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PALPITATIONS

Toutes ces circonslances accidentelles ne doivent pas nous arrèlir plus lonjjfemps; il s'agit surtout des accélérations permanentes.

(I. Taoliycardici |»atlioloKi'|(i<'> - ' .Maladie <lc ItaNCdow. — [^a

tachycardie, c'est-à-dire l'accéléralion permanente du pouls, se li'ouve dans deux élats iialliolof;i(pies bien dillérents; sans compter la fièvre cpii se trouve éludiée au cliap. ii.

Dans toutes les insuffisances de la valvule mitrale, dans tous les rétrécissements de ce môme orifice, le sang rellue du ventricule gauche dans l'oreillette gauche, et de là dans le ventricule droit, qui s'hypcrlrophie pour surmonter cet encombrement; dès que la force de ce ventricule droit est épuisée, il en résulte une tachycardie, et souvent de l'arythmie. A ce moment le ventricule gauche ne reçoit plus assez de sang pour les artères; la tension baisse dans ces vaisseaux, et dès lors il ne trouve plus d'obstacles dans les artères pour y lancer la petile quantité de sang ({u'il contient; il bat alors avec une rapidité exagérée pour alimenter, pour irriguer, sinon le plus, du moins le plus souvent possible les tuyaux artériels.

A ce moment d'épuisement de la force contractile des deux ventricules, le sang reste stagfumt et prend partout les caractères du sang veineux, c'est-à-dire chargé d'acide carbonique; or on sait que l'acide carbonique exagère Texcilabilité des centres vaso-moteurs situés dans la moelle allongée, et destinés à animer les vaisseaux en général ; celte excitation peut augmenter par contre-coup le nombre des pulsations du cœur.

Le même fait se reproduit dans toutes les allcclions cardiaques où le muscle a lléchi ; c'est donc le signe d'un certain degré d'alVaiblissement du cœur, et de Tinfériorité de ses fonctions contractiles.

Mais il n'en est pas toujours ainsi; la tachvcardie survient

6ÛG «Il M'. IX. — 1>ES CAni)IAQi:i:S.

cliiuiuc fois (iiic hîs nci'i's values sont fompriiiirs on paiîi- Ivsés sui" leiii" lraj(it en di^lioi's du cràm.', ou dans la cavili' ciiiiiiciinc cllc-nièino ; dans ai cas, li; comii' n'y est pins pour rien, on plutôt, il ne rcroit plus Finipulsiou iiiodf'i aliicc diii^ ncrl's vagues; il s'abandonne à un véritable dérè^dement, parce (pu3 lien ne le retient plus; il n'a plus de frein (jui l'enraye ou le modère.

C'est ce (pie nous verrons d;ins les palpitations; c*est ce que nous voyons surtout dans une maladie singulière appelée maladie de Basedow, du nom de l'auteur ({ui l'a le premier décrite il y a un demi-siècle; elle est caractérisée par une fréquence extrême du pouls qui bat jusqu'à cent quarante et cent soixante fois par minute pendant des mois et des années; c'est là le phénomène constant et dominant; elle se traduit en outre par une exophtalmie, par un gonllement de la glande thyroïde du cou, et presque toujours par des tremblements généraux qui ont été signaléspar Gharcot.

Tous ces incidents bizarres se rattachent, à mon avis, à la tachycardie, et celle-ci à la paralysation des nerfs vagues ; il n'y a que cette paralysie qui peut expliquer l'énormité du désordre; l'excitation des nerfs accélérateurs serait incapablCj quels que soient son degré et sa durée, de produire dans le cœur une pareille folie.

e. Palpitations. — Lcs palpitations peuvent exister avec les irrégularités du cœur; c'est pourquoi on les a souvent confondues sous la dénomination commune de palpitations; mais celles-ci peuvent se produire sans qu'il y ait le moindre trouble dans le rythme du cœur, il y a seulement une accélération des battements cardiaques; je me hâte d'ajouter qu'elle n'est pas due, comme on le croit généralement, à une action exagérée du cœur, mais qu'elle résulte uniquement d'un surcroît d'excitabilité de l'organe.

