Vi Cil M'. M. — 1>KS r.OUTTEi:X
siiihuil à iMUicliard (jiroii doit r;ii-;^iim('iil;il ion la plus scrr('i; cl les icrliciclics les plus pI•('(•is(!^ sur h's artcs (l(''l'ecLucux (le la uuliil ion. Sous \c iioiu de iiiiliiliou ralentie, il compi'end louL un «^roupi^ de maladies, dont il ('labliL la parenté morbide par leurs roïncidences ou leurs alternances, et dont il fixe Tori^ine eomnmne dans le retard de la nutrition.
Parmi ces maladies similaires fii^uicnl la goutte, Tohésité, le diabète; le l»ouII('u\, dit Bouchard, bi'ùle mal la graisse, il devient obèse, ce qui est loin d'être la règle ; le goutteux brûle mal le sucre, il devient diabétique, ce qui, d'après son aveu, est tout à fait exceptionnel; enfin il brûle mal la substance azotée; c'est là le nœud de la question. S'il n'est pas lui-même obèse ou diabétique, il n'en a pas moins d'analogie ou de parenté avec les autres membres de la famille en retard. C'est l'hérédité qui sert de lien ; ainsi si ce n'est pas lui c'est son père qui est diabétique. Mais laissons là les antécédents du goutteux et parlons de lui-même, surtout de sa faculté d'enrayer les échanges nutritifs. 11 se peut, en effet, qu'à un certain moment de son existence, et par suite de conditions hygiéniques nouvelles, il ne parvienne plus à comburer complètement les espèces chimiques albuminofibrineuses qui font partie de notre corps et de notre régime ; s'il use d'une alimentation fortement azotée, s'il abuse des viandes, la métamorphose de ces aliments s'arrêtant à la première étape, c'est-à-dire à la formation de l'acide urique, il aura fait de l'acide urique au lieu de faire de l'urée ; de cette façon il sei-a devenu uricémique.
Puis pour avoir les accès de goutte il suffira d'un défaut d'alcalinité dans le sang ou de la présence d'autres acides dans ce sang pour rendre l'acide urique moins soluble, et le forcer pour ainsi dire à se déposer sous la forme cristalline d'acide urique ou d'urate de soude dans les tissus arti-
TiiKonii: ni: ix nutrition vicif:K. iô3
culairos; voilà Tacccs do i^oiittc oxpli({uc comme la goutte elle-même.
De noîiihrciises objections ont rlr failes à la théorie de la sous-oxydation ; Robertson fait cette remarque importante (jue si l'oxydation incomplète était la cause prochaine de la goutte, la maladie devrait se produire chaque fois que l'alimentation étant trop riche en carbone, une Ibrte proportion d'oxygène est nécessaire à son assimilation dans Torganisme. Les paysans d'Iilande qui se nourrissent de pommes de terre, ceux d'Ecosse qui vivent de gâteaux d'orge, de beui're et de soupes aux légumes frais, devraient se trouver dans les conditions d'une forte oxygénation pour la combustion de l'excès de carl)one alimentaire; or la goutte n'existe pas dans ces pays. C'est précisément la condition inverse, c'està-dire l'excès d'aliments azotés, qui est généralement accusée comme la cause de la goutte.
Garrod lui-même a formulé récemment (Rev. de médecine^ 188 î-) des arguments péremptoires contre la théorie des sous-oxydations. Il fait remarquer que l'oiseau qui absorbe l'oxygène à j)leins poumons et jusque dans les cavités osseuses, fait de l'acide urique et non de l'urée. Cazeneuve a démontré de son coté que l'oxygène pur respiré par une buse n'augmenle nullement le rapport de l'acide uricjue à l'urée. Garrod fait avaler à un animal des urates et l'acide urique n'augmente pas dans les urines. — Pour toutes ces raisons on peut conclure ([ue la formation de l'acide urique n'est pas, au point de vue de l'oxydation, en état d'infériorité relativement à l'urée.
2° OxyiliKion ox.i*çôrôc ou nu<ri«ion ^iciôo. Cc qui iVappC,
en elTet, chez les goutteux de piofession avant même l'accès, c'est un chinVe excessif de l'urée dans les urines; or, l'urée représente le dernier terme de la combustion des matières azotées; il y a donc une augmentation cons-
4r,i (MAI'. VI. — DES OOUTTtUX.
l;inli', mil' usure cxci.'ssiNc (1(3 rr^ iii.ih'ii.iiix ; LocoitIk'' Tii |»r(iiiv<'' sur lui-uKuuc. Il va, eu oulic, (Taiu (3S Ziicl/cr, un»au"iiiiMilali(Ui ^\^'> suhsIaiK es alcalines (polasst; ou diaux). Or, cel accroissciuciil {\i'^ alcalins est <!*;^alciiicnl en rapport avec Texcès {\i'< niulalions orj>aniques; mais, liatons-nous (Tajoulcr (jue CCS ('cliani^es iTiol<''cnlaii'es ainsi acliv(''s iTiiu- [iliiiucn! pas la suroxygijnalion ; celle-ci n'existe pas j)lu> (pie roxY(lali(jn iiuparlaite; c'est la iiuliilion fjui est forcéCy el lion rahsoi'plion d'oxygène.
Pettenkofler et Voit ont (b'moniré, en cfTet, que chaque lois (pi'on l'ait usage d'une alimenlalion trop azol(3e, on absoibe une plus grande quantité d'oxygène, et celle-ci est suffisante pour brûler entièrement les compos(''S albiiminoïdcs, et les transformer en urée sans s'arrêter h la formation des degrés intermédiaires comme l'acide urique. Il s'établit une sorte d'accommodation entre l'alimentation albuminoïde et la proportion d'oxygène absorbé. Il n'est pas nécessaire d'invoquer une suroxygénation pour expliquer ce qui se passe en pareil cas. L'urée monte de son chiffre normal qui est de 23 par litre d'urine, à 60 et même 80 en proportion exacte des aliments albuminoïdes ingérés. Que devient, pendant ce temps, l'acide urique? Son chiffre normal est de 0^''',50 à 0-'",80 pari 000 grammes d'urine. Sous l'influence d'un régime fortement azoté, c'est à peine s'il augmente de iO ou 20 centigrammes; la formation de l'acide urique est donc, jusqu'à un certain point, indépendante de l'azote consommé et de l'oxygène absorbé; elle reste à peu près immuable. Mais il y a cette différence entre l'urée et l'acide urique, c'est que l'urée passe par les urines, el que l'autre, s'éliminant en petite quantité, doit naturellement augmenter dans le sang ou dans les tissus; il doit y avoir une uricémie ou une imprégnation urique des éléments de l'organisme.
