‹ Du régime alimentaireChapitre 78 sur 168 · DE LA FIÈVRE · texte numérisé non relu

DE LA FIÈVRE

§2. — De la flèvr©

La fièvre est surtout caractérisée par une augmentai ion du pouvoir calorigône de l'organisme; tandis que les déperditions de chaleur par la peau et les poumons sont plus marquées, la production du calorique l'est encore plus; il en résulte une hypertliermie centrale et périphérique.

Premier symptôme ou dominant. V hypertliermie XiQ COU-

stitue cependant pas la cause unique des phénomènes de la fièvre ; il n'y a pas de parallélisme entre l'intensité de la chaleur fébrile et la production des troubles fonctionnels ou matériels de l'organisme. Dans la plupart des cas, l'hyperthermie ainsi que les désordres qui l'accompagnent relèvent d'un mécanisme commun et d'une cause commune; le mécanisme de la calorigénie réside dans les points du centre cérébro-médullaire qu'on vient de préciser; la cause elfective consiste ordinairement dans l'action d'un microbe spécial.

— L'étude de la calorigénie prouvera la disparition du pouvoir régulateur du centre calorifique; l'étude des autres syndromes en démontrera l'indépendance, et le simple parallélisme avec la chaleur augmentée (Unvcrricht, Naunyn).

Deuxième groupe de phénomènes. — Cœur, pouls, respiration.

— Après ou avec le système régulateur de la chaleur, c'est le cœur et la circulation qui sont le plus souvent atteints; généralement le pouls s'accélère et c'est là un des faits les plus constants de la fièvre; néanmoins ses battements peuvent rester au chiffre à peu près normal, bien que la température corporeHe s'élève de 37%5 à -40 degrés.

La pression du sang dans les artères est spécialement abaissée, Marey l'a démontré sur les chevaux fébricitants ; €hez l'homme le sphygmographe démontre cette diminution de tension, surtout au bout de quelques jours de maladie.

37r) ciiAp. III ni:s fiévreux.

Il cxi^lc alors coiiiiiif lt'moi^nap:o do celte (iépi'ossion un plit'iioiiiriK' (les jtjiis inlércssants; c'est la double pulsation (lu |K)uls pendant (pic le cœur ne se contracte (jn'iinc fois, c'est le (licrùlisme, qu'on ne reconnaît bien que par le traccî spliyjinioj^rapliique. A la siiile de l'onde primitive qui porto le sang" du coMir à la j»(''iipli(''rie, il se fait une scorie d'ond(';es secondaires qui sont dues à l'action de la paroi ('dastique de rarlère (Marey) et surtout à la dcHente de cette paroi (Voir les tracés au cliap. ix). La fièvre au t^nncnte aussi la fréquence de la rcspiratioUy et produit cette gêne respiratoire, appelée df/psnée h}/pcrtJicrmique, qui a été étudiée dans ces derniers temps. Ce n'est pas tout encore.

Quand la fièvre a duré un certain temps, les organes, les muscles et le muscle du cœur lui-même subissent une sorte de dégénéraiion, dont il faut tenir grand compte dans l'emploi des moyens curatifs et surtout dans les prescriptions alimentaires.

Troi»«iènie catégorie de phcnoniènes^. — Inanition. — Troubles

digestifs. — Consomption. — Le troisième groupe de phénomènes comprend les troubles difjesiifs, la consomption^ qui ne manquent jamais de se produire dans les fièvres prolongées. — L'appétit est rarement conservé; l'inappétence, le dégoût des aliments, les vomissements, la difficulté de digérer, l'altération connue des glandes à pepsine de l'estomac dans la fièvre mènent droit à Vinanition. Par elle seule l'inanition entraîne la consomption; mais c'est surtout l'usure des tissus et de la trame intime des organes, qu'elle soit cause ou effet de l'hyperthermie, qui hâte le dépérissement; la perte du poids corporel est due à ces deux conditions; la dénutrition est constante et facile à prouver.

