‹ Du régime alimentaireChapitre 94 sur 168 · DE LA GOUTTK SELON L'AGE ET LE SEXE · texte numérisé non relu

DE LA GOUTTK SELON L'AGE ET LE SEXE

moins exactement péiiodiciues. Dans l'inteivalle des attaques il est rarement indcimne; il est tourmenté ou par la dyspepsie, ou par la gravelle, qui sont souvent de nature goutteuse. Puis les accidents se rapprochent en se multipliant de telle sorte que la g;outte devient manifestement chroni(iue dans les jointures. En même temps les organes internes se prennent ; ils commencent par ne manifester que des troubles fonctionnels, puis ils sont envahis, et lésés par l'acide urique ou par les urates; les reins, le cœur et les artères échappent rarement aux lésions qui proviennent de ces imprégnations ou des dépôts salins, et la vie se trouve ainsi compromise dans ses éléments ou dans ses organes les plus importants. — La goutte est donc une maladie chronique avec paroxysmes aigus, une maladie d'abord articulaire, puis généralisée à tous les systèmes ; le traitement et le régime se ressentiront naturellement de la localisation de la maladie dans l'estomac, ou les reins, ou le cœur, etc.

iiôréfii<é. — La goutte est héréditaire dans des proportions telles que, sur 5 15 malades, Scudamore qui a le mieux étudié la maladie a trouvé 331 fois l'hérédité directe, et dans les autres 101 cas il n'a pas recherché cette cause dans les ascendants de la troisième génération. — Mais ce qui est autrement probant en faveur de l'origine familiale et contre l'origine alimentaire, c'est que la maladie se montre dans l'enfance, et plus encore dans Tadolescence. Contrairement aux données générales qui fixent le maximum entre vingtcinq et trente-cinq ans, si on interroge les malados sur l'époque de la première apparition du mal, on peut s'assurer d'un début très précoce; sur près de 200 goutteux j'ai constaté soixante fois la maladie avant vingt ans. Or, à un pareil âge l'alimentation azotée, loin d'être surabondante, pèche par défaut surtout dans les lycées et dans les pensions dont je ne veux cependant pas faire le procès.

.130 r.ll.M'. M. — I>ES GOUTTEUX.

Une (Iciiiiric circoiislimcc des plus inipoilaiilcs nous (Ic'iuoiilic riiUervention d'une cause naLun'llr; c'est la larelé de la poulie chez les femuies; nuiller pudcKjvd non laboral^ nisi ipsi mcnslriia defeccrlntj disail llippocralc; Palissiei- n'a vu que deux femmes goutteuses sur quatre- vin*^l cas, Lccorclié douze cas sur cent cinquante observations; Garrod confirme ces données que je considère comme tellement vraies (ju'cn dehors de l'Age de retour on peut considérer la j^outtc comme nulle; l'erreur provient d'abord de la présence sur les doigts de certains nœuds (décrits par lleberden) qui n'ont rien de goutteux ; la méprise provient surtout de l'existence fréquente chez la femme de la maladie articulaire appelée arthrite noueuse, ou rhumatisme déformant, qui existe dans l'âge adulte et dans la vieillesse, et qui n'a pas de rapport avec la goutte. — On dira sans doute que c'est la sobriété des femmes qui les met à l'abri ; or, je ne sache pas que dans les familles la nourriture diffère selon les sexes. La cause véritable de cette anomalie paraît être celle-ci : chez la femme la nutrition est subordonnée à la grande fonction de l'ovulation qui délourne pour ainsi dire tous les éléments nutritifs, les utilise à son profit, les transforme en substance assimilable et les brûle d'une manière plus complète que dans les conditions opposées. Au lieu de faire de l'acide urique la combustion des aliments va jusqu'à la formation de l'urée, qui est le dernier terme des mutations moléculaires qui se passent dans l'organisme.

iriccmic. — Ceci me ramène à la troisième partie de la définition, c'est-à-dire à l'excès d'acide urique comme caractéristique de la goutte. Qu'est-ce que cet acide? comment produit-il la goutte sous toutes ses formes et dans tous les organes externes ou internes.