Tiii^:oiin; de la nutrition vicièk. 455
Voici maintcnîint un autre gonrc d'alimentation rpii est |)liis aj)te encore à favoriser la loi ination de ruiicéinie.
L'alimentation, en eiïet, la plus préjudiciable et la plus propre à développer la goutte, est une alimenlation azotée a bondan le, comhinèc avec le sucre, la L^élatine, la^uraisse; en pareil cas, l'absorption d'oxygène étant normale, ces substances additionnelles accaparent, pour leur propre compte, une certaine quantité d'oxygène qui devait augmenter les combustions, et par conséquent la formation de Turée, en proportion des aliments albuminoïdes ingérés. — Tous les aliments non azotés ont pour fonction d'empêcber, jusqu'à un certain point, l'usure des tissus corporels; ce sont des aliments d'épargne pour l'organisme. Ainsi, dans ces conditions, les albuminates restent, jusqu'à un certain point, intacts; la nourriture azotée et mélangée profite outre mesure; il y a un excès de nutrition, sans qu'il y ait cependant un excès d'oxydation. En effet, l'urée ne varie plus dans la même proportion ([ue par ralimenlalion trop exclusivement albumino-fibrineuse, et l'acide urique continue à se former et à rester immuable.
Comment se fait donc l'uricémie, c'est-à-dire la goutte? L'acide urique s'élimine par les urines en quantité faible et presque toujours à peu près égale; mais quelle que soit son augmentation, il se trouve toujours accompagné par des produits de dénutrition analogues. La fonction urique reste intacte ou elle augmente, et sa plus légère excitation se traduit par l'uricémie, c'est-à-dire par la goutte.
Je sais bien que cette manière de comprendre l'uricémii^ est tablée sur des infiniment petits, et que la quantité ellemême d'acide urique dans le sang et dans les urines est toujours très restreinte, comparée à celle de l'urée. Mais son action nocive commence dès qu'il cesse d'être soluble, et c'est ce qui a lieu auand l'alcalinité du sang est amoindrie,
4M ClUr. \l. - DKS (.(H ITKlîX.
(Irs (jii'cllc est I roiihli'c |i;ir l;i loriii.il i(»ii (r.iiilics acide? or^;mi([ii('s, ((•iiiiiic racidc ()x;ili(|ii(; ou (t\;iliiii<|iio, coiiiiiKi l'.icidc l.i(li([ii(', cl CM oulrc |»;ir la (lcsintc<»i'ali()ii ilc^ jdiosplialcs cl siiHales (jiii entrent dims la coiiiposiliori di' uns tissus. Ce (pli le juoiivc, c'est l'aciih.' pli()splK)ri(pic et siilfuri(ine (pi! s(i troiiveiil dans les produits de la di'composilion des albuiiiinatcs.
Voici une dernière preuve de rimmulabilih; de la fonction uri(pie, et cette preuve que nous avons à peine indifpiée est décisive.
Injectez de l'acide urique dans le sang' d'un cliien, cet acide se transforme partiellement en urce (Freridis et Wohler); mais comment se fait-il que l'animal continue à éliminer encore de l'acide urique comme auparavant? Pourquoi reste-t-il de l'acide urique dans les urines et n'y a-l-il pas transformation totale en urée? La réponse est celleci : c'est que la fonction urique, qui appartient à tous les tissus, peut-être plus à certains organes comme la rate et le foie, resie normale et irréductible, qu'elle est favorisée par un régime riche en azote et graisse, et par le développement d'autres acides qui lui enlèvent sa solubilité.
L'uricémie est donc dépendante de l'alimentation, mais indépendante de l'oxygénation. — On a bien dit qu'elle est souvent le résultat d'un défaut d'exercice ou d'un défaut d'air, et que par des exercices musculaires ou par la vie au grand air, on favorise l'entrée de l'oxygène dans le sang, par conséquent, la combustion complète des principes albuminoïdeset la transformation de l'acide urique en urée. Mais on sait l'influence absolument négative de l'action musculaire sur la formation de l'urée, et plus encore sur le développement de l'acide urique.
Je me résume en disant que l'uricémie est une question de chimie biologique et d'hygiène alimentaire. On devient goût-
IRAITEMKM AIJ>iK:<TAIRE DES GOUTTEUX. 167
teux, aljslraclion l'aile de riiéiédih', pai' trois raisons : l' la jiropriété des tissus ou des cellulrs vivanh.'S de foiTiier do l'acide iiii(jiM', e'est-à-dire la fonclioii iiii(iiie est déviée de son Ivpe iioniial ; (•(! n'est pas la iiiilrilioii qui e>L (li'cliiit' ni augmentée, c'est toute la l'onction chimique de l'acide urifjue, (pii, avec ses préliminaires et avec loiile la série progressive des transformations xanthiques, se trouve dél'ectueuse, viciée ; 4" Talimeniation albumino-graisseusc seit de su])Stratum à ces produclionsanoi maies ; sans cette circonstance, le trouble chimique ne saurait que difficilement s'exercer; S° une fois l'acide urique foimé, i\ peut, ne trouvant pas de dissolvant, se déposer dans les tissus articulaires ou dans les organes internes.
§ 8. — TraKciiiciit aliiiiciitnirc tics g4»ut(ciix en g^éiiérnl. — Trailciiieiit ilcs goutteux articulaires
Ce n'est pas sans de sérieux motifs que nous avons si longuement discuté la genèse de la goutte, et si minutieusement exposé ses diverses localisations, ses divers types. — Le traitement et surtout le traitement alimentaire se ressentira nécessairement de la manière de com})rcndre l'uricémie. Or nous croyons avoir prouvé qu'elle ne réside pas dans un arrêt ou retard de la nutrition, qu'elle ne résulte pas (rune décomposition des matières azotées, qu'elle ne dépend pas de l'insuffisance de Toxydation ou de l'oxygène absorbé, qu'enfin elle reconnaît pour condition et non pour cause un excès d'alimentation albumineuse, surtout mêlée de graisse.
