DU RÉGIME LACTÉ DANS L'ALBUMINURIE
est commencé à peu près avec le déliiit d'une néphrite aiguë et continué pendant trois à quatre semaines avec toute la rigueur nécessaire, l'albuminurie peut avoii' cessé pour toujours, et on peut abandonner le régime lacté. Dans les néphrites chroniques, la néphrite parenchynialeiise en particulier, le résultat du traitement dépond de l'âge, de la maladie, et de la gravité des lésions. La thérapeutique n'offre plus de ressources lorsque les émonctoires les plus importants, la peau et les reins, sont perdus pour l'organisme. Mais même lorsque la diète lactée est entreprise alors que les hydropisies ont fait leur apparition, elle a pour effet d'enrayer tout au moins le travail morbide qui se poursuit dans les reins. Mais voici ce qui arrive : les hydropisies disparaissent, la diurèse s'élève, l'état général du malade s'améliore, l'albuminurie diminue peu à pou, et, au bout de cinq à huit semaines de traitement, si l'albumine n'a pas disparu elle continue à être éliminée à un chiffre constant qu'on peut considérer comme un minimum. Le lait a donné tout ce qu'il pouvait produire et le reliquat d'albuminurie indique que le rein atteint de lésions persistantes laisse passer l'albumine du sérum. C'est presque toujours ce qui arrive dans les cas de mal de Bright où les lésions rénales sont un peu profondes et anciennes; le lait, après avoir diminué dans une grande mesure Talbuminurie, rétabli l'élimination des matières extractives, ne peut plus rien sur des lésions irréparables, conmie la perte des épithéliums, des membranes sécrétantes. Dans la néphrite interstitielle^ la rigueur du régime lacté est moins |)ressanle et ne s'impose que lorsque l'organisme commence à éprouver les effets de la rupture de la compensation cardiaque et quo ruiéuiie est prochaine. Dans ces cas, le régime lacté i)eut écarter définitivement tout danger; mais en dehors de ces conditions, en Tabsence d'œdème et de phénomènes urémiques, le régime lacté peut être
712 CIIAP. X lUS. - TUAITEMKrST IIYGIÉMQUK DES ALBUMINUIMQUKS.
avaiilageiiseiiicnt proscrit pour calmer les pal|)ilalions liées à riiypcrlro|)liie du cœur.
Couimcnl agit le lail pour supprimer ou diminuer l'alhuminuiie ? Le lait est-il par lui-même un remède contre les lésions rénales? 11 n'est guère que les i)artisans de la doctrine de la (lyscrasie alhumineuse qui aient clierclié à donner une explication de Faction du lail; il faut dire d'ailleurs que leur explication s'accorde bien avec leur théorie. Convaincus que la maladiedeBrig ht consiste primitivement dansundél'aut d'assimilabilitédes albuminoïdesqui, inutiles, doivent forcément être éliminés; convaincus également que le passage de l'albuminurie à travers les membranes sécrétantes des reins constitue une agression perpétuelle pour ces organes, les auteurs de cette théorie attribuent aux matières albuminoïdes du lait des facultés plus grandes d'assimilation; l'albumine qui entre dans le sang par ce fait de l'alimentation lactée est utilisée toute entière par l'organisme; les matières albuminoïdes telles que les giobulines et les peptones disparaissent de l'urine; l'albuminurie alimentaire est supprimée par le régime lacté, la serine seule continue à passer à travers les reins perméables. Mais si le lait a supprimé le passage d'une grande quantité d'albumine à travers les reins, il a supprimé du même coup l'action nocive de ce passage. Quoi qu'il en soit l'importance du régime lacté dans les albuminuries impose au médecin le devoir de le faire accepter par les malades. Mais quelle conduite tenir si le malade éprouve un dégoût invincible? car il faut tenir compte des idiosyncrasies. Dans ce cas, on tentera l'essai par le régime mitigé. On prescrit au malade des aliments le plus souvent féculents préparés avec du lait, des potages au lait, du tapioca, du riz, du vermicelle préparés au lait, du chocolat au lait, du fromage frais préparé avec du lait de vache, tout en essayant de revenir au régime exclusif.G'est d'ailleurs ainsi qu'on devra