Lorsque les tissus de nos organes, sous Tinfluence de l'oxygène porté par les globules du sang jusqu'aux cellules

D1-: L'UIlICÉMIl': GOUTTEUSE. 431

élémentaires, lorsque les subsLances alhiiinincuses et musculaires (Je la trame organi(jue viennent à se détruire, à se brûler, il se forme dans le sang divers produits qui, par une série graduelle, mènent à la formation du pi'incipe ultime des oxydations, c'est Viirée; elle constitue, à elle seule, le résidu presque tout entier des tissus comburés, et en outre de tous les princij)es albumineux que renferment les aliments de ce nom. L'urée se trouve dans les urines dans la proportion de 18'grammes par litre d'urine.

Un deuxième élément, contenant moins d'azote et plus d'oxygène, et dérivant également d'une série préalable, se trouve dans les urines dans la faible proportion de 50 centigrammes environ pour 1000 grammes de liquide. De même que l'urée, il se forme dans le sang et non dans les reins, car si sur les oiseaux on enlève les organes sécréteurs, l'acide urique va constituer néanmoins des dépôts dans les vaisseaux lymphatiques, dans les membranes (Zaleski, Pawlinow).

Or, cet acide, qu'on obtient en traitant l'urine par l'eau chlorée, se cristallise facilement, mais il est à peine soluble dans Teau froide, il faut iO 000 parties d'eau pour en dissoudre une partie ; un peu plus soluble dans l'eau chaude, il se dissout dans les sels acides de lithine qu'on emploie aujour* d'iiui dans le traitement de la goutte et de la gravelle. De plus, il forme avec la soude, la potasse, des sels peu solubles et moins encore avec la chaux; ce sont ceux qui se déposent dans les tissus chez les goutteux.

Si, maintenant qu'on conçoit la possibilité pour cet acide de subir, contrairement à l'urée, de nouvelles oxydations, on vient à examiner ses produits de combustion, on trouve de l'acide oxalique, qui l'accompagne souvent dans la gravelle, une substance appelée allantoïne, introuvable chez l'homme, et enfin de l'urée elle-même; il semble donc que l'acide urique soit un prologue de l'urée; et en effet, si Ton

i.H cil A p. VI. — DKS GOUTTEUX.

(loiiMt^ aux aniiiiaiix siiji('>ri('iiis de racid*; ui'ifjiif' avec les aliiiionts, un retrouvi! dans les nriiios une plus ^n-aiide (jiiantil(' d'urée (juc sans celle addilion. Mais nous verrons que la Iraiislbrmalion de racidc uri({ue esl loin dT'Ii'e al)S()Iue; elle porle lout au plus sur une fiaclionde cel acide. Du reste, dans le sang- il exislc à peine des Iraces d'acide urique à l'élal normal; mais pendant l'accès de f^oulte, le sanj,^ peut en contenir de 0,05 à 0,17 sur 1000 grammes, c'est ce qui ressort des recherches de Garrod.

CaraclèrcH de rurlcciiiit» goutteuse. Gct émincnt obscrva-

teur a constaté trois faits considérables : 1" l'uricémie, c'està-dire une augmentation de l'acide urique dans le sang; 2° la diminution de l'acide urique dans les urines pendant l'accès; 0,25 au lieu de 0,50; 3° à la fin de l'accès l'acide urique est au contraire en excès. Gela veut dire que le sang, chargé d'acide urique avant et surtout pendant l'accès, se décharge par les urines à la fin du paroxysme, et le goutteux est débarrassé de cette uricémie pour un certain temps.

§ 1. — De» types de la goutte. — Type articulaire

Des innombrables dénominations imposées à la goutte, des discussions interminables sur la goutte latente ou larvée, sur la goutte mal placée ou rentrée, sur la goutte régulière et irrégulière, sthénique ou asthénique, il ne faut retenir qu'un fait, c'est la multiplicité et les diverses localisations des lésions goutteuses. Leur multiplicité tient à la diffusion de l'acide, d'où on a conclu à leur mobilité, ce qui est rare, à leur alternance réciproque, ce qui est exceptionnel, à leur transport de dehors en dedans, ce qui est erroné. Les localisations ne sont autre chose que l'action limitée de l'acide urique, ou des dépôts uratiques sur les systèmes périphériques ou sur les organes internes; or ces localisations

Page 1