‹ Du régime alimentaireChapitre 91 sur 168 · CHLOROSE CARDIAQUE · texte numérisé non relu

CHLOROSE CARDIAQUE

aller jusqu'à la nuance du jaune verdatre, d'où le nom de clilorosis.

D'une autre part la respiration est toujours modifiée ; les malades ne peuvent marcher sans éprouver de ^éne respiratoire; elles sont incapables de se livrer aux mouvements intenses, aux exercices prolongés, et de gravir une pente ou les marches d'un escalier sans ressentir une vive oppression; toutes accusent dès le début môme de la maladie un besoin irrésistible d'air, une soif d'air qui se manifeste parfois à l'occasion d'une impression des sens ou d'une émotion morale. Au milieu de ces sensations et de ces troubles de la respiration, Tauscultation de la poitrine n'indique rien ; l'air pénètre dans le poumon comme d'ordinaire, et il n'y a que les échanges gazeux qui sont entravés par suite du déficit ou de l'altération des globules. — Voilà les deux symptômes dominants, constants. Le plus souvent les malades n'accusent aucun autre changement dans leur état et ne présentent aucun autre signe de maladie, si ce n'est des perturbations menstruelles. Souvent les règles ont peine à s'établir, ou elles diminuent ou se suppriment, et ces modifications ne sont que l'indice indiquant l'insuffisance de la fonction ovariquc; la chlorose peut même exister avec des règles abondantes et de véritables pertes. Mais ce n'est pas la question qui nous intéresse. Une étude attentive de la maladie nous a appris que la chlorose revêt trois formes principales.

Il est des chloroses à forme cardiaque, il en est à forme nerveuse, il en est enfin à forme gastro-intestinale. Nous insisterons naturellement sur cette deinière espèce, qui exige un traitement et un régime de nature spéciale.

ChloroNC cardiaque et vaNoiilairc. — Eu général Ic pOUls CSt

régulier, souvent accéléré, facilement excitable; et comme la masse du sang n'est pas diminuée, les pulsations ne sont

.i!(', CIIAP V. — DKS GIILOIiOTIUL'KS KT ANl'iMKjL'ES.

pas (oiiioins r.iihics ni jx'lih's; le conliaiii; a souvent lieu, cl les batlciiients sont relalivciiKMil ('iici-^icjiios, (juoique chacun d\ni\ soit très bref. Dans l(;s ailèros et les veines du cou, on perçoit liabituellenient un soulle continu, dont il s(Ma question au chapitre ix. Souvent les malades se plaij^ncnt (le cliabnir au visaj^^i, de routeurs de la faec ; ce sont des troubles de ciiculation, dus à l'innervation surexcitée des vaisseaux superliciels.

Ce qui frappe bien plus la malade ce sont les palpitations de cœur et les syncopes qui ne sont pas rares. Le cœur luimôme est le siège d'un soufile qui s'entend toujours pendant la contraction du ventricule gauche, soit à la base du cœur, soit même à la pointe; c'est sur ce dernier signe que je veux appeler l'attention, il comporte une grave interprétation.

Vircliow a observé souvent des rétrécissements et des altérations de l'aorte, et un certain degréd'hypertrophie du cœur ou de dilatation. Ces lésions admises par Beau, Friedreich, Stark sont loin d'être constantes, et souvent le cœur est petit, comme atrophié. En tous les cas elles ne produisent pas de troubles circulatoires. On admet seulement que la chlorose peut produire un certain degré d'œdème ; il y a longtemps qu'avec un de nos grands cliniciens, avec Andral j'ai nié la possibilité du phénomène ; car si les globules sont seuls altérés ou diminués, il n'y a pas de raison pour que le sérum du sang fdtre à travers les tissus; aussi quand la plus légère hydropisie se manifeste, je redoute une maladie incidente et insidieuse du cœur; cette maladie c'est le rétrécissement de l'ouverture de communication entre l'oreillette gauche et le ventricule du même côté, c'est-à-dire de l'orifice mitral; il ne laisse plus passer dans le ventricule la quantité normale de sang; une partie reflue vers les extrémités, son sérum traverse les vaisseaux, s'infiltre dans les tissus déclives ; l'œdème est fait. — Lorsque dans ces cas on ausculte le cœur, on