Parmi ses véritables causes, l'une est maniable, l'autre ne l'est pas; nous ne pouvons rien sur l'hérédité qui domine toute la situation, tant qu'il ne s'agit i)as de la femme qu'on sait être exempte de la goutte véritable; nous pouvons beaucoup sur la cause tangible, c'est-à-dire sur l'ali-
458 CIIAI". VI. I»l s (iorTTKl'X.
iiiciiliirKtii ; l;i |tlii> l'àclii'iisc r<\ celle (jiii coiisi.sle dans un excès (I iiliiiieiils ;r/.()|(''s et e(>iiil)iiit''s avec dos aliiiieiils doiil la IniKiion e,s| <!(' diniiinici' riisiiic i\('s alhiiininales, je \eii\ |iailei- {\c^ piV-paialioiis •:éla(inoiis(3S, prassf3S ou sucrées; c'esl celle conihiiiaisoii (jiii esl le V('iilal)le rnotij'de la fioutte, c'esl-à-dire de la prédominance relative de Taeidc iiii(jue dans le san^'. Les snhsiances alhuniineuscs se brûlent coniplèlenienl jiis(jn'à Ibriner de Turée en proportion de la (piaiilih' (ralliiiiiiinates; mais siinnltam'inenl il se lait de l'acide uriiiue et d'autres acides; fini iTest pas éliminé proportionnellement, il reste dans le sani; (,'t les tissus; en même temps il se forme d'autres acides de décomposition qui empêchent sa solubilité; voilà l'uricémie.
On peut éviter cette alimentation si richement dotée et en même temps si largement économe de nos pertes corporelles, en en changeant la teneur. On peut ainsi, d'après l'opinion générale, en éviter les inconvénients par l'exercice musculaire qui active l'absorption d'oxygène, et par cela même brûle tous les aliments jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'à les réduire en urée et acide carbonique. Mais nous savons que la quantité d'oxygène absorbée est toujours adaptée à celle des aliments albumineux, que nous ne manquons pas d'oxygène pour achever cette combustion des éléments azotés, et que par conséquent l'oxygénation surabondante est au moins inutile. — Ce qui est éminemment utile et pratique, c'est la transformation du régime uricémique en régime antigoutteux.
La première idée qui surgit dans l'esprit du médecin physiologiste, c'est de réduire la quantité excessive en quantité nécessaire, et en effet toutes les combinaisons les plus logiques, les mélanges alimentaires les mieux compris échoueront devant les abus de table; un adulte est suffisamment nourri quand il prend journellement 120 grammes de
TnAlTEMKM ALIMtNTAIKt: OKS (.OUTTEL'X. 459
principes azotés })i'ovonaiil <lii double de viande, (juaiid il consoinnie 70 grammes de graisse et 2r)0 giammes (fliydralc de eai'boiK; lournis par ijUO grammes d(3 substances féculentes ou sucrées.
Après avoir rationné, nous devons ciioisii' et fixei- le ri'*gime en sens inverse de celui qui a ét<3 et qui coiiliiine à être si nuisible au goutteux. — En songeant aux méfaits réels ou suj)posés de la viande, on est tenté d'en suppiimer l'usage, et cette inlcr(iiction qui a été prali(piée n'a pas manqué d'être périlleuse; puis on a préconisé la parcimonie en proscrivant la viande de l'un des repas; puis on a la il la i>ueri'c aux viandes dites noires, à la cliaii" de bœuf ou de mouton, la seule qui soit décidément nutritive, et les malades ont été voués au régime blanc composé de veau et de volaille, qui renferment i-elativement moins de sang-, un peu moins de i)rincipes musculaires, mais beaucoup plus de gélatine, dont nous avons (b'Jà condamné l'usage, parce qu'elle constilue un moyen d'épargne.
Régime do rôcuicM nzotée.x. — Par la craintc du régime carné blanc ou noir, on est arrivé au végétarisme; mais lequel? il y a une diète végétale qui peut remplacer complètement la viande; il en est une aulre qui u'esl qu'un moyen déguisé de satisfaire l'appétit du goutteux, et qui mène forcément à la diminution de sa vitalité. Une troisième combinaison, c'est le régime végétal avec une ration modérée de viande ou de poisson qui ne soit pas gras. Il est des aliments du régime végétal qui contiennent exactement les mêmes piincipes albumineux que la viande, que les œufs, que le lait; il entre dans leur composition de l'albumine ou de la caséine dite végétale ou qui ne diffère en rien des espèces albumineuses d'origine animale; c'est ce qui a lieu pour les légumes secs, tels que lentilles, liaricots, pois, pour les pales farineuses comme le macaroni ou pour
IGO CIIAi». M. - DKS (.01 TTKLX.
le ]t;iiii liii-iiieiiH'; loules ces substances coiilionnciil (rajjics Bonssin^aiill, (le :2 1 à ûi\ pour 1(10 di' pi iiiripos azolrs. Il rsl M'iii (11' tliii' (pic poil)- a\nii' la (piolih; siillisaiih; dalliiiiiiiiialcs, il laiil m niriiic Iciiips coiisoiiiiiicr une (hjse coiisi(l('ral)lc de Irculc (40 à AH ]>. 10(1), (jui esl ('ll<'-m(MU(3 reuri'iiii(''C dans des cnvcloppc^s de (■ellul()S(; diilicilc à [h]n('li('r,dirii(ile à di^('i'ci'. Voroscliiloll', apr(js des rocJicrclKis inhMcssantes, croil n(}anmoins pouvoir icuiplacer les viandes par les lentilles. Sans doule la viande est ulilis(je bien plus com}»l(jtement, et au maxinium il se perd 10 pour 100 de substances azotées de la viande ]iai- les ^aide-robes, tandis ([ue le maximum des déperditions azotées est de 17 pour 100 par l'usage des lentilles; il en résulte robli£»ation d'en prendre une quantité assez considérable, ainsi 340 grammes pour remplacer 200 grammes de cliair musculaire. Une pareille dose de fécule, tout azotée qu'elle soit, présenterait pour le goutteux l'inconvénient de l'engraissement à bref délai; aussi la meilleure combinaison consisterait à réduire la viande à 100 grammes avec 170 grammes de légumes secs. Régime hiM-bacé et carne. — Un autrc régime végétarien bien plus rationnel et plus pratique doit graduellement être prescrit concuremment avec une ration modérée de viande; ce sont les végétaux frais et les fruits qui remplacent le mieux les aliments azotés dont les goutteux font abus, surtout s'ils sont gros mangeurs. Les légumes verts et les fruits, lorsqu'ils sont consommés abondamment, possèdent l'avantage de communiquer aux urines une réaction alcaline qui facilite la dissolution de l'acide urique; je ne fais que mentionner un autre avantage ; en raison de leur faible teneur en substance organique ils ne sauraient favoriser la transformation ou le dépôt de graisse; les végétaux frais constituent surtout une véritable diète alcaline. Chaque fois donc que l'uricémie se montre ou se produit, et surtout chez ceux
TRAITKMKNT ALI.MKNTAIllE DES GOUTTEUX. 401
(jiii (Mil une vie sédcnLaii'O on une alinif.'iilalioii {io[) nvlut en principes azotés^ la dièh; en iNÎalih'; alcaline est de lâgueur, soit poui* diniinuei- racidit»'; (\r> iii-incs, soit pour empêcher la rornialion excessive des acides de dcconiposition {\e^ ali)nininates, soit pour nculialiser ces acid(îs. — Les aliments (jui atlci^ncnt le mieux le but indicpn' son', les pommes de terre, à caus(3 de leur teneur considéralji»^ en nitrate de potasse, qui dans l'organisme se transforme en bicarbonate de potasse; puis des fruits crus, des feuilles et des racines, c'est-à-dire les salades, le cresson, les radis, les raves, les épinards, qui contiennent tous des cUrales ou d(3s malales de potasse.