CURE DK I.AIT. 713
procéder lorsque le malade cesse la dièle lactée absolue. Le lait ne doit jamais être abandonné que lentement, et on introduit peu à peu, en les subsliluanl au lait, des féculents légers, puis la cliair de poisson et la viande de veau et de volailles pour finii* par les viandes dit(.'s noires. Le malade commencera ce cliangement de régime en faisant au milieu du jour un repas composé de viandes légères et de bouillon, de légumes verts, de fruits cuils et d'une petite quantité de bon vin additionné d'eau. Si la reprise du régime mixte ou ordinaire s'accompagne aussitôt du retour ou de l'augmentation de l'albumine, c'est un signe qui indique la nécessité de revenir pour un certain temps encore au régime lacté exclusif; mais une fois que l'albuminurie est devenue persistante, que lelaita faittomber ce symptôme à un minimum, il serait inutile et peut-être nuisible pour le malade de persister indéfiniment dans un régime qui neserait d'ailleurs pas praticable indéfiniment. Des observations ultérieures faites à ce point de vue nous apprendront peut-être à mieux juger des indications du régime lacté et du régime ordinaire dans le mal deBrigbt. Ce que le lait fait probablement disparaître, comme cela a été dit plus baut, c'est le défaut de l'assimilation des substances protéiques, mais une fois la nutrition relevée, il ne paraît pas devoir exercer une action marquée sur les lésions rénales, puisqu'on voit persister la perméabilité anormale du rein. Or il n'est pas démontré (|ue ce vice de nutrition, cette dyscrasie albumineuse existe dans toutes les népbrites ou au moins à toutes les périodes d'une népbrite vierge d'un traitement lacté. Qu'tel ci le l'observation d'un malade briglitique, atteint d'bypertropbie cardiaque et d'iiydropisie des membres inférieurs, auquel il fit prendre six à dix œufs crus par jour représentant 38 à 6-4 grammes d'albumine dessécbée; il continua l'expérience pendant dix »ours et au bout de ce temps l'albumine rendue, qui atteignait
711 ( ll\l'. \ r.IS. — TUAITKMKNT IIYC.Ifi.NlQlIK DKS A MilIMINlIRIQUES.
2'^%."»') à ;{ ^l'.iiiiiiK's ji.ir jour iTavail iiiiIIi'iikmiI aii^nionlé. CduiiiichL cxj)rHiii('r co lail aulrenicnt ((uc par l'oxistoncc (riiiic assiiiiilalioii iioiinalo des albmiiinoïdcs (;l un étal stalionnaii'c tl(3s lésions rénal(3s sur Ios(juellcs ce ré^^ime, que beaucoup craulcurs qualilicraient d'imprudonl, n'avait eu aucun eflot fâcheux. Néanmoins il faut se garder d'excès contraire, et considérer que le régime des alhuminuriques clironiqnes doit toujours être conduit avec une grande prudence.
Liclitlieim a fait remarquer qu'un régime trop fortement animalisé peut s'accompagner d'une formation d'urée supérieure à celle que le rein malade est capable d'éliminer et accroître ainsi les chances d'urémie sinon h déterminer. Les repas copieux sont d'ailleurs prohibés par tous les auteurs comme entraînant l'assimilation instantanée des matières alburnineuses, la prohibition est moins impérieuse pour les œufs, au moins dans certains cas. Fonssagrives avait déjà eu l'idée de prescrire de l'eau albumineuse à la dose de quatre à six blancs d'œuf pour un litre d'eau, il permettait également les œufs peu cuits sans qu'il ait éprouvé des inconvénients. Senator a conseillé accessoirement l'addition d'eau de Vichy, de Vais, de Garlsbad dans le vin. Mais les malades doivent se «ardersurtout d'insérer toutes boissons avant une action fâcheuse surle rein et parmi celles-ci il faut comprendre les liqueurs alcooliques, la bière, le cidre; même recommandation pour les épiées et les aliments fumés.
§ 3. — Cure de petît-laît, de raisins, de konmjs
On a pensé retirer des avantages en soumettant les albuminuriques à des cures de petit-lait, de raisins, de koumys, toutes les fois que les circonstances ne permettaient pas l'ap-
CURE DE PETIT-LAIT, DK KOrMYS. 715
plication de la dicte lactée dans toute sa rigucui- ou (jue celle-ci n'était |)as absolument indiquée.