Ce déploiement d'activité du cœur se traduit par plusieurs

l'ALIMTATIO.NS. 607

|)liéii()mèri(3S souvent connexos; la Iréqiience des battenieiits (jui est le plus cai'a(:téi'isti(|ue, la durée moindre de chaque hatlenient, enlin l'intensité apparent»; (Ut linipiilsion du cœur; c'est ce deinier phénomène ({ui induit en eir(.'ur. La force d'impulsion n'est ordinairement appréciée que pai' le choc du cœur; s'il se fait sentir siii- une plus lai'^e surface à la palpation ou pai" fauscultation, on rn conclul (pie le cœur est volumineux, qu'il est hypertrophié; il est bien vrai qu'en ce cas il entre, au moment de la systole, en contact plus prolon<'é et plus étendu avec la paroi thoracique, de telle façon que le choc est plus facilement perçu par le malade et le médecin.

Mais voici une objection que j'appelle clinique; les hypertrophies donnent rarement lieu aux palpitations, tandis que celles-ci sont, pour ainsi dire, de règle dans les dilatations de l'organe; or, on sait (jne dans les dilatations le muscle est distendu, il est surtout plus faible, il a perdu son élasticité, et souvent même il est altéré dans sa texture, de sorte qu'il est incapable de déployer plus d'énergie; cela veut dire qu'ici le bruit du choc est plus étendu pai' suite de l'augmentation de capacité ou des dimensions du cœur, mais que la contraction du cœur, loin de gagner comme force, a perdu de son action efficace, de ses effets réels.

Voici maintenant une autre remarque à l'appui de cette donnée si inq){)itante. Si, pai' suite de la diiiiinulion des résistances (pfil rencontre pour lancer le sang dans les artères, le cœur se vide i»lus facilenieni, si, par exemple, après des hémorragies plus ou moins considérables ou répétées, la [)i'ession du sang dans les vaisseaux se trouve amoindiie, le ctour battra [)lus facilement, \)his vite, mais on ne dira pas, en présence de cette palpitation d'origine mécanique, (pio le cieur a gagné en puissance; c'est le contraire (pii a lieu.

(108 CHAI'. i\. — i)i:s r,AiU)i.\ui:i:s.

.le l'iiis celle l"eiii;il(|iie cl celle ohjeci ion poiii jii>liliei' ma (h'-liiiiliuii, »'l :siii loiil jxxii" bien en ïiùm rcssuilii" l(3S coiisc- (jneiiccs.

On (lil, en cllcl, cl c'est mik; opinion Irôs accrédilée, (jiic les paIj)ilalions niènciil à riiyperlropliic, cl on en donne connue raison (jne le conu' Uavaillanl j)liis qu'à l'état noi*nial doit se développer coniuK,' le biceps du bras de rouviier qui exerce sans cesse les membres supérieurs; or la comparaison n'est pas exacte, et le l'ail lui-inùnie est controuvé. Laënnec et Grisolle l'avaient déjà mis en doute. Le biceps qui se contracte outre mesure fournit toujours en se contractant un travail utile, efficace; dans le cœur qui palpile le travail n'est nullement augmenté, il est seulement réparti d'une aulrc façon; les impulsions sont plus nombreuses, mais chacune d'elles répartit moins de sang dans les organes qu'à l'état normal ; le cœur a divisé autrement son travail, mais il n'a pas plus travaillé. On voit des individus qui éprouvent ces palpitations pendant des mois et des années, sans qu'il en résulte la moindre hyperlropliie; c'est que le cœur, comme l'a démontré Marey, subit toujours la loi uniforme de travail.