Boussingault a depuis longtemps pratiqué une analyse exacte des différents légumes au point de vue de leur composition en sels de potasse : — les épinards en conliennent 4^''", 5 pour 100; les pommes de terre 3'J',2; les navets 3", 7, les clioux 2^',() et la chicorée P\l . — Les sels potassiques remplissent un triple rôle; ils complètent la nourriture minérale, et par cela même améliorent la constitution des muscles et des globules sanguins qui comporte toujours une certaine quantité de potasse; d'une autre part, les sels de ce genre agissent comme (liun'ti({ucs et s't'diminent par les reins bien plus facilement que les sels de soude; c'est môme ce (pii a fait pendant longtemps en Angleterre la fortune des liqueurs ou solutions de potasse; enfin ils forment en partie de l'urate de potasse (pii est plus soluble (jiie l'urate de soude et par cela même se lixe moins dans Torganisme (Kisch, in Real Enri/clopcdie^ p. 5). Notons une exce[)tion relative à Toxalate de potasse qui se trouve dans l'oseille et les tomates; l'acide oxali({ue (pii ressemble chimiquement à l'acide urique et l'accompagne souvent comme produit d'une combustion incomplète doit ètr(^ proscrit; il en résulterait une oxalurie. — Il en est de même de l'as-
\{\i (IIAI'. \I. — DIS (.01 Ill.l \.
|i;ir;iL:iiit', (|iii favorise siiiL:iili(''iciiiiiii, lu Innuahoii de Ta- «idc iiri(iii('.
Voilà la hase des deux genres <lc r(';-:inios, qui con\i<'niKMil ruii aux ^oulleux qui iToiii pas à ci-aindrc rciiihoiipoiut, rauli'c aux jj;oult(Mi\ (pii son! dans la [x^iodo d'accahnie. Il esL iinporlaiil, dans ruiic cl Taiilic condition, (jU(,' le goutlonx ne soit j)as voué à un n'iiiine exrlusir, à un végétarisme rigoureux. La conihinaison, avec une (juanlili' mo- (léi('c de viaudt;, est incluclahlc, sans ((uoi il est exposé à un certain degré de débililalion, qui ne lui permelliail pas do résislt'i' aux accès de goutte arlicnlaire dont il est plus menacé que jamais; la maladie, chez un homme alTaihIi, ne manciuerait pas de passer à l'état chroni([uc (Senator).
Nous n'avons encore que pos(3 les indications fondamentales du régime légèrement azoté et fortement végétal. Il s'agit maintenant de savoir ce qu'on peut ou ce qu'on doit y ajouter, ne serait-ce que pour rompre la monotonie si i)réjudiciable de ces repas univo({ucs. Les i)roliibitions viendront ai)rès.
i.nit. — Que produisent le lait et la graisse? Sans parler de la cure de lait que nous réservons pour les cas graves de goutte chronique généralisée, nous considérons le lait, à doses modérées (un litre par jour), comme un excellent moyen de suppléer au régime carné; c'est un diurétique, c'est un alcalin faible, et, à ce double titre, il facilite ou l'élimination ou la dissolution de l'acide urique; mais il contient aussi de l'acide lactique qui est préjudiciable, comme le dit Gantani; il renferme surtout de la graisse, et c'est là le point en litige.
oraiss^c. — D'après l'opinion généralement reçue, la nourriture doit comprendre non seulement peu d'albuminates, afin qu'ils ne fournissent que le minimum de produits inférieurs d'oxydation, mais aussi elle doit contenir peu de
llÉdlME DES GOUTTEUX. 463
graiss<', parco (juo les corps j^ras ahsorhcnl i'oxy^ciic à l<,'iii" pi'olit pour i^ii l)i"ùl(.'r, el ii'(;n laisseiil pas une (juantilû sulfisante disponihli!, poui- oxydn- coniplôlcuient les iiialières aihuinincuscs. Voilà ce qu'on cioiL, rn;iis nous savons que dans Félal actuel de la science, larormaliori de l'acide uriquc n'est plus considéiée comme une oxydation enrayée; il est démontré, au conti'airc, que la liansrormaliun tiès niaicpice desalbuminales augmente aussi la production (Tacideurique, et, qu'en oulie, l'usage des graisses active el la l'ormalion et félimination de ces acides par les urines ; c'est ce qui ressort des expériences de Meissner et Koch. Voilà la doctrine qui a régné jusqu'ici: de là l'interdiction logi(pie des graisses. Mais voici Ehstein (Rcginie de bi (jonUe, i8(S5), qui, pour remplacer les hydrates de carbone, c'est-à-dire les lecules, que le goutteux doit prendre modérément, vient préconiser la graisse; il appuie sa prescription sur les expériences d'un de ses élèves (Jahns), qui démontre qu'avec une consommation journalière de 120 grammes de beurre, il n'élimine pas plus d'acide urique ([ue dans l'état noiiiial. Le même auteur pense qu'en agissant ainsi, on restreint l'appétit, et que par conséquent on sup[)rime les abus de régime. G'esl, d'après ces mêmes données, que l'obèse peut prendre de la graisse. Mais il n'y a pas lii moindre analogi(3 entre ces deux étals, l'obésité et la goutte. Ainsi ({ue nous le verrons, le régime d'amaigrissement comporte l'exclusion absolue des f»'culcs et des sucres, et nécessite, i)ar cela même, l'emploi d'une (pianlih'' modi'rée dégraisse, tandis (pie le goutteux n'a pas à s'inlerdire d'une maiiière absolue l'usage du pain ni surtout de la pomme de terre (pii sont (\c.)^ IV'cideiils. Donc, je n'hésite pas à me ranger à l'opinion traditionnelle qui exclui la graisse de la table des goutteux.
