‹ Du régime alimentaireChapitre 83 sur 168 · HUILK DE FOIE DE MORUE · texte numérisé non relu

HUILK DE FOIE DE MORUE

qu'il le soit par héi'édité ou non, qu'il soit goutteux ou herpétique, riche ou pauvre, excitable ou loipide, doit prendre la même nouriiture, car tous sont égaux devant le terrible bacille, tous ont besoin de se défendre par un régime d'entretien et de maintien des forces.

§ 2. — MédicatiustM aliaiou(aire<!« spéciales des pliti!>ti<|uc.s. lluilo de foie de morue

Il est des médicaments qui n'agissent qu'en vertu de leurs propriétés nutritives, et peuvent, par cela môme, être dénommés : aliments médicaux; c'est particulièrement dans le traitement de la phtisie qu'ils trouvent leurs applications; l'huile de foie de morue en est le type.

a. euiie de foie de morue. — L'huilc de foic dc moruc, signalée par tous les explorateurs des mers du Nord comme un aliment et un moyen de réchauffement pour les sauvages habitants des contrées glaciales, constitue un corps gras, qui est surtout reman[uable par la prédominance des acides gras; l'acide oléique y est représenté par 74 pour 100, l'acide margarique par '21 pour 100. C'est à ces acides qu'il faut attribuer l'action de ce remède. Les huiles brunes en contiennent plus, d'après Buchheim, que les huiles blanches; mais on sait que l'huile exposée au soleil est d'abord limpide et qu'elle ne devient brune que par fermentation et noire par l'ébulition. Cette distinction entre les diverses huiles s'applique moins à leur action thérapeutique qu'à leur indigestibilité et à leur saveur qui sont moins prononcées dans les espèces blanches.

Outre les acides gras, dont l'assimilabilité, en général a été démontrée par Im. Munk, on trouve la glycérine comme dans toutes les matières grasses qui, en fixant les éléments de l'eau, se dédoublent toujours sous l'influence

:j<ks ciiAP. IV. — r.fj.iMK dks iMinsiorKs.

des ;il( ;ilis, en acides ^ras el en j^dycérine (^Cluiviwml, 1<S2.T). Un Iroisiènie élément serait formé par les acides l»iliaii(is, dansia proporlion de moins d'un df^ini-inillième ; ils contrihncnt, sans doute, à la dissolution et à ral)soi'l)al)ililé des l^raisses. On a constaté aussi, dans toutes ces liuiles, des traces d'iode cond)iné avec la graisse ou sous la l'orme de iodliydrine (Bcrthelot). Ouel([ues vestiges de phosphore, de hrome et de triméthylamine (produit de fermentation), en complètent la composition. Mais ce n'est certes pas l'iode ni le hrome qui agissent dans l'huile de foie de morue. C'est donc, en résumé, aux acides gras que doit être rapportée la propriété thérapeutique de ce remède, qu'il faut ranger définitivement parmi les graisses alimentaires.

L'huile de poisson est d'une digestion difficile^ mais d'une absorption facile. Gomme l'estomac n'est pas chargé de digérer les graisses qui ne font qu'y passer, il suflit qu'elles y séjournent pour produire du dégoût, des nausées, qui durent parfois toute la journée au point d'empêcher toute alimentation ultérieure; c'est là un grave inconvénient qui finit néanmoins par disparaître si les malades n'en sont pas trop incommodés au début du traitement.

Pour atteindre un but utile, il importe de prescrire l'huile à doses croissantes, d'arriver graduellement à trois grandes cuillerées par jour, et de faire prendre le remède au commencement des repas, et immédiatement après, une ou deux tasses de thé ou de tisane aromatique pour précipiter toute la masse alimentaire de Testomac dans l'intestin. Une fois que la digestion intestinale est faite, l'absorption s'opère facilement, et même plus facilement que celle des graisses neutres. Gomme toutes les graisses, l'huile de foie de morue pénètre dans les vaisseaux chylifères après avoir imprégné les villosités intestinales; mais, tandis que les graisses neutres ne sontqu à l'état de division, les acides gras se trouvent

ACTION I)i: I/IIUILE I)K FOIK DK MoriUE. 399

à l'élat (le savon pour onti-er dans la mcinhranc muqueuse et de là dans les cIin lilères et le san;^. La su péi-iorité de celte liuile sur les autres est telle qu'en la im''lan|^eant avec des viandes maigies, on voit se développei* chez les animaux des quantités colossales de graisse dans le coi'ps (lîadziejewski et Iviilme).

.%c(ion do l'Iiuilo de morue Miir le iilitiHiquc. Une fois répandue dans le sang et les tissus, l'huile ne sert pas seulement, comme on l'a cru, à augmenter la chaleur, ni à multiplier les glohules du sang, comme on le croit encore, mais elle a pour fonction de protéger la provision d'éléments alhumineux qu i est en nous et d'empêcher les destructions moléculaires incessantes des tissus organiques. La preuve que les albuminates corporels s'usent alors en moindre quantité, c'est que l'urée, (jui est le résultat de leur combustion, ne s'élimine pas par les urines dans la même proportion que chez ceux qui prennent exclusivement de la viande sans l'huile. Voilà l'explication du fait.