Après ces préliminaires longs, mais indispensables, il sera facile de comprendre quelles sont les causes des palpitations, et quel est le mode d'action de ces influences si diverses qui se trouvent détaillées dans le livre des Maladies cardiaques, publié en 1883. 11 me paraît utile de résumer ces données en les présentant sous la forme pratique et surtout applicable au diagnostic des diverses espèces de palpitations.

Nous supposons d'abord qu'il s'agit de palpitations vraies; il est des malades qui accusent des palpitations dès qu'ils éprouvent une sensation quelconque dans la région du cœur, dès qu'ils sentent dans cette région un frémissement

PALIMTATIONS C AlJDIAr^CKS l>liOI»Kb:Mb:N T DITES. 001

(|ui, le i)liis souvent, s(i passfi dans les muselés delà [xjitiine, ou bien encore (|uand ils peiroivcnt les hruils du c(rur, partieulicroment dans la position horizontale; ce sont des [)al|)itations fausses que le médecin ne leconnaît pas et qui ré('lament,dans l'intérêt du patient, une rectilicalion [uécisc. Dès que les palpitations sont constatées, il importe d'en chercher les origines et, sous ce rapport, elles peuvent ètie ramenées à trois espèces : l** la plus fréquente est l'espèce anémique ou chlorotiquc ; — ^" la palpitation cardia(pie proprement dite vient ensuite, sinon par ordre de fiéquence, du moins par ordre d'importance; — 3" la troisième espèce est constituée par les nombreuses formes de palpitations nerveuses, soit primitives, soit réllexes, soit toxiques, qui exigent quelques développements.

l** Ori^cinc aïK'iiiiiiiio ou cliloroiif|iic. S'agit-il (1 UUC jCUnC

fille qui, à l'époque de la formation, éprouve des pal[)itations, douloureuses ou indolores, avec ou sans oppression, le premier soin du médecin sera d'examiner par l'auscultation l'état des vaisseaux; dans les artères et les veines du cou on entend ordinairement des bruits de souflle tout à fait caractéristiques qui, avec la pâleur spéciale du visage, ne permettent pas de doute sur la nature de ces palpitations.— S'agit-il d'une femme qui perd troj) de sang ou trop souvent par les règles, elle ne tardera pas à présenter les signes de l'anémie qui sont les mêmes que chez la jeune chlorotiquc, et à se plaindre de palpitations qui sont du même ordre que les palpitations anémiques; il faudra enrayer les hémorragies dans le dernier cas et reconstituer le sang dans le pn^uier cas.

Chez les hommes comme chez les femmes une cause fréquente de palpitations, ce sont les hémorroïdes; si elles se caractérisent par un flux de sang répété ou considérable, il en résulte un certain degré d'anémie» qui entraîne la gène de

SÉE. V. — 'à'3

r.K» (Il AI'. I\. — I>KS CAFiniAQlKS.

la respirai ion cl !•■ (l»''vrl(>ji|(riiiriii des |»alj»ilalioiis. LorscjUe les luMiionoïdes ne donnent pas de sanj,^ elles détenninenl la constipalion avec lïatulence et accnnnilation de gaz (pii lefouleiiL le diaplii'agme dans la poitrine et j^^ônent le fonclionnenient du cuîur, de façon à produire des palpitations d'ordre mécanique.

^° l.c<4 |>»l|»i<a<ionM rariliaqucN proiircnionl clitcM SC rCtrOUVCnt

principalement dans les dilatations du cœur, rarement dans J les hypertrophies. Chez les entants en voie de croissance on f constate souvent des palpitations qu'il ne faut pas confondre avec celles qui résultent de mauvaises hahitudes. Dans la plupart des cas il s'agit de l'hypertrophie de croissance, et chez les enfants plus jeunes, de la dilatation atonique du cœur.