ŒiifM. — Les œufs sont inlerdits par Senator; le jaune d'œuf, c'est de la graisse, et Talbumine, c'est de la viande;
4<'.| CHAI'. M. — |)i:s COUTTKUX.
I M'iircoiiliciil siiiittiil <Ii' 1.1 li''<illiiii('. Lr IVoiiia^f! csl iiilci- (lil |i;n- (l;iiil;ini [larcc (|iril (((iiliciil de la <;iaiss(; cl {\t' Viw'uht laili(Hi(\
^ iuii«li**4 Miilt'i'S, fiiiiiiMVs, MiiiieoM, «'"iiicoM. (riifrrs, vir. Il OSt
une S(''iic aliinciilairc doiil I iiitcrdiclioii a ii'iiiii riiiiaiiiniili'^ (les sullVagcs; tout d'abord les viandes salées cl rmn(''cs jiarce (pic ce sont des viandes condensées sous un |)ctil volume, (jui, d'ailleurs, provocjueiit Tahiis des boissons; les sauces, j)arce qu'elles sont souvent préparées avec la graisse, les farines, la ci'ènic, c'est-à-dire des corps gras et féculents, les IridVes el les cbampignons qui sont fortement azotés.
Voilà les prescriptions alimentaires pour les goutteux en général. On a voulu appli([uer les mômes règles aux goutteux de l'avenir. Comme la goutte est le plus souvent béréditaire, on a pensé, par ces précautions, empêclier le développcmenl, la transmission de la goutte; la famille entière sera soumise éternellement à cette alimentation spéciale. Des indications de ce genre méritent d'autant moins d'être discutées qu'on ne connaît aucun signe précurseur de la goutte, et la solution est impossible. Mais il y a plus.
Dans une certaine école, on considère que cliacun est né sous rétoile d'une diatbèse, c'est-à-dire d'une prédisposition ou d'une constitution morbide; mais les diathèses sont toutes en train de disparaître; les progrès de la science ont montré la nature infectieuse, virulente, microbique de la diatbèse tuberculeuse, scrofuleuse, sypbilitique; il ne reste plus guère que l'artbritisme; c'est lui qui a recueilli toutes les successions, même celles de l'berpétisme. Il en résulte que si l'artbritisme, c'est-à-dire la goutte, est si répandue, toutes les populations civilisées devraient être mises au régime préventif de la goutte. Or, ce régime comprend encore d'autres restrictions, qui portent surtout sur les boissons.
I50ISS0NS DES COUTTKUX. 400
uoiMMoii!>«. — L;i ([iiestion des boissons n'ost pas moins importante ni moins discutée ciue celle des aliments solides; l'accord paraît s'élahlii" pour pros( rii-e r/^solumcnt la bièie, le vin, les licpieuis, le iIk', le cale et même le chocolat; le <idie est discuté, les limonades sont suspectes, les eaux gazeuses en litige, tandis ([ue l'eau naturelle et les eaux alcalines ont reçu l'approbation générale. Voilà la Formule; elle mérite d'être méditée.
Kau. — Malgré les objections récemment produites par Debove qui considèi'e l'usage de l'eau comme indiiïérenl au point de vue de son action sur les oxydations, l'expérience et l'expérimentation ont démontré (jue l'eau est indispensable pour la conservation des éléments organicjues, qu'un certain degré d'hydratation est nécessaire pour leur fonctionnement, que l'eau, prise en quantité marquée, entraîne au dehors par les urines les déchets j)rovenant de la destruction moléculaire de nos tissus ou des aliments, qu'elle élimine par conséquent l'urée et sans doute l'acide uri(jue, et qu'enfin elle favorise les oxydations (Voy. chap. viii).
L'observation devançant la physiologie, on a, depuis longtemps, recommandé aux goutteux l'usage exclusif de l'eau. Barthez a vu ainsi des accès de goutte disparaître d'une manière définitive. Gantani préconise l'eau modérément froide ou l'eau gazeuse dont le malade doit ingérer de grandes quantités le matin cà jeun.
Autrefois Cadet de Vaux, excluant tout Iraitemenl médical, soumettait les patients à une véritable cure d'eau chaude. — H est bien évident qu'un pareil procédé n'est applicable que pour un certain l(Mups, et ne doit être tenté qu'à titre de moyen exirême dans les cas graves. S'agit-il, au contraire, de la goutte régulière, l'usage exclusif de l'eau pure ne s'impose pas au malade qui peut, sans inconvénient, Taromatiser ou l'alcooliser légèrement; mais il est une con-
.icr. CIIAl'. \l. - DKS GOUTTKUX.
(lilidii <|ni me p.'ii'.iîl iiii|>nrl;iiil(', c'ol riihoïKl.iiicc dos l)ois-
soiis ;i(jii(MiS('s ou à |)(Mi |ii(''s Icllcs.
La l)i('rc ;i été consid/'irc, de hnil Ifiiips, dans Ions les pays, })arti('ulicmm'iil en Allemagne et on Aiiulclri-rc où «die conslituo une l)oisson nalionalo, comme iiiH'dfs juinripalos causes de la <iOuUe. A Londres, coniiiH' \r jaii loniarfjiier Cliarcol, la goutt(,' est très conninuK^ itarnii les i)0|)nlalions ouvrières et se rencontre monic rn'(jii(.'iiimont dans les hôpitaux; lacauseestdansréiioiMiM'consonnTiationdebièresroitos, aie, sloul, porter, (\m so l'ait parmi les ouvriers do la capiLale. Parmi ces bières, la plus préjudiciable serait le ;^oWer, foncé en couleur, pauvre en alcool, privé de sucre, prêt à subir la fermentation acétique, et impré,^né d'un principe nuisible obtenu par la torréfaction des grains. Les autres bières, comme le pale aie, qui ne sont pas préparées avec de l'orge fortement torréfié, contiennent bien plus de matières sucrées et d'alcool, et sans tendance à s'aigrir. — Les remarques faites par la plupart des médecins du Royaume-Uni s'appliquent également aux contrées de l'Allemagne; là, les excès de bière sont traditionnels et provoquent la goutte, si, comme dans les classes riclies ou en général cbez les habitants des villes, ces abus de bière sont accompagnés d'une alimentation riche en viandes, albuminates et graisses.