Il existe en effet une combustion exagérée des éléments constituants du corps ; elle se traduit par la production des déchets plus nombreux, surtout par la formation excessive

I»i: LA FIKVIIK. 377

de l'urée, on de débris inoins oxy(l(^squi tous s'éliminent par les urines. Gel excès d'urée éliminée peut même précéder ht frisson (Leyden, Uingor, Rosenstein); donc il n'est pus le résultat de l'iiypertliermie : de même aussi Naunyn et Schleidi ont vu r<'cliaulTement arlilieiel des animaux au'^nienter l'urée; il y a donc parallélisme et non rapport de cause à effet. Si enfin l'urée est diminuée parfois dans les liquides excrétés, la cause est dans l'inanition ; elle a usé les éléments organiques du corps qui ne trouve plus à se réparer par les aliments.

Un résultat plus fréquent encore de la dénutrition c'est la surproduction de Vacide carloniquCj en tous les cas son exhalation plus marquée par le poumon.

Liebermeisler, Leyden ont observé dans la fièvre intermittenle, typhique, pneumonique, de 34 à 48 pour 100 d'augmentation. D'après Senator l'acide carbonique n'est pas produit en excès mais il s'élimine plus, grâce à la fréquence des respirations; Senator en conclut que la combustion des graisses corporelles n'est nullement en rapport avec les décompositions d'albuminates ; mais Colosanti et Friintzel ont démontré sur les animaux une véritable surproduction d'acide carbonique, avec une suroxygénalion; c'est là aussi le résultat des observations de Leyden et Friinkel. Sur unj^oint donc tout le monde est d'accord, c'est l'usure des albuminates; sur la combustion des graisses on ditïère d'opinion. Senator et Colosanti pensent qu'il n'y a pas de rapport entre ces deux facteurs, et que l'organisme peut s'appauvrir en albuminates, tandis qu'il reste en possession de la graisse.

Tous ces phénomènes sont jusqu'à un certain i)oint indépendants de l'élévation de température; Yolkman cl Genzmer les ont vu manquer dans les fièvres infectieuses avec des températures très élevées, et inversement Frànlzel les a vu apparaître par les températures basses dans certaines

:{78 ciiAi'. m. - DKS Fif:vnKi:\.

lièvres. — S'il y a ainsi une iii(l('|)on(lan('o rc<;ll(3 entre le <^r()i4)C «les j)liénoinèn('S «le coiiibuslioii d la clialcm- en excès, il esl «le hmlc nécessih' de Caire inlorvenir cet a^«;nl coiiiimiii (le dcsliuclion, ce principe virulent, cet être vivant parasilaire (pii est la cause à la l'ois (I(î Tliypertliermie et du dépérissement. On V(n(, en dVel, dans certaines maladies infectieuses, comme la fièvre récurrente, le thermomètre monter à 42° sans qu'il se produise de troubles sérieux dans les l'onctions générales ; d'une autre part la fièvre typhoïde peut durer une et même deux semaines avec 40" à 41° sans compromettre la vie; ceci prouve la spécialité d'action des divers principes virulents et rien de plus.

Donc, c'est l'agent infectieux qui détermine la fièvre; c'est encore lui qui en se disséminant influence les autres fonctions de l'économie. — Il s'agit de lutter contre ce micropliyle délétère, qui détruit moléculairement la composition de nos organes en les comburant, et augmente du même coup le pouvoir producteur de la chaleur qui est perdu.

4 Oégénérations Aes organes, des muscles; altérations du sang.

— C'est encore à l'excès de température qu'on a rapporté, mais à tort, la dégénérescence granulo-graisseuse du foie, des reins, des muscles, du cœur; on la retrouve en elfetdans toutes les maladies infectieuses, même quand la fièvre a été modérée, comme dans la diphtérie.

Les altérations du sang, de la fibrine, de l'albumine, l'incapacité respiratoire de l'hémoglobine contenue dans les globules, la diminution de ce principe, même quand les globules augmentent de nombre, paraissent être sous la dépendance des altérations des organes formateurs du sang, comme le foie, la rate, les ganglions lymphatiques.

