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APPLICATIONS MÉCANIQUES. DÉTERMINATION DES CENTRES DE GRAVITÉ

91. Nous admetions comme connue la théorie des centres de gravité enseignée dans les cours les plus élémentaires de Statique, er nous nous proposons de la prendre comme un nouvel exemple de l’avantage des méthodes précédentes.

La proposition dont l’application est la plus générale dans la théorie des forces parallèles et qui découle naturellement du principe du levier, est ce qu’on nomme le théorème des moments. On appelle moment d'une force par rapport à un plan, le produit de cette force par la distance de son.point d'application à ce plan. Cela posé, si l’on conçoit un système quelconque de forces parallèles , que l’on considère comme positives celles dont les directions sont dans l’un des sens, et comme négatives celles qui sont dans l’autre, et qu’il en soit de même pour les perpendiculaires abaissées sur un plan choisi arbitrairement, et dont le signe dépendra du côté où elles se trouveront par rapport au plan , le théorème des moments consiste, comme on le sait, en ce que le moment de la résultante des forces parallèles par rapport au plan est égal à la somme algébrique des moments des composantes. Il résulte de là que les coordonnées rectilignes du point . d'application de la résultante s’obtiendront en divisantpar la résultante la somme des moments des forces par - rapport aux trois plans coordonnés, Ce point d’applica

tion de la résultante, que l’on nomme le centre des forces parallèles, devient le centre de gravité quand ces forces sont des poids ; et l’on voit aussi comment le théorème des. moments peut être employé à la détermination des centres de gravité.

Nous allons faire voir comment les considérations infinitésimales s'appliquent aux surfaces planes et aux solides continus, et nous en donnerons quelques exemples pour bien faire comprendre les généralités.

Centres de gravité des aires planes.

92. Considérons une figure plane terminée par des droites ou des courbes quelconques, et supposons que des portions quelconques de cette figure aient des poids proportionnels à leurs aires respectives. Admettons ce principe établi dans la statique, que toute partie ter-

minée par un contour convexe, c’est-à-dire qui n'a pas trois points en ligne droite, a son centre de gravité dans son intérieur. Admettons encore que le centre de gravité” d'un parallélogramme est le point de rencontre de ses diagonales. Avec ces données, la recherche du centre de gravité d’une surface plane quelconque se ramène aux méthodes exposées précédemment

En effet, prenons deux axes de coordonnées x, y dans le plan de la surface. Le centre de gravité étant le point d'application de la résultante de toutes les forces appliquées à tous les points de la surface proportionnellement aux aires, si l’on décompose la surface en un nombre quelconque de parties, et que l’on considère en tous les centres de gravité de ces parties, des forces parallèles, représentées par leurs aires respectives, et dont la résul= tante sera représentée par l'aire totale et appliquée au centre de gravité cherché; cette aire totale multipliée par“

4" Audi Ar L'e7

l’'abscisse de son centre de gravité, sera égale à la sonime des aires partiellés multipliées par les abscisses de leurs centres de gravité. Si les axes ne sont pas rectangulaires, ces produits ne sont pas les moments eux-mêmes, mais proportionnels aux moments, ce qui sufht pour l’exactitude de l'équation. Mais comme il ne serait pas plus facile de trouver les centres de gravité de toutes les parties que de la surface entière, on supposera ces parties infiniment petites; leurs moments le seront, par suite, et par conséquent on pourra leur substituer d’autres infiniment petits, plus simples, assujettis à la seule condition que leurs rapports aient respectivement pour limite l’unité. Mais alors ce sera seulement la limite de leur somme qui sera égale au moment de la résultante et qui, par conséquent , divisée par l’aire de la figure donnée, fera connaître l’abscisse du centre de gravité.

Le mode de décomposition qui se présente de lui-même pour déterminer cette abscisse consiste dans un système de parallèles à l’axe des y, infiniment voisines les unes des autres. Le segment compris entre deux parallèles consécutives peut toujours être considéré comme ayant son contour convexe, puisque ses deux bases sont aussi voisines qu'on voudra ; son centre de gravité sera donc entre ces deux droites, et son abscisse différera d’une quantité infiniment petite des abscisses de chacune d'elles; on peut donc substituer au moment de ce segment le produit de son aire par l’abscisse de l’une ou de autre de ces deux parallèles à l'axe des y; car le rapport de ce produit au moment véritable a pour limite l'unité, quand la distance de ces parallèles tend vers zéro. Et, par la même raison, on pourra, dans ce produit, substituer à l'aire du segment celle du parallélogramme ayant l’une des cordes parallèles pour base et sa distance à l’autre pour hauteur.

