‹ Élements d'analyse mathématique à l'usage des ingénieurs et des physiciens, cours professé à l'École centrale des arts et manufacturesChapitre 202 sur 231 · III. — ÉQUATIONS A COEFFICIENTS CONSTANTS SANS DEUXIÈME MEMBRE · texte numérisé non relu

III. — ÉQUATIONS A COEFFICIENTS CONSTANTS SANS DEUXIÈME MEMBRE

386 Méthode générale. — Considérons une équation

d"i/ d"~ 'jy

où les coefficients «'y, «,,...,«„ sont des constantes. dette équation

ÉQUATIOSS LINÉAIRES A COEFFICIENTS CONSTANTS ôii

peut toujours être intégrée, par la méthode suivante. On cherche d'abord des solutions particulières de la forme

/• désignant une constante. On a

dy

Donc, en substituant dans le premier membre de l'équation,

Le résultat de la substitution est donc égal à e", multiplié par un polvnôme de degré n en /•, que nous appellerons } (r) :

D'où, sous forme abrégée,

Pour que e" soit une solution de Féquation différentielle, il faut et il suffit que '^ (e'^) soit nul, c'est-à-dire que /• soit une racine du polynôme '}(/). Le polynôme <{/ (/) a, en général, /î racines dislinc/es f\, f\,..., r,^. A chaque racine, correspond une solution e" de l'équation : on a ainsi les u solutions particulières

d'où on déduit V intégrale générale

y = C,e'-.^+ C,ev + ... -f- C„eV, avec n constantes arbitraires Cp C^,..., C„.

387. Exemples. Premier exemple. — Soit à intégrer l'équation du deuxième ordre :

624 coins D'AiXALlSE

cette équation est linéaire, à coefficients consUmls sans deuxième membre : essayons de la vérifier à l'aide de la lonclion

d'où

dx " ' dx' —"■ • Ou a donc, en substituant,

dans cet exemple, le polynôme ^[f) est H — 4.

Pour que l'équation différentielle soit vérifiée par c'''\ il faut et il suffit que l'on ait

c'est-à-dire

 ou r

On a ainsi les deux solutions

d'où on déduit l'intégrale générale

avec deux constantes arbitraires. On peut déterminer ces constantes de telle façon que, pour x=^x^, la fonction ij '8) et sa

dérivée -j- prennent des valeurs données à l'avance : c'est ce

qu'il est aisé de vérifier.

Deuxième exemple. — Soit l'éijuation

Faisant

on a

^"(/•' -h 4)^0, d'où

/•:quatio:\s LiyKAini:s a coi: rric n:\TS co.\s / t \ / s f, •; On a donc les deux solutions

d'où rint(''gr»le générale

avec deux constantes arbitraires C^ et C^. Cette forinc de l'intégrale générale est compliquée d'imaginaires ; on les fera disparaître en prenant, pour C, et C^, des constantes arbitraires imaginaires conjuguées. En efl'et, d'après l'identité d'Kuler ;N" 108,.

e'^ = cos z -j- i sin ?, on a

e^'' = cos 2x -\- i sin 2.r, e~^'^ = cos 2jc — / sin 2.r ,

d'où, en remplaçant dans (9),

y = (Cj -]- C J cos 2.r -|- / (Cj — CJ sin 2.r ;

on prend alors C^ et C^ de telle façon que les coellicients de cos 2x et sin 2jc soient des constantes arbitraires réelles A et B

et l'expression de l'intégrale générale devient

y z=z K cos 2x -{- B sin 2^-,

avec deux constantes A et B.

Troisième exemple. Galvanomètre. — Dans la théorie du galvanomètre, on rencontre l'équation

où a et p sont des constantes réelles, 9 un angle inconnu, / la variable indépendante. Cette équation est linéaire, à coellicients constants, sans deuxième membre. Si nous essayons de la vérifier en prenant

APPELL. Analyse. 4«»

nous obtenons la condition

cette équation a pour racines

r^=— a4-Va2— (3% /•, = — a — V^a^ — p% et l'intégrale générale est

(10) - e=c,6>v + c,ev.

Discussion. — Quand a- — i^">0, i\ et r^ sont réels, l'intégrale générale se présente sous forme réelle.

Quand cf} — [i^ est négatif, /■, et i\ sont imaginaires : pour faire disparaître les imaginaires, posons

Alors

Remplaçant e''* et e~'^' par cosy/-}-/ siny/ et cosy^ — i siny/, on a :

e = e-«' [(C, 4- C,) cos y/ + / (C^ — C,) sin y/],

et, en prenant pour C^ et C^ des constantes imaginaires conjuguées, on a, finalement,

8 = e~«' (A cos y/ -f- B sin yt).

Quatrième exemple. — Soit enfin l'équation différentielle :

Faisant on a

équation qui a pour racines

ÉQUATIONS I.IM: AIRES A i i) E F I I i I E M S COySTASTS Oi;

L'équalion ilillt reutielle admet donc les trois solutions :

d'où l'intégrale générale

Si Ton veut faire disparaître les imaginaires, on se sert des identités

^ix\i :==:cos ^V^ + f sin X \/3,

g-îx V A = cos X v^3 — i sin x v/3 .

L'intégrale générale prend alors la forme :

y = C^e^ + (?~^ (A cos x \/3 + B sin x \/3j , avec trois constantes arbitraires A, B, Cj.