Troubles nerveux. — Il reste à signaler la perturbation des fonctions de sensibilité et de motricité, qui marque le début ou le cours de la maladie fébrile ; tous les phénomènes

RÉGIME DtS l'IKVr.KUX. 371)

cérébro-spinaux peuvent se nioiiUer aux diverses périodes de la fièvre, et d(''peiulent soil de l'iiyperllierniic, soit du ^enre de poison morbide qui la piovocjue, soiteniin de Texcitabililé du système nerveux.

Au point de vue de la nécessité et de la nature deTalimentntion, nous devons surtout tenir un compic rigoureux de riiyperthermie et de la consomption, qui portent moins sur la graisse, constamment sur les albuminates.

§ 3. — Régime des fiévreux

Deux graves questions surgissent, l'une au sujet de l'alimentation des fiévreux, l'autre à l'occasion de leur genre de régime.

a. Alimentation en général dew fiévreux. — Dc tOUt tCmpS on

s'est demandé s'il laut tenir les malades à la diète, ou si on doit leur accorder une certaine nourriture. — Cliaque apport d'aliments, disent les partisans de l'abstinence, est suivi d'une augmentation de la chaleur, comme si on jetait l'huile sur le l'eu. Or, il n'existe pas un lait qui prouve une telle assertion, et serait-il même avéré, on ne saurait en déduire la nécessité de supprimer au fiévreux toute espèce de nourriture. En ellet, fascension lliermométrifpie dans ces cas douteux peut tenir au mauvais choix de la nourriture, à son état de condensation, et surtout à la l'aiblesse de l'acte digestif, chez les lebricitanls. Dans tous ces cas l'élévation de la chaleur fébrile n'est pas durable; elle est généralement en rapport avec la digestion et cesse avec elle; s'il en était autrement, si l'absorption des aliments et leur pénétration dans le sang déterminaient un excès d'oxydation ou de combustion, la chaleur devrait se Taire sentir, à une période ultérieure, après la digestion accomplie, pendant un temps plus ou moins long. Mais si des aliments mal appropriés ou

3H0 < Il M', m - i>i.s I if:vHKr\.

grossiers vit'iincnl ;'i porh'i- aux orj^ancs (Ji^cslif's un f^r^wc ot |)(M>islaiil <I()iiim;j|4«', il ''" r<'siilh' imo aiij^iiicnlalion piolon^rc (In iiioiivciiienl IV'hrilc. Dans ce cas on poiii rail cioirc (jiic la clialciir coiporollc iiioiili^ pai'cf (jiio rintensilé des ()\\(lali()iis s'accroil par raj)p()r( (rmic plus grande quantité de inah'riaiix. Comment se l'ail-il cependant que, à Félat normal, la produclion de la clialeui' (pii s'cxagèi'e jtar sniic ^]^• rin^vslioii (Tunii nourriture |)lus abondante que dans la fièvre, cl par raclivih' musculaire très développée.', ne s'accuse jamais au thermomètre que par quelques fractions de degré? La léponse à cette objection semble très facile. Dans la fièvre, les appareils régulateurs qui président à l'état normal pour maintenir une chaleur constante refusent leur concours. On est d'accord pour admettre que dans la fièvre la régulation n'est jamais qu'imparfaite. Liebermeister a beau dire que cette fonction régulatrice existe mais est montée dans la fièvre à un diapason plus élevé que dans l'état physiologique, et que les soupapes qui s'ouvrent pour la déperdition de la chaleur en excès ne le font pas à 87% mais seulement à un degré plus élevé ; Liebermeister ne fait ainsi que compliquer ou reculer la difficulté. Senator démontre, au contraire, que la température corporelle diffère précisément de l'état normal, par son extrême mobilité, sans pouvoir se maintenir à un degré déterminé dans les conditions les plus diverses comme cela a lieu naturellement. Ces faits parlent en faveur d'une activité amoindrie, insuffisante des moyens régulateurs. Ce sont, dit Senator, les vaisseaux de la peau qui se comportent différemment; pour éliminer du corps l'excès de chaleur produite, les vaisseaux superficiels devraient constamment être dilatés, tandis que, en réalité, les dilatations et les contractions des artères se succèdent alternativement et cette alternance est incessante par suite delà surexcitabilité des nerfs vaso-moteurs provoquée par la fièvre.