CIlLOnOSE GASTRIQUE. 117

entend avant la contraction, c'est-à-dire avant la systole du cœur, un léger bruit appelé pi'ésystolique qui précisément indique la difiiculté du passa^^^e du li({uide sanguin dans la cavité ventriculaire. — Il y a là une grave complication qui m'e\pli({ue aujourd'hui tous les mécomptes résultant du traitement classique de la chlorose par les douches froides pu par le fer; dans ces cas il s'agissait sans doute d'une chlorose cardiaque ou plutôt mitrale, qui exigeait toute une autre série de moyens ; c'est ce qui ressort de mes observations encore inédites, quoique assez nombreuses.

chioroMo ncrvomuNcuiaii-c. — Au licu dc la prédominance des phénomènes cardiaques, on note parfois celle du système nerveux et musculaire, c'est-à-dire la fatigue générale et surtout celle des muscles, les maux de tôte, les névralgies faciales, les douleurs vagues dans les nerfs et les muscles du dos ou des membres, une certaine inaptitude ou une certaine paresse pour le travail intellectuel, des tendances à la tristesse; les malades se plaignent surtout de vertiges qui leur font croire à l'imminence d'une congestion cérébrale, tandis qu'il s'agit précisément d'un état anémique du cerveau. Tout cet appareil névropathique n'entraîne pas d'indication particulière de traitement ; il n'en est pas de même de la forme gastrique.

cbioroso j^astririuo. — La plupart dcs clilorotiqucs accusent et présentent tous les symptômes des atonies ou des névroses gastro-intestinales; sans qu'il y ait dyspepsie chimique, l'appétit est souvent capricieux, quelquefois amoindri, et est marqué fréquemment par le désir des aliments vinaigrés ou épicés ; l'estomac est le siège d'une distension gazeuse avec soulèvement de la paroi abdominale, éructation de gaz provenant de l'air atmosphérique avalé ou aspiré, sans mélange de gaz de fermentation ; souvent aussi il se manifeste des crampes d'estomac ou des spasmes intestinaux, presque

-lis CIIAP. V. - DKS CIILOUOTIQUES ET ANÉMKjUKS.

loiijcuis une aloiii(3 iiileslinale mai (|ii('(! jiai' la • onslipalion. — Il s'a^il donc (riiiKî {gastro-atonie avec ou sans spîismcs qui préoccupe les chloroliqucs d'une manière exclusive, sans qu'il y ait cependant le nioindie danj^ei' de dyspepsie vraie, capable de compromettre sérieusement les lonctions de digestion ou d'assimilation. Ce qui le prouve, c'est que dans les cas de gastro-atonie ({ui paraissent les plus graves, il n'y a jamais de dénutrition ni d'amaigrissement, loin d(3 là; on a remarqué de tout temps que les chlorotiques conservent toujours un certain degré d'embonix)int. Ce même fait se reproduit également dans les anémies, suites de saignées pratiquées sur les animaux; Yulpian et Dechambre l'ont indiqué il y a vingt ans, et Frànkel l'a expliqué d'une manière satisfaisante en démontrant l'usure considérable des éléments azotés, de telle façon que l'oxygène n'est plus en quantité suffisante pour brûler les graisses de l'organisme.

Pronostic. — De tout ccci il ressort que la chlorose constitue rarement une maladie grave; elle guérit souvent en quelques semaines, mais les récidives sont fréquentes, de sorte qu'elle passe à l'état chronique et dure tout le temps de la période de croissance, qui peut se prolonger jusqu'à vingt et vingt-quatre ans; cela est vrai surtout des chloroses héréditaires. — Mais ceci ne veut pas dire qu'elle mène à la tuberculose ; j'ai souvent remarqué, et contrairement à l'opinion de Lund et de Yirchow, que la chlorose est antagoniste de la tuberculose dans certaines familles, dont quelques membres deviennent phtisiques, tandis que les jeunes filles ou femmes qui sont chlorotiques semblent devoir être préservées de la bacillose. Toutefois il est facile de confondre la chlorose avec la pseudochlorose qui précède souvent la phtisie.

