TYPHS DE LA GOUTTE
constituent, comme l'a dit Lecorclié, des types de goutte que nous classons d'après leur frétjuence, leur importance et leur certitude; nous aurons ainsi :
1° Le type articulaire, périarticulaire, osseux et cutané;
2° Le type digestif ou gastro-intestinal et hépatique;
3" Le type rénal, comprenant la gravelle, les néphrites;
4° Le type cardiaque et vasculaire, qui est le plus grave.
Les autres types ne sont que des formes vagues de la goutte, surtout du système nerveux qu'on a enrégimentées généralement dans le cadre de l'arthritisme.
Les divers types peuvent se combiner, rarement alterner, et en définitive aboutir à l'invasion de tout l'organisme, ou produire une altération générale, qu'on appelle cachexie goutteuse.
I. Du type nrficiiiairc. — Lc tvpc arliculairc (goutte régulière), le plus fréquent et le plus facile à reconnaître, se traduit d'emblée ou après quelques avertissements propres à chaque malade, après un malaise ou la fièvre, par une douleur brusque, violente, caractéristique, des articulations des gros orteils, plus rarement des grosses articulations qui rougissent, se gonflent, deviennent œdémateuses, et finissent au bout d'une à deux semaines par se dégager ou par des- (juamer, en laissant au bout d'un certain nombre d'accès, des dépots d'urate de soude cristallisé dans les tissus; les cartilages articulaires, les ligaments, les tendons, le périoste, la synoviale, parfois même les téguments de l'articulation sont parsemés de ces amas crayeux (toplii) formés presque exclusivement par Turate acide de soude avec des traces d'urate de chaux, (h^ phosphate de chaux et de chlorure de sodium.
Ces incrustations, ({uine sont pas spéciales aux jointures, se retrouvent souvent comme un indice révélateur, ainsi (|ue
j3i CHAI». VI. - iu:s goutteux.
l'onl indiqiii'! IdcliM*, Scudaiiiore, Criivoilliier, (larrod, et surtout (ïliaiTot, sur le pavillou de l'oreille à son bord conlourné, quelquefois sur les paupières, les ailes du nez, les joues, la paume des mains, etc. ; mais en général ce sont les tissus articulaires et péri-articulaires qui en sont le siège de prédilection, et voici ce qu'elles produisent d'après les récents travaux d'Ebstein; au début, l'acide urique encore en dissolution détermine une irritation cbimique, qui ne tarde pas d'être suivie d'une véritable mortification (nécrose) des cartilages, des tendons, et, ce n'est qu'après ce travail morbide que s'opère la cristallisation et le dépôt de l'acide. Autour de ces foyers mortifiés, il apparaît plus tard des inflammations réactionnellcs. De là le courant sanguin entraîne l'urate de soude qui est neutre; puis, par des processus chimiques mal déterminés il redevient acide, et détermine ailleurs, jusque dans les muscles ou dans le système nerveux, des accidents analogues, des lésions identiques.
Les accès articulaires d'abord éloignés et nettement délimités, finissent par laisser la jointure gonflée, difforme, sensible, avec des craquements secs, des dépôts considérables, des tophi qui peuvent s'ouvrir et déverser au dehors les produits uratiques, des déviations des doigts ou des membres, des demi-luxations et des ankyloses ; c'est la goutte chronique articulaire. De temps à autre des poussées aiguës qu'on peut soulager facilement par le salicylate de soude viennent se greffer sur ces arthrites goutteuses chroniques, qui sont elles-mêmes susceptibles de se réduire par le même remède.
D'après cette rapide description de la goutte paroxystique et de la goutte permanente des articulations, il est facile de prévoir que le traitement et le régime vont difl'érer totalement, selon qu'il s'agit d'un goutteux dans l'accalmie, d'un
GOUTTE STOMACALE. ï'.ir,
goutteux ;iu plus fort de sa douloureuse attaque, ou du goutteux infirme, usé par les souffrances répétées, par Timmobilité forcée. — Mais ce n'est pas tout.