Vins et liqueurs. — Influence de l'alcool. — Go SOUl SUrtOUt
les vins et les liqueurs alcooliques qui ont été incriminés. Garrod a dit : « L'homme privé de ces boissons n'eût peut être jamais connu la goutte. » 11 semble donc, a priori, que la richesse alcoolique d'une boisson doive marquer le degré de son action pathologique. Cependant voici des faits en formelle contradiction avec cette loi d'hygiène. Tandis que la bière qui contient 4 à 8 pour 100 d'alcool constitue une des boissons les plus favorables au développement de la goutte, nous voyons les liqueurs [les plus chargées d'alcool,
BOISSONS DKS COUTTECX. ^G7
Irllcs que le rliiiiii, rcau-dc-vie, lo whiskey, le gin, qui ont de 40 :'i 70 |>oiii' 100 (TmIcooI, rester sans effet nuisible au point de vue de la genèse de la goutte. « En Suède, où l'alcoolisme est si fréquent, il n'est pas question (ht celte maladie; il en est de même en Danemark, en Russie et en I*ologne; en Ecosse et en Irlande, la goutte est rare parmi les classes inférieures; à Edind)0urg, c'est à peine si dans une longue prali(pie d'hôpital llennett et Ghristison en ont rencontré un ou deux cas. Or, dans ces pays, la seule boisson alcoolique dont le peuple fasse usage est Teau-dc-vie de grain ou wliiskey (Cliarcot). En France, la population ouvrière, qui surtout dans les grandes villes, abuse si étrangement des boissons alcooliques les plus incroyables, ne souffre jamais de la goutte; nous ne la retrouvons dans nos hôpitaux que dans les professions où l'on travaille le plomb, chez les peintres, les laqueurs, les cérusiers, etc.
Ainsi finfliience des boissons fermenlées sur la goutte pai'aît peu maniuée; en tous les cas elle ne s'exerce pas en laisonde la richesse des liqueurs en alcool.
Comment se fait-il néanmoins que l'usage de l'alcool soit généralement interdit aux goutteux ; comment l'ingestion même en quantité minime de certains vins chargés d'alcool comme le Champagne, le porto, etc., peut-elle suffire pour déterminer un accès? Ce dernier fait s'interprète par l'action simultanée d'un autre principe nuisible, contenu dans ces vins, ou par l'excitation due à un repas trop copieux. Quant à l'interdiction absolue de l'alcool, est-elle justifiée par l'observation ou par ses effets physiologiques?
L'alcool a d'abord été doté de i)iopriétés alimentaires analogues à celles des hydrates de carbone (fécules ou sucre), et on a dit qu'à titre d'aliment carboné il se brûle dans l'économie en fournissant de l'acide carbonique et delà chaleur; c'est une erreur largement rélulée, l'aîcool ne nourrit pas,
4G8 CHAI». M — DES GOUTTKUX.
il Ile se 1)1 ùlc pas; racide cari)Oiii(|iii' loriiH' cl f'IiiiiiiK; ru pareil cas est nianifcslciiiciil (liiiiiiiiK''.
La fonction principale de Talcoul dans Tor^anisnic r-sl de modérer la dcnutrilion dos tissus, il a la lacnllc d'enrayer les oxydations, ainsi que le prouve la diminution d(; l'urée dans les urines et sans doule aussi la diminution de l'acide uricjue; car les deux produits de décomi)Osition des albuininates marchent de pair; or si l'acide urique s'élimine moins, comme il s'en produit toujours, il reste dans le sanj; et forme Furicémie. L'alcool, sous le rai)port de son i)Ouvoiréconomi(jue, ressemble à la graisse qui exerce également sur les albuminates une véiilable épargne (Fokker). A l'aide de l'alcool connue des graisses, l'urée et l'acide urique se forment sans doute moins, mais leur élimination est encore plus amoindrie. On sait du reste, par les expériences de Nencki, de Simonowski (cliap. 7), que l'alcool diminue la quantité d'oxygène atomistique ou naissant, disponible pour la combustion des albuminates ; il réduit la désassimilation au minimum. Si donc en même temps il y a apport exagéré de substances albumineuses, la production de l'urée et de l'acide est encore augmentée sans que l'élimination soit en proportion. L'uricémie, c'est-à-dire la goutte, doit en être la conséquence, ou si elle existe déjà, elle doit s'aggraver. En voici maintenant la preuve clinique. L'usage des liqueurs alcooliques ne suffit pas pour rendre goutteux ceux qui ont un régime modéré et peu riche en viandes ; c'est pourquoi les ouvriers, malgré les abus d'alcool, ne deviennent pas goutteux; nous n'en trouvons pas dans la population hospitalière. Vins. — La tradition proscrit les vins comme les liqueurs; sans parler des vins très alcoolisés, comme les vins d'Espagne ou de Sicile, qui doivent leur mauvaise réputation aux 15 à 20 pour 100 d'alcool qu'ils renferment, nous devons rechercher les motifs qui font exclure les vins de France.
nOISSONS DKS r.OrTTKUX. 46'.)
On ;irroi(l(' hicii h; hordiîaux vieux, bien ((iril conlK^niic du larmiii, (jui iui^uienlr, dil-nn, l;i foinialifui de l'acido uiifjue, mais on délend le hour^o^no parce qu'il en rt'nf'eriuc; d'où vient celle mauvaise ré])u(ation du hour^^o^ne? N'y a-t-il j)as dans lebourg^ogne d'autres principes qu'on aj)pelle excilanls, sans savoir ce qu'ils excitent, et (?c qu'ils sont ?