RÉGIME DtS FIÉVREUX. 381

D'après cette doctrine il faudrait, ce semble, arrivai' à a^ii'I)arles aliments sur le centre vaso-moteur poui y ramener la stabilité, ou j)lutot il faudrait atteindre les centres calori- ^ènes cérébro-spinaux eux-mêmes pour favoriser leui' fonctionnement régulier. Un pareil effet ne saurait se produire sur le système central nerveux que par une modification soit dans la composition du sang, soit dans la texture des celbdes nerveuses; or on sait que la masse alimentaire, seraitelle môme de nature albumineuse, est toujours transformée et absorbée, et ne s'annexe pas directement aux tissus ni au sang; elle est un albuminate de circulation et non un albuminate ii\e. Il est donc impossible ni d'accuser la nourriture ni de compter sur elle pour maintenir le fonctionnement soit du centre vaso-moteur, soit des centres calorigènes ; la nourriture a une autre destination, elle doit réparer les pertes; y parviendra-t-elle?

b. Régime MpécinI des flévrcux. — Pour atteindre CC ])Ut,

qui est en délinitive la léintégration des forces du malade, nous ne devons pas oublier que les déperditions portent sur les albuminates bien plus que sur les graisses du corps et qu'elles ne sont pas proportionnées l'une à l'autre ; la question du régime albumineux et du régime liydrocarburé se posera donc tout d'abord. Puis il faudra cliercber l'origine de la consomption et de l'inanition, et faire la part de la fièvre dans le dépérissement de l'organisme; en raison de ces diiïérentes dépréciations le régime devra prendre une direction spéciale. Un troisième point doit être fixé, il est relatif à l'état d'infériorité des fonctions digestives et à la difficulté de faire agir l'estomac ou l'intestin, par conséquent de transformer les aliments en substance assimilable, en peptone.

En présence de ces trois desiderata il n'est pas trop de soumettre nos prescriptions de régime à une série de pré-

ns^2 CHAI', m. — DES Flf.VREUX.

raulions, ;'i iino si'ric (r;iii,'ilys<*s pliysiolo^^iquos d de iiiiiiuliiMiscs observations; la vie du malade; en df'pond. Nous discuh'rons le Ixmilloii <»ii le potage, localV'.iii l.iil on IVriH, 1,1 lisaiic commune ou la boisson vineuse avec le même soin, le nn^une sci'upule, la môme solcnnih) (juc s'il s'a^nssait d'une lornuile médicamenteuse. A une certaine période de la maladie fébrile, |)ar exemple à une certaine pbase de la fièvre lyplioïdi^ le règlement des détails de cuisine présente plus d'intérêt que l'oi'donnance pliarmaceutique.

Les principes alimentaires doivent protéger l'organisme fébrile contre l'usure envahissante de ses tissus, et en même temps restituer ce qu'il perd sans cesse; tout ceci ne peut se l'aire que partiellement, car une nourriture complète est impossible à cause de l'étal anormal du tube digestif, qui se révolterait contre un travail exagéré soit mécanique, soit chimique ; il faut donc épargner l'estomac et arriver autant que possible à l'absorption directe des liquides aqueux ou alimentaires sans l'intervention des organes digestifs. Ainsi, repas modérés et fractionnés, aliments exclusivement liquides, voilà des conditions physiques préalables. La condition chimique est bien autrement complexe.

1° Aihuminatcs. — Lcs discussious Ics plus réccntcs et les plus aiguës portent principalement sur le point de savoir si on peut, si on doit prescrire la nourriture albumineuse. Au premier abord un pareil régime semble aller à rencontre du but, et augmenter la fièvre ; dans l'état physiologique, les oxydations dépendent en effet de la quantité d'albuminates particulièrement de ceux qui sont en circulation, et les oxydations entraînent la production de la chaleur. Mais si on considère, d'après les remarques de Bauer et de Kisch, que le maintien des forces chez les fiévreux, et la diminution de l'inanition s'imposent de plein droit, on est amené quand même à reconnaître l'importance du régime albumineux.