La composillon du petit-lait (jui est du l;iit dépouillé de sa caséine et de son beinic, montre de suite que ce liquide, dépourvu de qualités nutritives, ne peut être employé exclusivement comme le lait. Les matièies organiques alimentaires du [)elit-]ait s'y trouvent à l'état dissous et sont facilement absorbées par la muqueuse digestive; la faible quantité de caséine qu'il renferme peut èlie direclement absorbable en raison de l'action qu'elle a subie de la présure pendant la préparation.
Lorsque le pelit-lait est pris en certaine quantité (5 à 800 gr. par jour), il provoque des évacuations diarrbéiques parfois accompagnées de coliques; le plus souvent sonusage a pour etïet d'augmenter l'appétit, de combatlre môme les troubles dyspeptiques en môme temps qu'il est diurétique. En raison de ses propriétés laxatives ou même des troubles digestifs que provoquent les liantes doses, le petit-lait ne doit être em|)loyé qu'à la quantité de 500 grammes en quatre ou cinq fois. Ses effets diurétiques ne sont pas simplement dus à l'eau qu'il renferme mais encore à ses sels. May a attribué à la présence des sels de potasse l'amélioration du pouls qui suit parfois l'usage du petit-lait. On peut donc retirer quelques avantages en soumettant le malade à une cure de petit-lait dans le cours des népbrites chroniques par suite de son action sur la sécrétion urinaire. Il se peut d'ailleurs que l'introduction dans l'organisme d'une certaine quantité de sels rendus plus assimilables par leur proportion et par l'état moléculaire sous lequel ils se trouvent dans un liquide préparé par l'organisme de l'animal soit d'un protit réel pour l'économie.
Le Ixoumys, boisson fermentée obtenue par la fermentation lactique et alcoolique du lail de jument ou de vache,
7ir. CIIAP. \ lus. TIIAITKMKNT IIYdlÉNIQUE DKS AI.Iîr.MIMIUQUKS.
s'est iiioiilit' ulilc dans 1(3 Iraitcmciit des ii(''j»liiih's.I.a laiblo qiiaiilih' (Talcool coiilcniic diiiis ccUc boisson n'a j)as d'action irritante siii' les reins; (juaiil à Facidr; lariicjiic, il j)asse dans l'urine sous lormc de carbonates alcalins. Le kouniys est d'une digestion facile, la caséine s'y trouve sous un état de fines divisions, l'alcool et l'acide lactique ne demandent que peu de travail aux oi'ganes digestil's. Slaiif;(î a calculé que 5 litres de kouuiys et une' certaine (juantité d'iiydrates de carbone constituent une nouiriture sul'lisante f)0ur un Iiomnie se livrant à un travail modéré. Son emploi amène une diurèse très abondante, mais le fait le plus remarquable est rélimination abondante de l'urée sous son influence. Tandis que cliez un sujet non soumis au koumys, l'urine quotidienne s'élevait à IJOO grammes et l'urée à ^D»*",? chez le même sujet, l'absorption de 5 litres en vingt-quatre heures produisait une diurèse s'élevant à 3 litres d'urine et à une excrétion de 49='',2 d'urée. La quantité des chlorures éliminée ne paraît pas être influencée. Pour retirer tous les avantages que peut donner une cure de koumys, il faut la faire dans le pays d'origine, là où on prépare du koumys de bonne qualité et où le climat est sec et chaud en été (température estivale moyenne 20° G., humidité relative 50 p. 100, pression barométrique 754). Stange note qu'à Isamara l'accroissement de l'urée éliminée peut atteindre 100 pour iOO en vingt-quatre heures, tandis qu'à Pétersbourg, il n'atteint que 50 pour 100.
On peut rapprocher des cures de koumys et de petit-lait les cures de raisins. Le jus du raisin se rapprocherait, en effet, du lait de jument en considérant toutefois que la glycose remplace la lactose; le jus de raisin ne contient pas de beurre, mais des acides malique, tartrique, libres ou combinés avec la potasse. La quantité qu'on peut ingérer varie de 3 à 8 livres. On doit débuter par de faibles doses