Parmi les lésions des orifices et des valvules qui donnent lieu le plus ordinairement aux palpitations, il faut placer V insuffisance des valvules aortiques. Cette maladie, si fréquente dans la jeunesse et si compliquée dans l'âge avancé, provoque un reflux du sang de l'aorte dans le ventricule gauche; il en résulte que le ventricule ne lance plus qu'une quantité insuffisante de sang dans la tète et dans le cerveau ; de là la pâleur du visage si souvent confondue avec la décoloration anémique ; delà aussi les migraines et les vertiges; de là encore des palpitations aux moindres efforts musculaires et surtout par la marche ascensionnelle; c'est une sorte d'anémie cérébrale qui donne lieu à tous ces phénomènes, non par la diminution des globules ou de l'hémoglobine comme dans les anémies totales, mais par le défaut de sang dans les organes intracraniens, particulièrement de la moelle allongée.

Les palpitations n'ont pas à beaucoup près la même importance dans le rétrécissement de l'ouverture aortique, ni dans le rétrécissement de l'orifice mitral ou auriculo-ventri-

PALPITATIONS NERVEUSES. Cil

culaire },'auche, ni iiiùinc dans l'insullisancc des valvules mitrales. — H n'est pas nécessaire d'attendre ra|)parition des palpitations pour diagnostiquer ces diverses lésions; elles se reconnaissent par la dyspnée, par l'existence d'un souflle spécial que nous aurons à indiquer, et plus tard par l'hydropisie.

S° L'CNpi'CC nervcuNC de» palpitutionN CSt dc bcaUCOUp la

plus fréquente et elle présente plusieurs variétés. Lorsque les palpitations ne sont pas d'origine anémique ou cardiaque, il faut d'abord s'enquérir de leur origine toxique ; il est un certain nombre de substances usuelles comme le tabac ou même comme l'alcool, le café et le thé, dont l'abus peut provoquer des palpitations, et plus souvent encore des intermittences ou des arytlimies du cœur; à doses exagérées elles deviennent toxiques et portent une atteinte grave au fonctionnement des nerfs et du muscle cardiaque. — Si ces agents toxiques ne peuvent pas être admis, il faut chercher si les palpitations ne sont pas le résultat d'une action indirecte de certains organes ou de certaines maladies sur le système nerveux du cœur. L'appareil digestif et les organes ovaro-utérins exercent une influence incontestable sur la formation des palpitations.

Les atonies flatulentes de Testomac et de l'intestin produisent les palpitations bien plus souvent que ne le fait la dyspepsie proprement dite; les premières agissent surtout d'une manière mécanique en accumulant les gaz dans le tube digestif, en distendant la cavité abdominale de manière à rétrécir la cavité thoracique et à troubler le fonctionnement du cœur. Ces malades qu'on envoie régulièrement à Vichy, et sans succès, guérissent très facilement par quelques légers laxatifs, tant de leur trouble digestif que du trouble cardiaque. Il n'y a pas dans ces cas de phénomène nerveux. Il n'en est pas de môme dans les affections vermineuses de

(iti CHAI'. I\. — I>KS CAFIDIAUCKS.

riiilcstiii ; les l»'nias ^iiiloiil (léLL'i'iiiiiicnl suv la iiiiKjiioiiso intestinale une irritation poiinanente qui se j)r()pa^^e à la moelle alloni^ée et se réllécliit sur le ctinu* dont elle au^qnento les |)ulsalions.

Une action réflexe se produit aussi sur le système nerveux du cœuv en partant dos or^j^anes ovaro-utérins ; chez les lemmes enceintes, chez celles dont les lègles sont trouhlées ou ((ui sont allectées de dé[)lacements utérins ou d'inllammations calarrhales de la matrice, l'excitation nerveuse se propage de l'utérus à la moelle allongée et se reflète sur le cœur.

