CIIAI». VI. — DES GOUTTEUX
ciellomonl. On ;i d'abord ol (ont naliircllcmont tenté de développer la goutte pai' le régime fortement alhumineux, el il y a plus de (rente ans Lehman soutenait que ce régime devait augmenter à la l'ois l'urée et l'acide urique ; cet acide était représenté par 1,02 sous riiifliience des végétaux, et par 1,17 à la suite de Talimentation animaliséc. Mais personne n'a pu vérilier ces assertions.
Un autre procédé expérimental consiste à empêcher la production de l'acide urique ; c'est par l'exercice musculaire. — Au repos, d'après Ritter, un homme fournit 0,08 d'acide, après quatre heures de marche, seulement 0,G8, ce qui semble prouver que la musculation active les combustions, augmente l'urée et diminue d'autant l'acide urique. Mais tous les faits sont là pour démontrer que la musculation n'active nullement la production de l'urée, et que par conséquent elle ne saurait diminuer l'acide urique aux dépens d'un excès d'urée. Il n'y a donc pas de sous-oxydation.
Un troisième procédé plus ingénieux consiste à vérifier la destmée de l'acide urique introduit dans les organes, et soumis ainsi aux combustions dans l'organisme. Frerichs et Wôliler ont institué cette fameuse expérience; ils administrent à un chien de l'acide urique qui va se transformer en acide oxalique ou oxalurique, en allantoïne, et parliellement en urée. Il semblait donc que la question était jugée, et qu'il suffit d'oxyder l'acide urique pour en faire de l'urée. Mais il est à noter que jamais en pareil cas l'acide urique ne se détruit entièrement ; il en reste dans les urines, et la fonction urique n'est nullement éteinte.
On voit, d'après ces tentatives, que sur les mammifères il est impossible de réaliser une goutte artificielle. En présence de ces difficultés, on a cherché à la reproduire sur les animaux qui fabriquent habituellement de l'acide urique au lieu
COMMENT ON DEVIENT GOUTTEUX. Âi'J
d'urée; ou a expériiuonté sur les oiseaux. — (Les serpents l'oruient de m«MTie Facidc uiique.)
oiMciiiiv ■•('iiiiiiM iiHcôiiiiqiicM. — I]oussin^aul( alimenle des canards avec du cascuui, ou du la ^n''laline, ou de la iibi'ine, ou de la viande, el il trouve au lieu de 0,27 d'acide uricjue éliminé en vingt-quatre heures, Ténorme cliilTre de 10,55 à 18,01. — Les oiseaux développent de l'acide urique à l'aide des aliments azotés, comme nous formons l'urée.
On a tenté ensuite d'accumuler l'acide urique et les iirates dans les tissus de l'oiseau en liant les canaux excréteurs de Turine, les uretères. On voit alors les urates appaïaître dans la lymphe, puis dans le sang, puis des dépôts uratiques se l'aire dans les organes périphériques; l'oiseau devient donc uricémique, mais il ne le devient pas ; il l'est toujours et naturellement; par cela môme, il ne saurait ôtre comparé à l'homme, qui n'a que des traces d'acide urique dans le sang, et ne devient goutteux que quand il a, non })as accumulé l'acide dans le sang-, mais l'orme plus d'acide urique ({u'à l'élat normal; la comparaison expérimentale est donc erronnée, mais elle prouve la permanence et l'exclusivisme de la fonction dans certaines espèces.
§ 7. — Coniiiiciit on devient ^ouUeux
De longues et antiques discussions ont été soulevées pour surprendre le secret de la formation de la goutte. Pourquoi recommencer ces légendes? pourquoi amoindrir ainsi nos grands observateurs comme Sydenham, qui faisant son propre portrait, décrivit admirablement la goutte, et linil en disant : « Après avoir examiné avec toute l'attention possible les divers phénomènes de la «goutte, il me paraît que cette cause est un dc/aut décoction dans toutes les humeurs par la faiblesse des solides. » Pourquoi avec Harthez, parler « d'une
4r.o c.iiAi'. \i. - i>i:s (;oi]TTKi:x.