§ 2. — OouUo Mtoiuaealc, intostiiialo ci hépatiiiuo
ciouttc do l'cMtomac. — La gouttc de l'estomac est certainement plus rare qu'on ne l'affirme généralement; elle est môme absolument niée par Watson et Brinton. On peut dire toutefois, qu'il existe une pseudodyspepsie qui précède les accès, et qui se traduit par quelques troubles digestifs, un sentiment de plénitude à l'épigastre ou dans la région susombilicale, avec distension gazeuse du tube digestif, éructalions, pyrosis, constipation et souvent des hémorroïdes c'est une de ces atonies intestinales qu'on trouve fréquemment chez les gros mangeurs, faibles et enclins à l'obésité
Au moment des accès et pendant leur durée on observe souvent l'état morbide connu sous le nom d'embarras gastrique; c'est plutôt une dyspepsie catarrhale aiguë, avec perte d'appétit, enduits de la langue, digestions difficiles, malaise général, sensation de courbature et d'abattement comme on l'observe au début do toutes les maladies aiguës. Si cet étal se continue pendant l'évolution de la goutte articulaire, il se traduit ordinairement sous la forme d'une anorexie persistante à laquelle les douleurs articulaires ne sont certes pas étrangères.
La goutte véritable de V estomac, dyspepsie uricémicjue, se manifeste brusquement pendant l'accès ou à son décours par une douleur violente, des crampes d'estomac, des hoquets incessants, le pyrosis suivi de vomissements répétés de matières acres; on dirait un empoisonnement avec accidents de péritonisme qui vont jusqu'à produire la syncope avec refroidissement général. N'est-ce pas là, en effet, une intoxi-
•i3C. (Il AI'. V!. DKS GOUTTEl'X.
cation j)ar l'acide uri(|uc ({111 tendiait à s'éliminer par la mn(iueuse stomacale. On [)(m[ supposer à cet égard, comme celle cavdlaUjie naîl an moment où l'accès disparaît, (pic l'acide uriqne (jui avait envahi les jointures se reporte sur le sang- et s'élimine par l'estomac. Mais il n'en est pas toujours ainsi ; la cardialgie peut se développer sans qu'il y ait la moindre détcnlt^ du côté des articulations; on ne sait pas en pareil cas, si et pourquoi l'acide urique saisit tout à coup la muqueuse stomacale.
En dehors de ce type grave, de l'atonie gastro-intestinale antégoutteuse et de la dyspepsie muqueuse aiguë, il n'y a aucun trouble gastrique propre à la goutte. Le goutteux peut bien subir les inconvénients d'une dyspepsie par abus de régime, il est même exposé à la gastrite chronique (Ebstein), mais ces dyspepsies rentrent dans le domaine général des gastro-dyspepsies, et n'ont rien qui les caractérise d'une manière spéciale.
Goutte intestinale. — L'inlcstiu est plus rarement que l'estomac sujet à la dyspepsie muqueuse, on y trouve plutôt l'atonie musculaire simple ou hémorroïdale, la surexcitation de la sensibilité (coliques) et l'irritabilité musculaire sous forme de diarrhée ; la dyspepsie muqueuse provenant de l'intestin grêle est rare, et les malades ne sont guère exposés à l'inflammation catarrhale qui produit du mucus en excès de façon à gêner les fonctions digestives du suc intestinal.
Ce qu'on observe fréquemment, c'est le catarrhe muqueux du gros intestin, particuhèrement sous la forme mucinomembraneuse déjà signalée par Musgrave et par Barthez ; elle consiste dans l'excrétion de matières muqueuses, comme mucilagineuses, mêlée de fragments rubanés, et accompagnée de coliques violentes. Il n'est pas démontré, il est vrai, que cette dyspepsie mucino-albumineuse soit d'origine uricémique; elle paraît dépendre surtout de l'atonie intestinale,