Dès qu'on a pu éliminer dans la recherche des causes des palpitations les origines toxiques et les origines réflexes, il ne reste plus qu'à conclure à l'existence de palpitations nerveuses primordiales ou consécutives à une névrose générale. On entend fréquemment des hystériques et des hypocondriaques se plaindre de palpitations; mais à cet égard il y a deux questions préjudicielles et d'abord une question de mécanisme à résoudre. Lorsqu'un hypocondriaque accuse des palpitations, il faut savoir s'il a des palpitations parce qu'il a de l'hypocondrie, ou s'il est hypocondriaque parce qu'il s'attriste de l'état du cœur; c'est cette dernière éventualité qui est le plus souvent vraie pour l'hypocondriaque, c'est la première qui s'applique le mieux à l'hystérique; car généralement elle n'est ni triste ni préoccupée de son état.

La deuxième question se rapporte au mode de développement du trouble moteur du cœur. Dans un grand nombre de cas, l'accélération des battements tient aune cause mécanique; la plupart des hystériques et des hypocondriaques sont sujets à Tatonie des organes digestifs; cette parésie des parois musculaires de l'estomac ou de l'intestin permet une accumulation des gaz qui gênent indirectement l'action de cœur; mais dans certains cas plus rares les palpitations

PALIMTATIONS NERVEUSES. 613

sont l'celluriicnt d'urdie nerveux; elles participent alors à l'état névropatliique j^énéral, et dépendent des mêmes causes que les troubles de tout le système nerveux cérébrospinal.

En supposant enlin (ju'il nii s'agisse pas de névropatliies simultanées ou préalables, on peut observer des palpitations sous l'inlUience directe des causes morales ou des impressions nerveuses chez les individus les moins nerveux; en général on admet que les battements du cœur naissent sous l'empire des passions dites excitantes (comme la joie, la colère, etc.), ou des passions déprimantes comme le chagrin, la tristesse, les craintes, ou bien encore les préoccupations morales, les insomnies et même les excès de travail intellectuel. Je crois qu'on peut nier résolument celte dernière cause, si elle n'est pas accompagnée de préoccupations; quant aux autres causalités nerveuses, si on ne peut pas les mettre en doute, on est tenu d'en réserver les explications.

Le dilemme se pose en effet ainsi : ou bien les palpitations qui résultent de ces impressions cérébrales ou psychiques plus ou moins prolongées dépendent de la paralysation incomplète des nerfs vagues, ou de l'excitation des nerfs accélérateurs; on sait, en effet, que quand les nerfs vagues fonctionnent incomplètement, rien ne modère plus les mouvements du cœur qui s'exagèrent outre mesure; on sait aussi que les contractions peuvent s'accélérer par l'irritation de la moelle cervicale et des nerfs sym|)atlii(|ues (pii en émanent. Lorsqu'une impression se produit, elle peut porter sur le centre du nerf vague dont elle enraye l'action, ou sur le centre accélérateui' ([u'elle excite; mais il y a un troisième mode d'action, c'est celle qui atteint le centre vaso-mote\ir dans la moelle allongée; c'est de ce centre que partent les nerfs destinés à régler la contraction ou la dila-

(.M CIIAP. IX. — DKS CAKDIAcjrES.

lai KHI (l«'s vaisseaux arlôricls; or, SOUS riniliicncc d'iiiio excitât ion morale le preinii^r ciîct ({u'on observe c'est la j)rileur 011 l.i routeur de la face résnllant l'une de Tirritation des neils constricteurs, l'autre des nerfs dilatateurs des artérioles de la l'ace; il est vraisemblable que le même ciïet se produit dans le bulbe lui-même d'où naît le nerf vague réjiulateur ou modérateur du cœur; si le bulbe est en butte à des alternatives d'anémie et de con<;estion, le foyer central du nerf vague sera paralysé et puis excité à un moment donné; de là des palpitations nerveuses qui peuvent durer aussi longtemps et même plus encore que celles qui résultenl d'une lésion du cœur lui-môme.