pscadochioroso tuberculeuse. — Bien souvcut en effet la phtisie débute par les apparences de la chlorose. On voit des

l'.Ki.I.ME I)i:S CHLOIIOTIUUES. MO

rcMimes jt.ilii-, picndi'c un teint jaune terreux (jui dillèrc totalement iUt la décoloration V(3r(lati'e des vraies chlorotiijues; puis elles prennent la fièvre, tandis qu'elle est rare et peu niar({uéc(lansIaeliloiose pi'irnitive (Lorain, Mollière) ; elles niaij^risscnt, tandis que les chloroti({ues conservent leur embonpoint; elles digèrent mal et sont frappées d'une dyspepsie véritable, tandis que dans les pâles couleurs il n'y a que de la gastronévrose. Il importe d'établir ce diagnostic, car le traitement alimentaire diffère totalement dans les chloroses prétuberculeuses, avec ou sans dyspepsie, et dans les chloroses simples, dans les hypoglobulies.

§ il. — Traitcuicnt aliuiciitairc des cklurotiqiics

Le premier soin à donner à la clilorotiqui3, c'est de la faire respirer, de lui procurer de l'oxygène, et pour cela de la faire vivre au grand air, à la cam[)agne, aux bords de la mer, dans les pays d'altitude, ce (pii n'est jamais réalisable pour les jeunes filles i)auvres, et ne se pratique que diflicilement ou })assagèrement dans les familles aisées. Le soin le plus pratique est la prescription du régime; naturellement c'est le régime fortifiant tel que nous l'avons longuement étudié et analysé (Voy. cliap. 11). .le n'ai rien à y ajouter; j'insiste cependant sur les aliments, les boissons et surtout ce qui est ferrugineux; mais n'allez pas croire que le fer soit toujours une panacée.

Chaque médecin a sa préparation ferrugineuse et sa formule de prédilection; le fer réduit par l'hydrogène, le lactate de fer, les pilules de Blaud, les pilules de Vallet, le tartrate de fer et de potasse, le citrate de fer ammoniacal, et tutti quanti. D'autres prescrivent avec enthousiasme les eaux minérales de Spa, de Sclnvalbach, de Pyrmont, de Forges, d'Orezza, etc. Chaque malade à son tour a ses pré-

420 en AI'. V. — DKS CIILOUOTIQrES KT ANflMIQUKS.

IV'DMict's (jiii, ('Il ,Li('iH''r;il, ii(3 soiil j);is slalilcs, linidis (m'avec le ii-Liiiiic roiMiliaiil cl surtoiil v.irii', on ;ii rive ^('iirraloiiieiil à un r('siillal favoi-ahlr. .fai sonvcnl iiwrn sans 1er, on après le Ter, par TnsaL;.' de la viande ci ne à 400 ^n'animes par jour, e( riiydrolliérajtiiî; ces ih!,n\ dcinicrs iiioyons sonL indispensables chez les cliloroliques jjastriqiies fjiii ik; supportent sous aucune fornne les préparations ferrugineuses. La viande crue est é<»alement indispensable dans les formes cardiaque et vasculaire qui sont sin^ailièrement a^^^^ravées et par le fer et par l'eau froide. On voit d'après cela que les indications du régime carné sont générales, et que souvent CCS prescriptions s'imposent, à rencontre des médicaments quels qu'ils soient.

§ 3. — Du traitement des nnciiiieM

Toutes les anémies qui ne sont pas de l'ordre des chloroses, qui ne résultent pas du développement défectueux des fonctions de reproduction, ou des fonctions de la croissance, peuvent et doivent se rattacher à Tune des espèces suivantes : — 1° les anémies d'origine hémorragique; les pertes de sang répétées par les épistaxis, à la suite de l'hématémèse , des hémoptisies , des hémorroïdes , des hémorragies utérines, les déperditions par les saignées, peuvent donner lieu à une anémie plus ou moins persistante, et comme les éléments séreux et fibrineux du sang se perdent en même temps que les globules qui tardent plus encore à se reconstituer que les éléments liquides, il en résulte, en définitive, une anémie totale qui diffère sensiblement des chloroses ; — 2° les anémies par insuffisance d'air, c'est-à-dire par privation relative d'oxygène ; elles résultent du séjour dans l'air confiné ou de l'exercice de certaines professions dans les atmosphères pauvres en oxygène, riches