HÉGIMK DES FIÉVIIEUX. 383

Deux «clcbrcs expériences qui furent instituées pai' IIuppert <M Riessell siii- un pneunionicpie et sur un typliique semblent au jiromiei" al)or(i très décourageantes. Il ressort de ces recherclies que la (juantité éliminée d'azote dépasse toujours, quoi ([u'on rass(i, celle des recettes en substances bomologues ; il y a toujours une perte d'azote, (|ue le régime soit pauvre ou ricbe en albuminates, et elle n'est point en proportion de la quantité d'albuminates ingérés; d'ailleurs en aucun cas le déficit azoté n'augmente par une nourriture chargée d'albuminates; c'est plutôt le contraire qui semble arriver.

S'il en est ainsi, si l'usure de l'albumine dans la fièvre ne s'accentue pas par l'albumine surajoutée, il n'y aura plus de raison d'en priver le malade. Une expérience décisive à cet égard a été faite par Bauer et Kunslle; ils prescrivirent alternativement à un typliique un régime sans azote et un régime pleinement albumineux composé de soupe, d'œufs et de lait ; du tableau des recettes et des dépenses il ressort que l'usage des albuminates épargne les tissus protéiques du corps; sans doute le total de l'azote éliminé est augmenté, mais la perte corporelle d'azote est au contraire en diminution. Il est vrai que le malade prenait en même temps que les albuminates une certaine quantit(3 de graisses et de fécules; c'est précisément là le moyen d'épargner la trame organique albumineuse.

Maintenant quels son! parmi les lyjxvs des albuminates, ceux qui sont le plus facilement digestibles, les plus rapidement assimilables? Il y a trois espèces d'albuminates, la viande, le lait, l'œuf, c'est-à-dire la fibrine musculaire, la caséine, l'albumine proprement dilo. Quel que soit le genre prescrit, il faut éviter, surtout pourlaviande, la forme solide ou même consistante, parce (|ue dans la fièvre le suc gastrique étant rare ne pénètre pas suffisamment la masse ali-

381 (iiAP. III. — in;s iif:\iti.r\.

iiit'iil;iiri' cl lu* l;i laniollil fii ne la di^^Te; (raiilrc, pail la luiiicih' (le la iiiiis(ulaliii-(3 sloinacalo (Haiil aiiioiiidric, les rrai^iiK'iils voliiiiiiiK.Mix des aliiiKjiits s'arrèteiil Iidj) loii;^leiiips dans la cavité de resloiiiac et y su hissent une sorte de l'ernientation. La noiinitiiicî li([iiide elle-mùnie ne doit ètrepi'ise ([u'àdeeertains intervalles et par petites «[uanlités.

C/est donc ordinairement le Idit, les œufs et les bouillons (pii sont l'econmiandés. Pour |)en (pi<; l'estomac soit tioublé dans ses Ibnctions, le lait se digère mal, il se prend dans l'estomac en caillots dirficilement accessibles au suc «^astrifpie, qui souvent quittent cet organe sans être peptonisés et ne trouvent leurs moyens de digestion que dans le suc intestinal et pancréatique. On a alors beau délayer le lait dans une ou deux parties d'eau, ou y ajouter de l'eau de Vichy, ou une eau gazeuse, ou môme une liqueur alcoolique, le donner froid ou chaud, bouilli ou cru, le malade finit par le refuser et le médecin par le proscrire; le café au lait fait parfois exception, il est toléré ou du moins accepté par le patient.

Les œufs doivent être à peine cuits et délayés dans le bouillon; ce liquide qui est chargé de principes salins, ce véhicule de la matière albumineuse, commence par exciter la sécrétion du suc gastrique; or on sait (Voy. chap.2) que l'albumine de l'œuf, prise seule, soit à l'état cru, soit durcie par la cuisson, nécessite l'intervention d'un suc gastrique très chargé d'acide chlorhydrique, et comme cette réaction n'est pas immédiate, comme elle est généralement précédée d'une formation d'acide lactique, qui contrarie la digestion de l'œuf, il en résulte que l'œuf qui se digère bien avec le bouillon, reste indigéré quand le malade le prend comme mets unique.

