génie merveilleux, tout palpitant des problèmes sociaux les plus hardis , allait susciter l'envie et la haine d'ennemis puissants (1). Par dévouement pour ses idées, Montesquieu voulut donc être réservé sans cesser d'être vrai. Laissant à l'écart le présent et ses périls , il remonta haut dans l'histoire, et accueillit, avec plus d'à-propos que de saine critique, le rêve des érudits sur la suppression du prêt à intérêt chez les Piomains. L'analogie était heureuse. Le procès fait au passé retombait de tout son poids sur l'époque contemporaine. Il faut lire les conclusions de Montesquieu : deux mots lui suffisent; mais ces deux mots sont décisifs :

« Les lois extrêmes dans le bien font naître les »maux extrêmes (2). Il fallut payer pour le prêt )) d'argent et pour le danger des peines de la loi. Ce- »lui-làpaie moins, dit LIpien , qui paie plus tard. » C'est ce principe qui conduisit les législateurs après »la destruction de la république romaine (3). »

(t) V. sa défense de VEsprit des lois. (2) Liv. 2-2, ch. 21.

{3j.Liv. 22, cil. -22.

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