Par contre on recommande les vins blancs parce qu'ils ne sont pas tanniques, j)arce qu'ils sont diurétiques et qu'ils conliennent de la potasse; il est vrai que celte dernièi'e substance appartient aussi bien aux vins rouges; ne serait-ce qu'à ce tilre, je ne défendrai pas l'usage des vins français poui'vu qu'ils soient vrais et ni trop mouillés ni tiop vinés.
€i«irc. — Le cidre, très en vogue, passait pour donner la goutle ; on dit aujourd'bui qu'il la guérit; en réalité je trouve la maladie très fréquemment cbez les Normands et les Picards, et plus encore que cbez les Bourguignons. Le cidre est pourtant faiblement alcoolisé, il contient beaucoup de potasse, mais qui est combinée surtout avec l'acide malique. Meissner et Kocli ont démontré que Facide malique favorise singulièrement la formation de l'acide urique, et sous ce rapport ils rapprocbent l'acide malique de l'asparagine qu'ils côndamnenl solidairement. Ce jugement, qui peut être sévère, n'est d'ailleurs nullement applicable à Tune dos manifestations de la goutte, je veux parler de hfjravellt% qui pcnl aussi élre indépendante de Turicémie. La gravelle, en elYet, comme nous l'avons démontré, pi'ul tenir à l'insolubilité de Tacide uri(|ue, de là les cristallisations uiiques et uratiques; le cidre surtout mousseux est un diurétique qui favorise encore la sortie de sables ou concrétions uri(pies; il est de plus une sorte de li({ueur polassiqu(\ et à ce double titre je le considère comme un (excellent moyen de combattre la litbiase uriati(iue i\GS reins, c'esl-à-dire la gravelle.
Tbé et cafô. — La meilleure boisson pour remplacer le vin,
170 Cil Al'. VI. Dl.S (.01)1 11.1 \.
(•'(»sl le llir |M'is à l'oi'lo (1()S(; cl ;'i nue l('iii|M'r;iliii<' (''Icvc'm;; l;i llii'iiic (ju'il n'iirciiin; ol ([ui ol idcnlifiuii à la calrinc ('■lail. coiisidrivc coiDiiiC un nioyeii d'rpai'^iic, coiiiiih; Taicool cl le vin, cl c/csl j)Oiir ce iiiuLil" (ju'il ctaiL intci'dil aux ^ioiil- Icux; ce i»cuL cire vrai pour les peliles doses, mais ne TesL certaineiiienl pas pour les doses élevées. Depuis viiigl ans, depuis les travaux de Yoïl jusqu'aux recherches de Francolle (de Liè^c), on sait que ni hi Lliciiic ni la caféine ne ralentit le mouvement de dénutiition; les expérimentations plus récentes démontrent que ces alcaloïdes l'avoriscnt les mutations ori;ani([ues lorsqu'ils sont ingérés en quantité suffisante; le thé ou le café sont donc le contraire de l'alcool.
De plus les boissons chaudes aromatiques comme le thé produisent une sorte de lavage des tubes urinifères qui sont le réceptacle de l'acide urique; ma pratique dt'jà longue m'a fourni de nombreuses preuves de l'utilité de ces boissons chez les goutteux. .)em'expli(iue maintenant un procédé empirique très recommandé aux goutteux qui sont sous l'influence des accès ; on leur fait prendre une infusion faite à froid ou plutôt une macération de grains de café non torréfié et prise à froid sans sucre, la caféine agit ici dans toute sa plénitude.
Eaux minérales nlcnlinc.^. — Enux de Vicliy, de Cnrl.«»bnd, etc. —
Guidés par les expériences remarquables faites en 18:25 par Ghevreul sur l'action que les alcalins impriment aux combustions organiques, qui se passent à fair libre, Mialhe et Liebig ont pensé qu'il se produisait aussi dans l'organisme un excès d'oxydation, se traduisant par un excès d'urée dans les urines et d'acide carbonique dans l'air expiré. Mais l'expérimentation sur les animaux et l'observation sur l'homme ont donné en général des résultats contraires et souvent contradictoires.
Ainsi Munk et Séverin, d'autre part, n'ont pas observé sur eux-mêmes, après une dose journalière de 2, de 3 et même de
EFI'KTS DES EAUX ALCALINES SIIR LA GOUTTE. 171
!l j^raimiics ilc hicaiboiiate de soude la moindre iiiodiiicatioii dans le taux de l'urée <'li minée.
Seegen expérimentauL sur un chien pendant une longue période d'alcalinisation observa les oscillations les plus mai- (juées, et finit parconclure qu'il devait y avoir d'autres voies éliminatoires de l'urée que les reins et les intestins. Rahuteau et Constant obtinrent des résultats bien dilférents suivant ks doses; par l'usage de 4 à G grammes de bicarbonate sodique, l'urée de vingt-quatre heures s'abaissa de 19'^', G àlSgrammes, tandis ({ue par les petites doses il y eut une légère augmentation. La vérité est, d'après Voit, que l'action du sel alcalin est insignifiante comme celle du chlorure de sodium; en efTet les petiles doses de carbonate se transforment dans l'estomac en chlorure sodique; on croit alors donner un alcalin, on donne du sel de cuisine.
Il en est de même de l'alcalinisalion du sang et de l'action des alcalins sur les globules rouges; Clément a pris chaque jour 8 grammes de carbonate, le nombre des globules tomba le sixième jour de 4 5t)i000 à 3:^80 000, mais quatre jours après, tout était rentré à peu près dans Tordre, le taux des globules s'était relevé à i ^97000. A Vichy, Lalaubie, Cognard ont observé au contraire une augmentation du chiIVre des hématies. Il est à croire qu'il n'y a pas i)lus d'action constante sur la composition du sang, que sur la décomposition des tissus organiques.