RôNumé. — En faisant connaître sommairement les types principaux des maladies du cœur, les types valvulaires complets ou latents, les types myocardiques avec dégénérescence du tissu musculaire, avec dilatation ou hypcrtropbie des paroismusculaires, le cœurforcé, l'anémie douloureuse du cœur ou angine de poitrine, enfin les troubles des battements du cœur et du pouls, nous n'avons eu qu'un but, c'est de poser les bases du pionostic et du traitement, et surtout d'en déduire les indications hygiéniques si diverses qui vont résulter de ces variétés de lésions anatomiques ou fonctionnelles des divers éléments du cœur. Avant d'en arriver aux conclusions pratiques, nous avons encore à compléter l'histoire de ces maladies par l'histoire de deux signes des plus importants, qui exerceront aussi une influence sur nos déterminations pratiques, je veux parler du pouls étudié par la méthode des tracés spliygmographiques, et des souffles cardiaques et vasculaires; ces deux maîtres symptômes imprimeront à la thérapeutique un cachet de certitude.

DU POULS TRACÉ AU SIMIYMOGRAPHE. 6t5

§ U. — DoM |»rin(*i|»nux mI^iiom «Icm divcm iypcH cardia(|ueM Du |iuuIm (racé au .««piij^aïu^rnitho

.Iiis(|ii'i('i on s'est contenté de toucher le pouls pour savoir s'il est fort ou laible, s'il est dur ou mou, résistant ou dépressible, tardif ou brusque; niais ces propriétés de la pulsation variaient pour ainsi dire sous le doi^t du médecin et les appréciations au gré des divers explorateurs. S'il est facile de compter le nombre des battements, il est impossible de fixer la qualité de chaque pulsation, si ce n'est par le sphygmographe qu'on avait considéré comme un appareil de curiosité, tandis qu'il s'agit d'un merveilleux instrument de précision que l'on doit à Marey. C'est seulement à l'aide de cet appareil que nous avons pu découvrir les effets de certains médicaments sur le cœur; c'est au môme moyen qu'il faudra désormais recourir pour connaître exactement l'état du cœur, et de la pression du sang dans les vaisseaux; on sera ainsi en possession de tous les éléments de pronostic et de thérapeutique pour chaque malade et pour chaque maladie du cœur.

Lorsqu'on place le sphygmographe sur l'artère radiale, le ressort, au moment de sa détente, donne une ligne ascendante et une ligne descendante réunies par un sommet. La première plus ou moins verticale indique la force d'impulsion du muscle cardiaque; le sommet doit être aigu dans l'état normal, et il est remplacé par une sorte de plateau dans certaines conditions morbides de l'artère; la ligne de descente est oblique et toujours marquée par trois saillies ou reliefs; celle du milieu Cou grande élevure est la plus importante.

Voici comment elle se produit : Lorsque le ventricule lance le sang dans l'aorte, les artères se contractent et la

CKÎ CHAI'. i\. — hKS CAllIUAOllKS.

(ilu^ l^iaiidi' [tarlif «'>! |U'()j('l(M! (l;iiis loiil \r liiyaii arh'ricl jus(ni\ni\ ('a|>illair('.s; mais une jiarlic Hi; ce saiij^, pai" suite; (le la coiilraclioii aih'iicJIc, csl rcIdiih'M; vers sou jjoiiil do (Ic'pail, c'esl-à-(lii'c vers le ('(lmii ; là tllc iL'Fieonlre un obstacle dans les valvules aorliepies (|ui se rcrmcnl api'ès le passafçe du c(Miraul san^Miiu, et loiiuent ainsi une sorte de [tianclier; c'est contre cette cloison (juc; Tondée sanj^uinc rétrogiade vient se heurter; elle se r('ll(''<|ii( aloisde nouveau vers la péiipliéiie, et c'est cIN; (jui constitue une ondée secondaire (jue Ton voit s,3 dessiner sur la lii^nie de descente

Fk;. 1.

A. Limie asconJantc. — S. Soniinot. — D. Descente. — C. Saillie contractile.

du tracé sphygmographique sous la forme d'une grande saillie C.