388. Cas où le polynôme 'l (/) a des racines multiples. — En appelant z^, /*.,,..., ;„, les n racines du polynôme 4'(')j i^ous avons obtenu les n solutions

avec lesquelles nous avons construit l'intégrale générale de l'équation différentielle.

Si l'équation ^[i')=0 admet des racines égales, les « solutions ci-dessus ne sont plus distinctes : par exemple, si /•j = /-j, la deuxième solution est identique à la première.

Dans ce cas, on ne peut donc plus appliquer la méthode précédente, pour former l'intégrale générale. Mais nous allons montrer comment on peut encore, dans ce cas, obtenir n solutions distinctes.

Pour cela, nous démontrerons le théorème suivant :

Si i\ est une racine double de '}(/•), V équation dilfsrentieUe admet les deux solutions e'»'' et x e'»^;

Si i\ est une racine triple de ^ (/) Véquation différentielle admet les trois solutions &'^'', xe'^'', .A"»^; et ainsi de suite.

Si r^ est racine d'ordre p de 4^ (') -, Véquation différentielle admet les p solutions &''% xe'''"". .rV'' r^'-* ft''«'^.

6i8 COURS D'ANALYSE

La démonstration de ce théorème se déduit de la remarque suivante. Soit r une fonction de x et d'une autre variable r : en substituant v dans le premier membre '^ [y] de l'équation différentielle, on a un certain résultat

si, ensuite, on substitue, dans le premier membre de la même

équation la fonction ^^ — , on a or

Ces deux expressions montrent que

Kn effet, comme on peut intervertir l'ordre des dérivées partielles, on peut écrire

ce qui démontre l'identité (11). En appliquant deux fois de suite cette même identité, on a

et, en général,

Voici maintenant l'application de cette remarque au problème qui nous occupe. Prenons

d'où

i:Qr.i/ii).\s i.i.m: Miii:s A < OKiric/i:.\js co.\sta.\is r,jL<, On 11, ijuels que soient x et /•, les identités

OÙ le dernier terme de chaque ligne est la dérivée, par rapport à r, du dernier terme de la ligne précédente.

Supposons que j\ soit une racine double de ^ (/•) , on a

•;('•,) =0, fW=o.

Les deux premières des identités (12), où on remplace /par /\, montrent qu'alors

réqualion admet donc bien les deux solutions e'«^, j^e'*»'.

Supposons que r\ soit racine triple, c'est-à-dire annule '^ (/} et ses deux premières dérivées

lW = o. •!'('•;; =0, ■}"(/•,) = 0.

Les trois premières identités (12), où on remplace /• par /•,, montrent qu'alors

'^ (e'-*^) = 0, 'f (.re'-«^) =0, z> (.r^e"»') = 0 ;

l'équation admet donc bien les trois solutions e''*', jce''*'^, j:*e^*^. Et ainsi de suite

En résumé, chaque racine de '} (/) donne un nombre de solutions distinctes, égal à son degré de multiplicité : on aura donc, dans tous les cas, n solutions distinctes //,» /A, -m Z^n» ^^'^^ ^^^' ([uelles on formera l'intégrale générale par la formule

63o COURS D'ANALYSE

389. Exemples. — Premier exemple: équation du gahanometre. — Reprenons l'équation

ivw ^'^ a- 9, ''^ ^»'fl n

faisant B = e''' on a ici

Nous avons supposé, antérieurement, les deux racines de '\ (/•) distinctes : supposons maintenant qu'on ait ^ = y} ; alors •} (/) a une racine double

dans ce cas, l'équation admet donc les deux solutions ou

et l'intégrale générale est

(14) e = C^e-'''-hCVe-«'.

Remarque. — C'est d'ailleurs un résultat, que l'on pourrait déduire par continuité du cas général, en supposant que les deux racines, i\ et /.,, d'abord distinctes, tendent l'une vers l'autre. Ainsi, en posant p" — a" = y^ nous avons trouvé [S^ 387) pour intégrale générale de l'équation (13)

B = e ~ *" ( A cosy^ + B sin y/) ,

où A et B sont des constantes arbitraires : nous pouvons remplacer B par — , C étant une constante arbitraire; nous mettrons donc l'intégrale générale sous la forme :

ô=:6'-«^/^Acosy/-f-C^^^^V

A et c étant deux constantes arbitraires. Pour rendre les racines

ÉQUATIOSS I.I.\EAinES A COEFFICIESTS COSSrASTS 63i

sin v/ égales, il suffit de faire tendre y vers zéro ; alors ^ tend vers /

et l'intégrale devient

c'est bien la forme (14), que nous avons obtenue par l'application des règles générales.

Deuxième exemple. — Soit l'équation

dx^ dx- dx

Faisant

on a

Le polynôme '{/(/•) est donc ici (/• — 1)^ : il admet la racine triple /•= 1. Il en résulte les trois solutions

e^^y xe^y x-e^y

et l'intégrale générale

ij = C^e^ -h C,.re^ + C^-r-e" .

Troisième exemple. — Soit l'équation

Faisant y = e''''y on est conduit à l'équation

qui admet /•=« comme racine double et r = — i comme racine double. Il en résulte les quatre solutions

e'% xe'% e-'^ xe-'%

pt l'intégrale générale

ou

Pour lairo disparaître les imaginaires, on fera :

e"'"^ = cos j; — i sin ^,

on remplacera C>j et C3 par deux constantes imaginaires conjuguées, C, et C^ également, et on aura l'intégrale générale

y = A cosx-|- B sin X -\- x[k^ cos j:-|-B, sin x).

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