Er

Done, si l’on désigne par Y et y les ordonnées des

deux points extrêmes de la corde qui correspond à

l’abscisse quelconque x; par & la partie de l'axe des x

interceptée entre deux cordes consécutives ; par A l'aire de la figure, et par x,, y: les coordonnées inconnues du centre de gravité, on aura, en supposant, pour plus de simplicité, Le axes nu ES

Az = lim D (Y— y)xe,

d'où l’on tirera x, si l’on peut déterminer la limite de cette somme, ainsi que À.

On aurait y, par un procédé analogue, en décomposant la figure au moyen d’un système de parallèles à l’axe des x. Maïs on peut aussi conserver le premier mode, en remarquant que le centre de gravité d’un des éléments ne peut être qu’à une distance infiniment petite de celui du rectangle inscrit ou circonscrit, et que, par conséquent, on peut substituer au moment exact de cet

élément le produit de l’aire du rectangle par Rtrres?

qui est l’ordonnée du centre de ce rectangle. On aura ainsi

Ay, = lim. Rè CRE A

et si l’on peut trouver cette limite, y, sera déterminé.

53. Cette formule donne lieu à une remarque curieuse. Si l’on multiplie ses deux membres par 27, il vient

2% ÿ À = lim.z pi (Y?— 7°) «.

Or le second membre représente le volume engendré» par l’aire en question, tournant autour de l'axe des x

Le volume engendré est donc égal à l’aire de la figure génératrice, multipliée par la circonférence que décrit son centre de gravité.

Ce théorème porte le nom de Guldin, quoiqu'il se

trouve clairement énoncé dans les ouvrages de Pappus, géomètre de l’école d'Alexandrie.

Nous allons donner quelques exemples de ces formules.

54. Parabole du second ordre. — Soit l'équation = 2pr et cherchons le centre de gravité du segment CAC! (jig. 22) terminé à la perpendiculaire à l’axe, correspondante à l’abscisse AP — a. Les rectangles formés par les cordes parallèles à CC’ ayant tous leurs centres de gravité sur l’axe, leurs moments, par rapport à cet axe, seront nuls ; la limite de leur somme le sera donc, et, par suite, On aura

Le centre de gravité étant sur l’axe, il suffit de connaître son abscisse x.

La formule précédente devient, dans le cas actuel,

VAE 2 ri Nm 2yra 2 V2p lim.>zx* «a.

Mais, d’après une formule trouvée précédemment (n° 35), on a, entre les limites o et a,

lim. 2e a 2 a"; donc RTE V2p à Or, en faisant BC — b, on a A 3 ab,

C’est Archimède qui a découvert cette propriété, et même pour un segment de parabole déterminé par une sécante quelconque. Le calcul en serait tout à fait le même que celui que nous venons de faire pour une sécante perpendiculaire à l’axe de la courbe.

55. Paraboles et hyperboles d'ordre quelconque. — Soit maintenant l’équation y = px”, dans laquelle m désigne un nombre de grandeur et de signé quelconque; on demande le centre de gravité de la surface terminée à cette courbe, à l’axe des x, et à deux perpendiculaires à l’axe des x, correspondantes aux abscisses à, a.

L'application des formules générales donnera

Az, ==/p. lim. 3 RSS = lim. 2x" «,

ou am+2— an +? 2 a!2+1 «Ye 1 ami

SVT: m + 2 É ae om+i

Or nous avons trouvé (n° 35)

à P (arte) ME ai) ex m+I Ai A d’où résulte

__— ———————— 3 rare le am m+2 a" — arr! 4 2(2m<+Hi1) ati — Qm+'

Can

Si m est positif, la courbe est parabolique, et si l’on fait commencer l'aire en question à l'origine, on a

a—o; et, en désignant par D’ l’ordonnée correspon-

dante à a’,

DL p(m+i)

en 7 3 di — GS m + 2

> I Dans la parabole du second degré, m — Set l’on trouve

Se 3 G

Wie 0 M = 3 bd".

Si me est négatif, la courbe est hyperbolique et donne lieu à une discussion intéressante à laquelle nous ne nous arréterons pas. On reconnaîtra sans peine que, quand labscisse extrême a’ croît sans limite, il est possible, suivant la valeur de m, que le centre de gravité s'éloigne indéfiniment de l’axe des y, en tendant vers l’axe des x,

J ou tende vers une limite déterminée.