La graisse use, pour se brûler et se transformer en acide carbonique et en eau, une quantité considérable d'oxygène; si l'organisme est ou devient riche en graisse, l'oxygène respiré y trouve de la matière à comburer, et il épargne ainsi les albuminates qui constituent nos organes. Pendant que l'usure de ces albumines internes se ralentit, il devient moins urgent de s'annexer l'albumine alimentaire; l'huile de foie de morue est donc un véritable modérateur de lu dénutrition.

Ce n'est pas tout. Les bacilles qui ont provoqué le développement (le la phtisie cherchent et puisent l'oxygène dans la trame organique; mais si cet oxygène est consommé en grande partie par la graisse, le reste est réservé pour la nutrition générale, d'ailleurs ralentie, pour la conservation de nos tissus, et pour les oxydations qui sont désormais dimi-

100 CIIAP. IV. — llflC.IMK DKS l'IlTlSIQrKS.

luiôcs parloiil ; il <'ii iiVsulh; (\\n\ 1»; (l(''li(:il croxy-iônc fiMiiiic aussi les parasites, (|iii, diVoriiiais, fit tioiivcFil plus à se inultiliplicr ou à .ivi(\ — 1/hiiiIe est donc un moyen prolecleur de nulr(î organisme, (M un moyen deslrueleui* des micro-organismes ; — nos comhusliuns sont modérées, ce qui estulile, la nutrition des bacilles est enrayée, ce qui nous est encore j)lus utile.

La phtisie doit donc étie traitée j)ar les corps gras à toutes ses périodes, dans toutes ses l'ormcs, excepte dans les phases fébriles, parce que le fiévreux ne forme pas assez de pancréatinc ni de bile pour digérer les graisses, tandis que dans l'état apyrétique, il n'y a aucune contre-indication.

b. ciiycérine. — La glycérine, qui est le résultat du dédoublement des graisses, sous l'inlluence des alcalis, en acides gras et en glycérine, a été découverte, il y a cent ans, pai- Scheele, admirablement étudiée par Ghevreul, en 18:23, puis par Pelouze, et surtout par Berthelot, qui, en réalisant la synthèse des corps gras, a mis en lumière les fonctions alcooliques de ce composé. La glycérine est, en effet, un alcool triatomique qui s'absorbe facilement et se trouve naturellement dans l'intestin, où la pancréaline opère le dédoublement des graisses en glycérine et en acides gras, lesquels se reconstituent à nouveau dans les cellules graisseuses de nos organes; elle finit donc par agir comme graisse. Mais étant introduite dans le tube digestif, si la dose dépasse 30 grammes par jour, elle trouble souvent les fonctions musculaires de l'intestin et provoque la diarrhée. — A dose modérée, elle présente une grande analogie d'action avec l'huile de foie de morue (Crawcourt, Lindsay, Semmola, Jaccoud), augmente le poids corporel et diminue les mutations organiques, par conséquent l'urée, comme je l'ai constaté chez presque tous les phtisiques que j'ai traités à l'aide de ce moyen.

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Iles extraits d'Iiuilo de morue. I/lllliI(3 [init loiljours pUl*

fiiliguer les organes digestifs, el j)ai- salurcr les villosités au bout de quelques semaines ; dans ces cas, j'emj)loie, non sans succès, un extrait spécial d'huile, désigné par le pharmacien sous le nom de morrhuol; 1 j»ramnie de cette substance représenterait 10 grammes d'huile. Ce qui est certain, c'est que le remède est bien toléré et absorbé, et que son action antidénutritive la rapproche de l'action modératrice de l'huile.

c. Lait. — Cure de luit. — Lclaitdoit être considéré comme un aliment gras, bien que la graisse n'y soit représentée que par 38 sur 1000 à peu près comme la caséine, tandis que le sucre de lait y figure pour 50 sur 1000 environ; la raison la voici : la graisse dépasse de beaucoup les proportions nécessaires à l'alimentation; en efTet deux litres et demi de lait suffisent pour faire les 100 grammes de graisse nécessaire à la ration normale; il faudrait trois litres au moins pour y trouver les 120 grammes d'albuminates exigibles, et dix litres pour faire les 500 grammes de principes hydrocarbures ; donc, toutes choses égales, la graisse est en excès, et la cure de lait doit être considérée comme un régime gras. — Lagraisseyest d'ailleurs à l'état libreetfinementdivisée, ce qui constitue un avantage considérable sur la graisse de l'huile de foie de morue au point de vue de la digestibililé; mais elle a une infériorité marquée parce qu'elle est formée par la stéarine, la palmitinc, l'oléine, c'est-à-dire des graisses neutres et à peine des traces d'acides gras volatils. — Aussi le lait, comparé avec l'huile de foie de morue, est plus facilement digestible à cause de l'état de division extrême de sa graisse, mais il s'en absorbe infiniment moins à cause de l'absence des acides gras qui se combinent facilement avec la soude, se saponifient et entrent directement dans les vaisseaux.

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