Le bouillon ou plutôt Ic cousommé, préparé avec la viande réduite en fragments et avec de l'eau froide qu'on chauffe

RÉGIME DES FIÉVP.ELX. 385

graduellement à 60° ou 70% voilà un des meilleurs aliments liquides; mais si la viande est coupée en grosses tranches, et soumise à un feu vif, il se forme à sa surface une couche d'albumine coagulée, (jui empêche la pénéti'ation de l'eau dans la viande, et le bouillon ne contient plus d'albumine; il renferme des traces de gélatine 0,6 pour 100, si c'est un bouillon de bœuf, 4,75 pour iOO si c'est un bouillon de veau. En tous les cas le bouillon contient aussi des sels, particulièrement des chlorures et des sulfates combinés avec la potasse, tandis que la viande retient les phosphates combinés avec la chaux et le fer.

Bouillon et viande rApée- — Quand la maladie est longue comme la fièvre typhoïde, on ne doit plus compter sur le lait, les œufs et le bouillon ordinaire ; il faut ajouter à ce dernier de la pulpe de viande, provenant de la viande râpée, dégraissée, privée de nerfs et de tendons, et passée par un gros tamis; on délaye 20 ou 30 grammes de cette pulpe dans une tasse de bouillon; de cette façon on est bien sûr d'administrer de véritables albuminates.

pepcones. — G'cst aussi Ic cas d'ajouter des peptones au bouillon et surtout des peptones i)ar coction ; nous savons en effet qu'elles sont des peptones d'albumine-gélatinc.

2" noyons d'épargne gélatineux. — La difficulté dc trOUVCr

des albuminates en nature a fait songer à des substances également azotées mais d'une digestion moins compliquée et surtout d'une transformation plus directe. De tout temps on a préconisé empiri({uement le bouillon gélatineux, préparé avec des jarrets de veau, ou avec la volaille. On connaît aussi de longue date le beefica^ préparé avec des fragments de viande qu'on soumet sans eau dans une marmite hermétiquement close à l'action du bain-marie pendant plusieurs heures ; on obtient ainsi toute la gélatine de la viande, c'est un bouillon concrète en gelée.

886 CM AI», m. — Ï)ES FIRVHEUX.

Prenant la quostion au })<)int de vuf^ scienliri((no, Scnalor est arrivé à conclure à la nécessité de remplacer j)ar la ^«'latine les albuniinates qui, (Taprès lui, loin (1(; régénérer les tissus perdus, en favorisent la dcsliuclion. l)éjà Voïl avait remarqué (pi'il est unc^ substance azotée (|ui loin d'a^iicomme les autres albuniinates vrais et d'activer la désintégration moléculaire des éléments organiques, en enraye cette décbéance : cette substance c'est la gélatin(\ Il est vrai (|ue la gélatine n'a pas par elle-même la même valeur nutritive que les albuminates, et que, en tous les cas, il faudrait pour atteindre le même but en prescrire des quantités considérables. On peut le faire impunément, caries gelées sont bien supportées et faciles à digérer. Mais en réalité ce ne sont que des moyens auxiliaires de conservation de nos tissus organiques, des moyens d'épargne. A ce titre la gélatine ne saurait être trop recommandée, sous les formes les plus variées comme goût et comme préparation.

3° Hatières féculentes et sucrécii). — Après CettC minutieUSe

analyse des effets des substances azotées (types albumineux, type gélatine), nous abordons la question plus pratique des aliments ternaires ou non azotés, les féculents, le sucre, la

graisse.