906. Centre de gravité des solides de révolution. — Le centre de gravité sera évidemment sur l’axe de révolution; il suffira donc de connaître son abscisse. Pour la trouver, on coupera le solide par des plans infiniment voisins, perpendiculaires à l’axe de révolution que l’on prendra pour axe des x ; et en supposant les poids proportionnels aux volumes, le produit du volume total par lPabscisse x, du centre de gravité sera égal à la somme des produits des segments compris entre deux plans consécutifs par l’x du centre de gravité de ce segment. Pour simplifier ces produits, on substituera à ce dernier x celui d’une quelconque des bases du segment, où même tout autre qui en différerait d'une quantité infiniment peute; on remplacera encore le volume du segment par celui du cylindre intérieur ou extérieur. Par là on n’aura -altéré le moment du segment infiniment petit du solide que d’une quantité infiniment petite par rapport à lui-même. La limite de la somme de ces nouveaux produits sera donc égale à la somme des moments eux-mêmes, ou au produit du volume total par x1, et si l’on connaît cette limite de somme et le volume, on en déduira immédiatement x,.

Ceite proposition est exprimée par la formule suivante:

Nic 7 lim: Shre.

O1. Paraboloïle. — Si la courbe génératrice est une

parabole ayant pour équation y? — 2px et tournant I. ” G

‘autour de l'axe des x, on aura, en remplaçant y par sa

valeur en x, \ lim.Zzx'« — x, lim. 27e, |

et, d’après la valeur générale de lim. Z x”h, cette équa-

uon se réduira à la suivante, en désignant toujours par a et a! les abscisses extrêmes,

FLE" CURE ; — , 5 2 L] \ d’où /2 4 9 Ar -Éa44a +" a!

LL => ——— "'\ 3 aa É Sia —0,0na 2 LA T'; pa os ’

résultat connu d'Archimède.

Le cas où l’on ferait tourner la parabole autour de sa tangente au sommet est renfermé dans le suivant.

58. Généralisons ce résultat en prenant pour courbe génératrice celle dont l’équation est

Y = Pa”; mm désignant un nombre quelconque. L’équation générale devient | Him, 22 Fi 2 x lime * a'2m+2 — q2m+2 d'in+i qqn +i DAS HR (Ce 2Mm+HI

d’où l’on tirera x.

LA \ d 1 On retombe sur le cas précédent en supposant m = rs

a = 0, et on retrouve

RE

On aurait le cas où la parabole tourne autour de sa tangente au sommet , en supposant 77 — 2, ce qui donne, en prenant encore «a — 0,

D dl ‘ Li, — é (4 LME 99. ÆEllipsoide. — En prenant pour équation de Îa

courbe génératrice |

l'équation qui doit donner x, sera

lim.>zx (e-Se Pre PAL UT: > (re T——x'}a,

m0. ba: : :

— lim.xz'a — —lim.>zzxie a a?

di (ET lim.s2e — — im.>ïx’o |}:

| 4 (ei Supposons que nous considérions le volume commen çant au sommet et terminé à l’abseisse a/, nous trouverons, en substituant aux limites de sommes leurs valeurs données par la formule connue,

SbA GB: D? a’ É b? 5) ie os SL .

di 4 Si l’on prend le demi-ellipsoïde, on a

L 5 d'— a, et, par suite, x, — —<a.

Le calcul se ferait d’une manière semblable pour Phy-

perboloïde.

60. S'il s'agissait d’un solide terminé par une surface quelconque ; on le décomposerait comme il a été fait pré-

84 | LIVRE I. L cédemment pour la mesure des volumes ; on considérerait les éléments déterminés par deux séries de plans infiniment voisins, parallèles à deux des plans coordonnés, et on égalerait la somme de leurs moments par rapport à chacun des irois plans coordonnés, au moment de la résultante-par rappôrt à ces mêmes plans. On négligerait dans chaque moment élémentaire une quantité infiniment petite par rapport à lui-même; ce qui permettrait de prendre, au lieu du volume de ce filet infiniment étroit, celui du parallélipipède intérieur ou extérieur, et le centre de gravité de ce parallélipipède au lieu de celui du filet même. Si l’on peut trouver les limites de ces trois sommes de moments prises dans toute l'étendue du corps, on obtiendra les trois coordonnées du centre de gravité de ce corps en les divisant par son volume.

On voit donc que la détermination du centre de gravité des corps terminés par des surfaces quelconques se ramène à celle de limites de sommes d’infiniment peuts.

PE

Dé. + GRIS

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