TI'.AIIKMENT DKS ANfiMIKS D'OIUCINE IIÉMOHKAGIUUK. i'21

eu acide cai'boni({ue, c'est ce ([iron oJjserve .suiUjul chez les cuisinières; on avait admis aussi ranéniie des mineurs (lui a été mise en doute récemment et justement niée pour les ouvriers des tunnels; le traitement des anémies de misère respiratoire semble tout indiqué, mais les conditions de la vie s'y opposent souvent; — 3° les anémies par insuffisance alimentaire ou par digestion imparfaite y anémies d'inanition ou d'orii^ine dyspeptique {\o)\ cliap. i) ; — A° les anémies d'origine miasmatique comme la malaria, virulentes ou toxiques (anémie saturnine des ouvriers cérusiers, peintres, etc.), qui exigent des formules spéciales. Je les passe sous silence, ainsi que toutes les anémies aiguës, entre autres l'anémie pernicieuse qui constitue une maladie distincte.

Au«''inio»* iroriftino béiuorra^iiiuc. — niciiMf riiation«) cxccsNivcM,

flux iiéiiiorroïdai , etc. — Lcs plus importautcs dcs hémorragies comme causes d'anémie sont les hémorragies menstruelles, les hémoptisies et les llux hémorroldaires. Nous avons souvent à lutter chez les femmes, dont les règles sont trop abondantes ou trop répétées, contre le préjugé attribuant à ces pertes de sang qui sont des hémorragies analogues à toute autre, une action bienfaisante, une déplétion utile, une dépuration certaine du sang; la nature le veut ainsi, et il faut respecter la nature! Voilà leur opinion, voici la suite. Si on supprime ou même si on cherche à diminuer cette déperdition naturelle, le sang se portera ailleurs, et déterminera un crachement ou un vomissement de sang, ou une congestion vers la tète. Celte doctrine des métastases, des déviations, repose en réalité sur quelques faits bien observés de coïncidence entre la disparition de l'hémorragie utérine et l'apparition d'une hémorragie qui frappe un organe d'une importance plus marquée, majeure, et d'une utilité plus directe pour la* vie; mais ce qui prouve

i-j-i CHAI'. V. — i)i:s ciiLonoTiQrKs kt ANr:MinUES.

(pic la (l('|t(MMlition j^ravc n'est jias If rrsullal dirccl du (rans- Icrl (les n'p,los, c'est que leur rotoni-, jhovoiiik; on n.iliii'ei, ne tarit pas Fliéniorra^ic; dile sii]»plémentairc. C(dlc-ci doit i)orlcr pliilôt le nom de complémentaire, car l'on voit chez certaines femmes une véritable exubérance bémorra- Liiqiie, une suiïusion sanjiuine générale, ce qui ne veut pas dire un excès de sang, ni un trop plein de vaisseaux, ni une j)lélliore. Rien n'est moins vrai ni j>lus dangereux que cette idée j)réconruc ; il y a là une deuxième erreur à ajouter à la théorie du déplacement qui, du moins, paraît réunir quelques motifs plausibles ; mais en réalité la pléthore supposée et la répercussion dépendent toutes deux d'une cause supérieure et commune; c'est le trouble général de la circulation au moment de l'élimination mensuelle de l'ovule, c'està-dire au moment de la formation des menstrues. On dirait alors que tout l'organisme est concentré sur cette grande fonction de reproduction, et que la circulation surtout est mise à contribution pour l'accomplissement de l'ovulation.

Je connais des malades (et surtout des femmes névropathiques) qui perdent, chaque mois, une quantité considérable de sang par l'utérus et par le poumon; elles croient avoir besoin de ces spoliations et demandent qu'on respecte le vœu de la nature, ou même qu'on y ajoute encore la saignée pour le satisfaire complètement. Qu'est-il résulté de cette croyance surannée? C'est qu'elles tombent rapidement dans un état d'anémie des plus graves. Ces malades, en supposant même que le poumon soit intact, et que les hémoptysies complémentaires ne résultent pas de la présence du bacille tuberculeux, ne commencent à se plaindre qu'après de longues souffrances, des difficultés énormes de respirer, des palpitations, des syncopes; à partir de ce moment, elles consentent à l'intervention médicale, et souvent la réclament.

Page 1