(lisposilioii pMrliciilirrc i\{\ la coiislilulion à juodiiiic un rlal s|i»'cirK|U(' ^oullciix dans les solidf^s rA les Iiuiikîiiis .) ? |*()ui(jii(>i avec Stalil (Hii n'était pas un Inirnoiislo invcrih;!' nti éUtl pdiliculier de lout le syslùnie, ou avec CuUeii, Vaffcciion des premières puissances motrices?
Nous avons cessé depuis lon^^lcnips de nous émerveiller sur celle phraséologie vide de sens, et depuis moins de temps sur les hypothèses modernes de Scudamore, «pii lout en nous h\issant le meilleur livre sui- la «goutte, nous ;i léi^ué aussi l'état de pléthore comme cause véritahlc de la ijoutte. La <»enèse de la goutte n'entra dans le domaine scientifique que le jour où Scheele découvrit l'acide urique (1778), où Wollaston montra la véritahle constitution, la nature uratique des dépôts tophacés des jointures, où Murray Forhes se demanda formellement si la goutte ne reconnaîtrait pas pouf cause l'excès d'acide urique dans le sang. — C'est à Garrod qu'est due cette démonstration ; il constata l'acide urique en excès dans le sang, et quand il ne pouvait pas opérer sur le sang-, il le retrouva dans la sérosité d'un vésicatoire appliqué près ou loin de l'articulation. Il montra ensuite l'urate de soude comme caractère constant de toute inllammation goutteuse, de sorte que pour Garrod l'acide urique est la cause prochaine de la goutte, comme sa cristallisation dans les cartilages et ligaments articulaires est la cause prochaine de l'attaque. Celle-ci se produit chaque fois que l'acide urique ne s'élimine pas suffisamment par les urines, c'est-à-dire chaque fois que le rein devient imperméable ; mais qu'est-ce qui démontre cette insuflisance d'action du rein? c'est là le point faible de la théorie, car s'il est vrai que les reins sont souvent affectés dans la goutte chronique, ils ne le sont pas dans la période initiale; à ce moment les tubes urinifères sont libres. A ce moment on peut bien trouver une fois sur trois de la gravelle qui, après avoir
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encombré CCS tubes, sort liiiali'iiiciil sons l'ornu^ de s.'iblc ou (le j^TJiviers iiii([iics; mais alors loin (rcntr.ivcr rclimiiiatioa de Tacide urifiuc,elle jonil, en lanl <jnc ^M-avclle i)i'cj,mnttcuse, du lripl(3 avanta}^c de cbarrier un (îxcès (Tacide urique, de dépurer le sang- et d'éviter ainsi le dé|)ol du produit morbide sur les articulations. — D'api'ès cela comment f'Inder la difliculté? comment comprendre cet engorgement initial du rein et l'élimination insuffisante de l'acide urique, son accumulation dans le sang, puis sa déposition dans les articulations? Il faudra naturellement faire intervenir l'insoluljilité relative de l'acide urique.
Mais cette question ne se posera qu'ajjrès la solution du problème fondamental primitif qui porte sur l'origine réelle et sui- le mode craugmentalion de l'acide urique. — Dès le moment (|u'il est impossible d'admettre une rétention par fermeture ou insuffisance des voies rénales, force est de conclure à la surproduction de cet acide. C'est là-dessus (jue porte le litige.
Deux opinions sont désormais en présence et soutenues par des lutteurs aussi énergiqiies que sagaces.
1" .Nutrition ralentie. — L'uuc cousistc d admettre uuc nutrition incomplète des tissus de l'organisme, une métamorpliose insuffisante des substances azotées qui nous alimentent. Au lieu d'arriver à la formation de Furée qui est le dernier terme de la destruction moléculaire des matières albumineuses ou carnées, la combustion s'arrête à mi-cliemin et ne donne lieu qu'à la formation de l'acide uri({ne ou bien encore de son congénère l'acide oxalique dans le sang des goutteux; ces produits indiquent une nutrition imparfaite, ralentie ; c'est là le mécanisme indi([ué on 180.") par l^iMiei^ Jones, et en 1807 par Heneke, qui ajoute un troisième éh'ment à la série des indices de nutrition retardante, la production exagérée de pliospbales terreux, ce qui est contredit par Stokwis. C'est