De tout ce qui précède, il serait téméraire de compter sur une action oxydante des eaux bicarbonatées sodi([ues, comme il serait puéril d'en craindre Tusage. Klle ne favorise pas les oxydations, ([ui d'ailleurs ne sont pas à activer puisque nous savons (jue la goulle ou l'uricémie n'est pas une sousoxydation; elle n'alcalinise pas les humeurs comme ou le croyait autrefois. L'action réelle et utile de feau de Vichy, c'est son pouvoir diluant, c'est la faculté de solubiliser les
Alî CIIAP. M. — I)KS (lOlITTKL'X.
uialos cl (le iicuiiiilisor l'acide iiri(|iio; de ccUi* faron ello oiii|)rNli(' les (l(''|)ols (rurale 011 d'acide iiiiqiio de se roriiier; à ce point de vue clhi leiidia d(; L:iaiids .sc^vic(^^. Les eaux de Viticl s'(^n rapprocliont coiiiiue »''liiiiiiiati'ices (alcalines sodiijnes). II en est de nicMiie des eaux(l(3 (ioiitrexéville (pii, loni en étant bicarbonatées calcaires, ténioi^nenttoule leur action éliniinatricc dans la gravelle uiicpie. Il restera ensuite, en tant que médication antigoutteuse proprement dite, à établir la comparaison entre YicbyetCarlsbad, qui diiï'èrede Vicln pai" le clilorure sodiqu3 et les sels de magnésie. Mon expérience me porte à les mettre en parallèle chez les goutteux hépatiques et à donner la prépondérance à Carlsbad dans les affections goutteuses de l'intestin ; et dans les dyspepsies stomacales à l'eau de Vichy, qui prise avant le repas augmente la formation du suc gastrique, favorise la digestion pancréatique, et neutralise l'action nuisible de l'acide lactique et des acides gras. Dans la goutte chronique, comme nous allons l'indiquer, l'emploi systématique de ces diverses eaux me paraît inutile, souvent dangereux, — particulièrement chez les goutteux dont le cœur et les artères ne présentent plus l'état normal.
§ 9. — Du ■•ë^inic de la goutte ehronique, articulaire
et iuterne
On a formulé pour les goutteux à l'état chronique des régimes spéciaux, comme si ces malades étaient sous l'influence sans c^se menaçante d'une invasion aiguë, et comme s'ils devaient par conséquent être traités à la manière des goutteux paroxystiques. Ces régimes sont pour la plupart le résultat de combinaisons et de vues théoriques. — Garrod, en vertu de sa doctrine de l'uricémie par rétention de l'acide urique, restreint avant tout l'usage des viandes et de toutes les substances fortement azotées, proscrit les spiritueux et
UÉGIME I)i: LA GOUTTE ClinONIQUE. iTS
pLM'inct un j!(3ii de «graisse; il csl iinpossililc de composer un rali(uincni<'nt durable avec de pareilles restrictions. Cantani, ju«ieanl la j^outle comme une sous-oxydation de l'urée, prescrit le régime le plus rigoureux pour activer la combustion des alhuminates ; donc pas de graisses ni d'hydrates de carbone; il ne permet d'ailleurs le bouillon, la viande, les œuls et le poisson (ju'à dose modérée ; par conti'e le goutteux peut prendre de grandes quantités de végétaux (salade, cresson, chicorée), qui ne contiennent ni graisses ni hydrocarbures, c'est-à-dire à peu près rien de nutritif; il proscrit surtout les acides et les condiments. — En un mot il faut restreindre, dit-il, toutes les substances qui diminuent les oxydations corporelles et qui attaquent vivement les alhuminates; c'est pourquoi on doit supprimer les graisses qui t(se)it l'oxygène à leur profit. Ce système, ({ui a été en vogue, mène tout droit au dépérissement, ce dont le goutteux à l'état chronique peut bien se passer. — Ebstein procède autrement. Il diminue la ration totale, il réduit l'usage des viandes, permet une certaine quantité de graisses, parce que celles-ci procurent facilement le sentiment de satiété, recommande les fruits, qui sont cependant sucrés et proscrit à peu près complètement l'usage des fécules, du pain, des j)ommes de terre, du riz, du sucre. La bièic est supprimée, le vin est admis, mais le point important c'est la nécessité de boire chaque jour 2 à 3 litres de; liquide, eau de source ou de puits, ou eau minérale alcaline; cette prescription est évidemment utile pour augmenter la solubilité des uralcs.
Senator entre plus pratiquement dans la discussion du régime. 11 dit avec raison que le médecin n'a pas pour devoir d'atïaiblir le malade, qu'il n'a donc pas le droit de restreindre la nourriture, et qu'il ne doit avoir d'autre préoccupation que d'améliorer le genre vicieux de nutrition. — Une cure de réduction ou d'amaigrissement, pour peu qu'elle constitue
i:i CIIAI". VI. - DES r.Ol'TTKUX.
uiit.' ii'loniic l)ni^(|uc (hiiis la vie du iiialadf, ol, un véi ilalilr daii^iM', cl lail passer la ^uullt.' à l'élal aloiiijjiic. — Le nioilliMii' iryiiiic, dil Scualor, csl le l'é^niu»' iiii\l<' avec ])ch (II' ijrdissCy cil «^viit'ial iiiu; scnlo l'ois pai' jour de la viande, avec exclusion des viandes fumées ou l'olies, du poic, du IVoniayc, (les mets farineux, i;ras cl (''picés, et surtout du jaune d'œuf. — Des soupes de toute espèce, des huîtres, la plupart (\rs poissons, des légumes jeunes et Irais, des friiils, peu de cale et de llié, moins encore de spii'itueux, voilà uiil' consultation plus pratique, mais qui finiiail ('gaiement par jeicr le malade dans la débilité par inanition relative.
Les préceptes hygiéniques posés par UlVelmann sont-ils plus susceptibles d'une longue et utile application? — Aux goutteux non alTaiblis, il prescrit 100 grammes (seulement!) de viande, surtout de volaille, gibier, moins de viande de bétail, des poissons maigres, une petite quantité de lait et de beurre, par contre une grande quantité de végétaux (riz, pommes de terre, bon pain blanc, farines de légumes secs), des fruits, du café, du thé, à peine du vin et des spiritueux, des eaux gazeuses en quantité. — Prohibition complète des repas excessifs, des mets extras, nécessité absolue des exercices musculaires. On se demande comment cette alimentation éminemment féculente, qui est précisément l'inverse de la nourriture albumino-graisseuse de Garrod, Ebstein, Senator, pourra, surtout avec une faible quantité de 100 grammes de viande, être continuée sans déterminer un engraissement nuisible, particulièrement du cœur qui a déjà cette tendance naturelle dans la goutte? Je ne signerais pas une pareille ordonnance. — Pour les goutteux gros et rubiconds, comme pour les goutteux débilités, pâles et à laible musculature, je n'hésite pas à indiquer un régime dit fortifiant, contenant la quantité physiologique d'albuminates, de viandes noires, œufs, lait (120 grammes au moins de