Outre cette grosse élevurc,qui représente la grande ondée réfléchie, on reconnaît sur le tracé de descente deux ou trois petits ressauts moins marqués (Voy. fig. Set 5); ils résultent de ce que le tube artériel qui est élastique en même temps que contractile se trouve rapidement et énergiquement distendu, puis mis en oscillation comme une membrane de caoutchouc fortement tiraillée d'abord et détendue ensuite. L'artère en passant de l'état de tension au relâchement exécute ainsi des mouvements d'oscillation qui se dessinent sur le tracé sous forme de petites saillies, l'une au-dessus, l'autre au-dessous du relief principal.

PULSUS TATiDUS CIIKZ I.K VIKILLARD. 617

Toutes CCS saillies ont une ««randc imj)oi'lance cl se dével()[>pcnl eu gcnci'al eu s<.'ns inverse; l;i piiFicipal^ iii(li(jue uwit force iiiai'ciuce de la conti'adililé d(3 l'aih'-i'c'; les autres dépendcul de la ti'aïue élasti(jue du vaisseau.

poiiiH in«'iuNti(|uc. — Dès (juc rélaslicilé vient à diminuer, les saillies ('dasti(jues Ic'udent à s'eiïacer. Ainsi lorsque les lésions artérielles ont athMut les éléments élastiques, les ondées de ce nom perdent leur étendue; c'est ce qui a lieu dans les altères des vieillards. Dans ces conditions, le pouls ■est traînant, condition qui fait varier ces saillies.

Il G. i.

A. Lij;iic ascendante hrôvc. — S. Sommet en plateau. — C. Légère saiUic contraclile. E. Saillies élastiiiues à peine maniiiées.

C'est \(i puisas lardus; la montée de la courbe se fait plus lentement; le sommet devient plus larj^e et comme arrondi; il est en plateau; la descente est é<ialement j^raduelle; c'est là le pouls des artères ayant subi l'induration ou la sclérose, si fré([uent cbez les vieillards et les alcooliques ou les anciens goutteux. Aux degrés les plus avancés de l'artériosclérose, la ligne montante est elle-même interrompue par des saillies secondaires : c'est le pouls appeb'' unacrole qui indi(pie une grande gravité.

pouiH tendu. — il cxistc uuc aulrc condition qui fait varier les saillies, c'est la tension de la paroi artérielle. Quand la tension est forle dans les vaisseaux, elle met en jeu et aug-

t'.IS CIIAP. I\. — DIS CMIDIAQIKS.

inonle rrlaslic'ilf' cA lail rossoilii- los on(l«M's d'ori^^irK; rlasti(|iie K <•( K' ; (l.uis ce cas, la sailli*^ de ronfrnclion m' inaii- (jiic pas (le llécliii". Voilà donc deux Ivpcs hicii dillV'ronls.

i>oiiiN rt'briic (licroto. — Voici ww lioisiômo tvpo , c'esl lo pouls fébrile. Dans la fièvre, la tension de la paroi artérielle diminue, attendu que la clial(Mir corporelle détermine une sorte de détente ou de paralysie de la tunique artérielle; on voit alors, romme dans le premier cas, la saillie du cime en retour devenir plus marquée e( même sensible au doij,^. Kn

FiG. 3.

A. Lijjiio ascciidanfc verticale, mais coiirle. — S. Somment très aigu. — E. Première aaiilie clastiiiuo. — C. Sa////e coiUractiJj. — L'. Seconde saillie ëlastiquc. — D. Ligne de descente presque horizontale.

même temps, cbaquc pulsation est comme dédoublée, la deuxième pulsation étant plus faible; le pouls double ou bis feriens s'appelle dicrote. Ce pouls n'est d'ailleurs pas propre aux fiévreux; on le retrouve aussi, quoique moins marqué, chez les individus très affaiblis, anémiés, ou qui ont éprouvé des hémorragies.

§ 9 bis. — Application de la $)p1iygino^rapliie aux maladies du cœur

Nous avons maintenant à examiner le tracé sphygmographique du pouls dans les diverses maladies du cœur.