Fécules. — ïlippocrate avait déjà, dans ses mémorables écrits, établi les bases de la diététique des maladies fébriles aiguës, en repoussant la diète absolue; il montre avec des preuves formelles, l'utilité de la ptisane, qui est une décoction d'orge, et des aliments de l'ordre des féculents, sans proscrire d'ailleurs les autres aliments ; il en règle l'usage d'après la période et l'acuité de la maladie. Il est bien certain que les malades supportent et digèrent bien les aliments de ce genre. Ajoutez au bouillon des pâtes ou des fécules, prescrivez les potages de ce genre, vous trouverez là certainement des aliments faciles à digérer, et comme ils se

llfXIME DKS llfiVIlEUX. 387

brûlent enlicrcmcnt en se translbriiiaiit en inalière sucrée, ils devienni^nl directement assimilables; ce sont donc des aliments d'une nature spéciale. Ils ont encore une autie fonction, c'est de modérer la destruction incessante des albuminates corporels, et des corps gras qui l'ont partie de l'organisme; ce sont donc aussi des moyens d'épargne. A cet égard, ils agissent comme la gélatine. Mais vous avez beau faire des épargnes si le capital organique, si la trame albumineuse se perd! Il faut donc à tout prix y ajouter une certaine quantité d'albuminates, sans quoi le bilan nutritif de l'organisme s'abaisse, et l'inanition s'ensuit ; en eifet, comme le démontre Uffelman, 100 parties de soupes farineuses ne contiennent que 1,G à 2 d'albumine, 12 à 15 d'hydrates de carbone et des traces de sel.

Sucres. — C'est pourquoi le môme auteur préconise le sucre de raisin à la place des fécules; le sucre, qui est le produit final de la digestion des matières amylacées, n'a pas besoin d'une digestion ultérieure pour entrer dans le

sang.

craisscs. — Lcs graisscs doivent être exclues théoriquements et pratiquement; la théorie indique en effet d'après Senator, que par suite des désintégrations dans la fièvre, le corps s'appauvrit en albuminates, mais s'enrichit pro[)ortionnellement en graisse; celle-ci devient donc inutile. Parkes a beau préconiser des graisses d'une digestion facile comme le beurre (et l'huile de foie de morue??); elles ne trouvent pas pratiquement leur dissolvant, la bile et le suc pancréatique, ayant leur sécrétion diminuée; elles ne trouvent pas non plus les moyens habituels d'absorption dans les villosités intestinales, qui sont plus ou moins altérées dans leurs fonctions ou dans leur texture.

iiéNumé. — Une nourriture mixte composée d'une })etite quantité d'albuminates et d'une proportion plus considé-

388 Cil \i'. in. in:s rifiVREUX.

rahie de substances non azotées, constitue le meilleur ré^nmc pour les fébricitants; di^s bouillons, suitout des bouillons conccnirés et j'élatineux de viniu, ou bien des bouillons de bceuf additionnés de gelée, des consommés à l'œuf, la viande râpée, légèrement grillée et mêlée au bouillon, paifois du lait dilué, plus souvent encore à une péi'iode moins aigu«"' de la lièvre des potages féculents, voilà les moyens de satisfiiire aux exigences de la clinique pbysiologique.

i^ WtoiHHonH. — i:au. — Uoîhmoiiw nucrécM, tbéi(|ucs, alcoollqueff,

vinoiiMcs. — L'eau est un moyen alimentaire sans lectuei la texture des organes serait compromise ; les malades réclament la boisson, le médecin doit la prescrire par petites quantités, plusieurs fois par lieure, mais à la volonté du patient. — L'eau favorise sans doute les mouvements de dénutrition (Voy. chap. viii), elle produit peu de décliets,mais contribue surtout à expulser par les reins l'urée et les autres produits préexistants de décomposition. Gomme elle est d'ailleurs un des agents les plus efficaces de la digestion, elle contribue, par cela même, au maintien intégral de l'économie ; de l'eau pure froide ou même refroidie artificiellement, la limonade, les eaux gazeuses, acidulées, les tisanes aromatiques, une légère décoction de riz ou d'orge, du lait délayé, voilà les boissons les plus usitées, surtout étant additionnées de sucre.

Les boissons théiques, et les infusions en général, ne plaisent pas autant au malade qui leur préfère généralement l'eau vineuse ou l'eau alcoolisée, la bière ou le cidre; nous savons les propriétés du tbé et de l'alcool, nous leur reconnaissons à l'un le pouvoir de stimuler les forces, à l'autre de les conserver, en même temps d'épargner les tissus.