Quelle que soit l'importance du pouls et des tracés dans

POULS DE L'INSUFFISANCE AOIîTIQUK ET DK LHVI'KRTIUJlMIIK. C!'J

les diverses malîidics du cœur, la spliyguio^n'apliie ne donne cependant pas lieu à des résultais caractéristiques, de façon à ce qu*à elle seule «die sulfise pour If diagnostic; en eiïi't, les mêmes formes du pouls peuvent s'observer dans d'autres affections patliol()gi(iues; mais il n'tMi est pas moins vrai (jue la recherche du pouls dans chaque maladie spéciale des valvules fournit sur le genre de lésions des données diagnostiques auxiliaires d'une grande importance. Seulement si on cherche comment chaque lésion valvulaire retentit sur le pouls, il ne faut pas se contenter, en se basant sur les symptômes cliniques, de comparer directement

Insuffisance aoriicfut

Fi<;. 4. :;;

A. Lig:ne ascendante, droite, vr-rticalc et longii3, hype>irophiqm. — S. Somniel suraign, If pouls étant bref. — l\. Croclirt ilil au reflux iln sang dans lo cœur, les valvules aortiqiics étant insuffisantes. — D. Ligne do descente i)rus(]ue. — C. Saillie contractile uniquement.

le pouls de deux lésions valvulaires différentes, et de porter, d'après cela, un jugement sur les propriétés du pouls dans ces lésions valvulaires; il importe, en elYet, de savoir quelle est la part du muscl(^ cardiaque, à savoir s'il est hypertrophié ou dégénéré.

Voyons ce ([ui se passe dans rinsuriisance aorlique (dK'Z un homme jeune. (Voy. (ig. i.)

I*oii1m «lo l'inMiifflmince iIo.h valvules norliquc*!. — €'oiiipnrniAon avec le poulM de l'hyiierlropliie Miiuplc. — Ku SUppOSant UUC iu-

suflisance aortique chez un homme jeune, ou remarque

C20 CHAT. i\. — DKs (;\i;|)IA(ji:ks.

(J(;ux |Kirlicul;iiih's : 1" un pouls vil" on hrnsquo, (|iii so Iradiiil |»iir iim; ascension 1res j)iornj)tc cl pro.s(|iio cntirronienl veiticalo. Onand les valvules ne l'ermenl pas l'ouverlure de raoïlc a|>rc's le passage du sang" dans ce vaisseau, le liquide rcllue vers le ventricule qui lend, par un liavail exagéré, à se désencombrer ; le ventricule s'Ijvpertropliie, dès lors il projette dans l'aorle une quanlilé considérable de sang et avec |)lus de lorcc (pi'à l'élat normal; de là une ligne ascendanle droite recliligne, verticale A. De plus, cette ligne est très étendue, ce qui indique la masse de sang projetée par le ventricule; de plus, le tracé arrive promplcment au sommet, attendu que le tuyau artéi'icl, rapidement distendu, se contracte à Tins-

FiG. 5.

A. Ligne ascendante liyjiertrophique comme dans Tin suffisance aortiiiuc. — S. Sommet suraigu, mais pas do crochet, puisqu'il n'y a pas d'insuffisance valvulaire et par suite pas de reflux du sang. — D. Descente d'abord brusque puis traînante. — C. Saillie contractile. — E. Saillies élastiques presque normales.

tant même; le pouls est donc bref, vif; puhus celer; — 2° enfin, dès que le sommet est atteint, la colonne sanguine redescend (R)R, c'est pourquoi ce sommetest tout à fait aigu S. Par ces deux derniers caractères, le pouls de l'insuffisance aortique chez les jeunes gens est donc le contraire du pouls des vieillards; le premier est non seulement étendu et bref; ligne ascendante verticale, longue et à sommet aigu. Chez le vieillard, c'est le pulsus tardus avec ascension traînante.

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