RÉ(;iME DES CONVALESCENTS. 380

§ i. — Itégimc (les convalcMccnts

Lorsque, à la suite d'une fièvre grave, aiguë comme la pneumonie, ou prolongée comme la fièvre typlioïde, la température est délinitivement revenue à l'état normal, la convalescence commence, et avec elle le moment opportun pour la réparation des éléments corporels usés ou détruits par la fièvre. Il se peut que la décomposition des albuminates continue encore un certain temps; l'alimentation doit être alors restreinte, jusqu'à ce que les organes digestifs aient repris leur activité fonctionnelle; aussi, au début de la convalescence, la qualité et la quantité de nourriture doivent s'adapter aux états morbides qui viennent de finir, et plus encore à la réintégration du pouvoir digestif; or, cette fonction se rétablit tantôt lentement et se traduit par un manque d'appétit, tantôt elle se révèle par une faim vorace, si bien qu'il faut protéger le malade contre les fautes du régime ; il n'est pas encore en situation pour digérer et surtout pour s'annexer de grandes quantités d'aliments solides.

Quand un régime consistant et copieux succède tout à coup à une alimentation légère et liquide, il survient des indigestions plus ou moins graves avec des retours de chaleur fébrile. Ce sont surtout, dit-on, les viandes qui, excitant les nerfs digestifs, provoquent la suractivité du cœur et des congestions ; mais ces mêmes et graves inconvénients peuvent provenir d'une alimentation végétale; Tindigestion ou la dyspepsie est due, dans Tun et l'autre ras, au volume et au poids des aliments plus qu'à leur nature. — Aussi est-il bon, pour marquer la transition, de commencer par des mets farineux ou lactés demi-consistants, et de ne permettre la viande que préalablement hachée, ou le jambon découpé en tranches minces. Si au contraire l'inappétence persiste, il

800 cil AI», m. — DKs rii':vRi:i]X.

Csl ulilc (le sliiiiiiln- les roiiclioiis |i;ii (I(îs condimpnls ((iii rrlrvonl 1<^ ^out, ou piirdrs ;ili!ii(;iilsri()i(ls,(tii inruic j»;ir(los viandes frajimentécs, froides, jut'piii «'csàrhiiilootauvinaijj^ie.

En loiis los ras, connue il s'agil (rindividus déprimés, alVaihlis j)ar la maladie antérieure, qui n'ont besoin pour le maiiilien de la uuliition, (juc d'une ration bien inférieure à cellf (Tun organisme bien nourri, il faudra procéder graduellemeiil; un excès de matière alimentaire n'avance en rien la réparation, car il ne reste jamais qu'une fraction qui s'annexe aux tissus, tandis que le surplus tombe en désintégration, en proportion de l'apport exagéré.

Onvoil dans une série d'observations prises par Renek pendant vingt jours consécutifs, sur un typbique, qu'une nourriture composée les premiers jours de 750 à 1000 grammes de lait, quatre œufs et 500 grammes de soupe grasse, four-^ nit pendant les quatre premiers jours, une perte de 45 à 60 d'albumine sur 60 à 80 parties ingérées, c'est-à-dire à peu près le total de l'albumine introduite; mais à partir du quatorzième jour (deuxième jour de l'usage de la viande) l'adaptation de l'azote commença et se traduisit par 17 à 27 sur iOO à 440 grammes d'albuminates.

Naturellement pour arriver à l'incorporation effective, la nourriture doit se composer à la fois d'albuminates et d'Iiydrates de carbone, ceux-ci devant couvrir la perte préalable de graisse, ceux-là devant dépasser légèrement le bilan de l'équilibre nutritif. Pour atteindre ce dernier but, le meilleur moyen c'est l'usage de la viande crue.

Fick démontra qu'elle est digérée trois fois plus vite que la viande cuite et même que le beefsteak saignant, c'està-dire demi-cru. Cette préparation est bien supérieure pour les convalescents, à la chair du veau rôti, qui est chargé de gélatine, au mouton, au porc et au poisson, qui sont trop^ pourvus de graisse.

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